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Jenny Lind : une merveilleuse chanteuse suédoise
Par Josefina Ortega Traduit par Alain de Cullant
Jenny Lind s’est présentée dans l'apogée de sa splendeur au Théâtre Tacón à La Havane en 1851.
Illustration par : Liborio Noval

Lorsqu'elle est arrivée à La Havane, le 5 janvier 1851, elle était à l'apogée de sa splendeur. Sa voix était unique. Elle était accompagnée d'un important groupe de musiciens et de vocalistes afin de renforcer l'orchestre du très célèbre Théâtre Tacón, inauguré en 1838, où elle devait offrir ses représentations. Son séjours dans la ville a déclanché un tel délire que les femmes n'ont pas hésité à porter des coiffures « à la Jenny Lind », ainsi que des ceintures, des foulards et d’autres ustensiles baptisés avec son nom.

Son succès a été extraordinaire et ses interprétations ont comblées la salle, malgré les prix élevés : quatre pesos et deux reales pour un fauteuil de parterre, 17 pour une loge de premier et deuxième, 13 pour une de troisième, deux pesos pour le promenoir et 12 simples reales pour le poulailler.

La presse lui a dédié de grands espaces mais personne n’a mieux décrit la diva quant à ses plus attachantes caractéristiques, que  la notable écrivaine Fredika Bremer qui, dans une de ses lettres, en date du 5 février, se détient sur la rencontre inattendue avec sa compatriote à La Havane, avec qui elle était liée par une vieille amitié.

« Jenny Lind ici et l'expression de son visage lumineux, frais, heureux, inoubliable pour celui qui l’a vu une fois ! Tous le printemps suédois a germé en lui. J'ai été ravie ! (…) Je dois dire que je l’ai beaucoup apprécié une nouvelle fois. Sous les palmiers de Cuba nous avons seulement parlé de la Suède et de nos amis communs et, ensemble, nous avons pleuré pour les pertes douloureuses. Nous parlons beaucoup des vieux amis et des connaissances en Suède. Oui, en réalité, nous avons seulement parlé de ceci, car tout le reste – la gloire, la richesse qu’elle a gagné hors de Suède – ne semblait pas avoir rayer les moindres racines de son âme ».

À l'époque, le « Rossignol du Nord », comme elle était appelée, était une femme d’une trentaine d’année que la romancière suédoise reconnaît avec admiration dans ce témoignage intime « Toute l'influence qu’elle exerce, toutes les louanges, le culte qu’on lui prodige et toutes les multitudes que j’ai vu à ses pieds ».

Toutefois, elle observe que Jenny Lind « désirait une vie calme et profonde. Nous parlons d’un… mariage et d’une vie à la maison ».

La vérité est que Jenny a passé ses deux derniers jours à La Havane en compagnie de Fredika, après ses représentations triomphales du 10, 13, 15 et 17 janvier. La chanteuse a profité du repos, elles se sont promenées en calèche et elles ont admirées la beauté de la nature tropicale.

Un chroniqueur de l’époque a écrit sar la générosité de l'artiste, qui « pour ses adieux a offert un récital pour les pauvres, faisant venir une telle foule que l’on disait que cette soirée valait le théâtre, 8000 pesos ! »

Jenny Lind, que José Martí appelait, dans l'une de ses chroniques depuis New York « la merveilleuse suédoise » est née à Stockholm en 1820 et elle a réalisée une très importante carrière comme actrice et chanteuse, ce qui lui a permis d'accumuler une immense fortune.

Elle s’est présentée à Paris, Berlin, Vienne, en Angleterre, aux Etats-Unis… Elle a également été professeur de musique. Elle a épousé le pianiste et compositeur Otto Goldschmith. Plus tard, elle s’est retirée à l’apogée de sa carrière. Elle est décédée en 1887.

Sur son départ de La Havane « triste et pas bien préparée, » vers Nouvelle-Orléans, sa compatriote a écrit :

« Le bateau dans le lequel elle est partie était bondé d'aventuriers pour la Californie (on dit quatre cents), qui retournaient à Nouvelle-Orléans. Et Jenny Lind avait juste entendu la rumeur que le capitaine West, qui commandait le bateau sur lequel elle avait fait la traversée depuis l’Angleterre vers l'Amérique, avait fait naufrage au cours d'une traversée malheureuse. Tout ceci l’avait déprimé et même mes efforts ne sont pas parvenus à la réconforter – car je suis montée à bord du bateau pour lui faire mes adieux, la féliciter et pour lui apporter un bouquet de roses -, ni de savoir qu’elle pourrait avoir la cabine et le salon du capitaine où elle pouvait aller sur le pont sans être importunée par les passagers californiens. Elle était pâle et peu loquace. Elle a à peine regardé mes nobles roses, bien qu’elles étaient très belles, les plus belles que je pouvais trouver à La Havane. Alors, quand j’étais assise dans la petite embarcation et que je m’éloignais du bateau, j'ai vu Jenny Lind se pencher pour me regarder et toutes les beautés d’Occident, les visages réguliers, ont pâli devant la beauté lumineuse et vivante, devant l'expression du visage que je voyais baigné de larmes maintenant, baisant les roses, m’envoyant des baisers, me regardant, éblouissante, dans l'été de son amicale et riche vie chaleureuse et enchanteresse ».