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La Cecilia Valdés de Gonzalo Roig
Par Mildrey Ponce Traduit par Alain de Cullant
Le 80e anniversaire de la création de la célèbre zarzuela cubaine.
Illustration par : Liborio Noval

Pour ceux qui sont nés à Cuba, Cecilia Valdés est un sceau de l’esprit cubain. L'histoire d'inceste, d'amour, de jalousie et de vengeance de la belle mulâtresse, protagoniste de l’œuvre homonyme de Cirilo Villaverde, a été immortalisée dans la mémoire collective des Cubains.

L'intrigue du célèbre roman, un chef-d’œuvre de la narrative cubaine du XIXe siècle, a été reprise pour le théâtre, le cinéma, la radio, les arts plastiques et la musique. Dans cette dernière elle a trouvé sa plus haute réalisation à partir de la version créée par Gonzalo Roig pour la zarzuela portant le même nom, devenue une icône de l'art lyrique de l'île.

La zarzuela cubain en deux actes Cecilia Valdés a eu sa première dans le théâtre Martí de La Havane, le 26 mars 1932, réalisée par la compagnie Suárez-Rodríguez, sur une musique originale du maestro Gonzalo Roig (1890-1970) et un livret d’Agustín Rodríguez et José Sánchez Arcilla. Selon des sources de l'époque, le rôle de Cecilia correspondait à la soprano mexicaine Elisa Altamirano au lieu de Caridad Suárez, comme cela était initialement prévu.

Aux dires d’Enrique Río Prado, auteur du livre La Venus de Bronce: una historia de la zarzuela cubana (Tablas Alarcos, 2010), l’arrivée sur la scène cubaine du célèbre roman de Villaverde a eu lieu au cours de la période d'or de la zarzuela cubaine, de 1926 à 1936, un moment où un riche répertoire a conquis le public.

Au cours de cette étape, des zarzuelas cubaines et des opérettes d'auteurs cubains ont été mises en scène, jouissant d'une grande popularité et qui sont appréciées aujourd'hui comme les exemples les plus représentatifs du genre à Cuba, car ses créations exaltent des thèmes avec une musique de fortes racines nationalistes, où se mélangent des rythmes d'origine africaine avec les traditionnels airs espagnols.

Cecilia Valdés est un exemple de cette tendance, dans laquelle Roig n'hésite pas à faire valoir la diversité et la richesse de la musique cubaine. Ainsi, la contredanse, le pregón, la habanera et le tango congo sont certains des genres utilisés par l'auteur dans son oeuvre.

Ernesto Lecuona, Rodrigo Prats, Eduardo Sánchez de Fuentes, Luis Casas Romero et Jorge Anckermann sont parmi les plus célèbres compositeurs qui, avec Roig, ont été les protagonistes de ce florissant art lyrique nationale.

Cecilia Valdés – classifiée par un grand nombre de spécialistes comme la plus grande zarzuela cubaine -, María la O (1930), d’Ernesto Lecuona et Amalia Batista (1935), de Rodrigo Prats, constituent la triade des zarzuelas cubaines les plus importantes et connues sur la scène internationale.

Cependant, des spécialistes précisent que la zarzuela créée par Roig est peut-être celle qui illustre le mieux l'identité nationale, mettant en évidence dans son argumentation une période de la Cuba coloniale, où émergent les conflits et les relations générées par différents secteurs de la population. L'esclavage, le racisme, les us et coutumes de l'époque sont des éléments qui imprègnent la pièce d'un véritable sentiment cubain depuis la représentation théâtrale.

L'exceptionnelle soprano cubaine Alina Sánchez Rodríguez, vivant actuellement en Espagne, a été l'une des grandes interprètes de l’œuvre du maestro Roig lors des dernières décennies du siècle dernier. Son physique de classique mulâtresse créole ainsi que le précieux timbre de sa voix l’ont convertie en une référence par excellence du célèbre personnage.

Alina Sanchez faisait partie de la délégation des artistes qui, en 1974, ont apporté pour la première fois cette zarzuela en Europe, où elle a partagé l'interprétation du rôle principal avec sa collègue Esther Valdés. Quelques années plus tard elle a intégré des nouvelles productions de l’œuvre représentée au Mexique et en Espagne.

Gonzalo Roig est un des plus importants représentants de la culture musicale du siècle dernier. Directeur musical et fondateur de plusieurs orchestres, il s’est également souligné comme violoniste et pianiste, ainsi que comme compositeur de pièces anthologiques telles que Quiéreme mucho (1911), une des mélodies cubaines les plus interprétées mondialement. Dans les années 1920, il fonde l'Orchestre Symphonique de La Havane et ensuite il a été le directeur de la Banda Municipale de Musique de la capitale (l’actuelle Bande Nationale de Concerts), un ensemble qu’il a dirigé jusqu'à sa mort en 1970.

Après la mort de Roig, son legs le plus important dans l’art lyrique cubain, la zarzuela Cecilia Valdés, a compté différentes versions grâce à la richesse musicale et à l'harmonie de son contenu, sous différentes scénographies propres au drame, au mélodrame, au langage vernaculaire, aux mœurs et à la tragédie. Parmi les plus récents montages de Cecilia Valdés se trouve celui du dramaturge cubain Juan R. Amán.

Les fréquentes mises en scènes de Cecilia Valdés, depuis 1965 jusqu’à nos jours, sont une preuve de la validité de cette œuvre huit décennies après sa création.