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Igor Youskévitch : Un des meilleurs danseurs du monde
Par Alicia Alonso Traduit par Alain de Cullant
« Nous étions toujours unis par un fil invisible ».
Illustration par : Liborio Noval

Le plus célèbre duo du XXe siècle a peut-être été composé par Alicia Alonso et son partenaire Igor Youskévitch. Certains des qualificatifs avec lesquels on a décrit ce couple ont transcendé même à un niveau pouvant être incontournables pour un spécialiste et ils sont devenus une sorte de mémoire collective ou inconsciente du ballet. Un de ces qualificatifs - et ce n'est pas le plus élogieux – est que les deux ont formé un moment unique et irremplaçable sur la scène.

Igor était fabuleux dans le mouvement de sa technique comme partenaire, en lui tout était exact et il n'avait aucun vice. La relation du couple de danse entre nous était celui d’un danseur et d’une danseuse dansant ensemble. Nous avions une unité de mouvements et de projection artistique qui ne s’interrompait pas… C'était comme un flux constant d'interrelation, c’était comme si nous étions toujours unis par un fil invisible, même s’il me tournait le dos sur la scène. Entre nous il y avait une communication parfaite et cela s’acquiert avec beaucoup de travail, non seulement physique, mais en parlant, en disant : ce geste-là je le fais ainsi, comment le veux-tu ? Comment vas-tu marcher ? Où vas-tu regarder ? Nous devions même nous mettre d'accord quand on devait regarder le partenaire, à quel moment on devait regarder le public. Après on oublie tout ça et… nous dansions. Cela devient un art naturel. Ensuite on arrive à se connaître d’une telle façon que même une improvisation peut surgir. Alors l’un s’inspire de l’autre et, inconsciemment, nous nous suivons. Mais pour arriver à cette maîtrise de l'interprétation, il faut une compréhension antérieure et beaucoup de travail.

« Un moment sensationnel a été l'apparition d'Alicia Alonso et d’Igor Youskévitch comme artistes invités dans le pas de deux de Don Quichotte, une vraie merveille ! Très peu de pas de deux du répertoire habituel peuvent avoir autant de versions différentes comme celui-ci, mais celui d’hier soir a été concluant : un style éblouissant et sensationnel qui pour une fois s’est approprié de l’arôme inspiré par Petipa, il a été dansé avec la liberté de mouvement, une grâce et un sens théâtral que même les soviétiques admirent. Et c'est devenu une réalité, non seulement dans les deux variations et la coda (laquelle est réellement un recueil de petites variations), mais avec plus d'insistance, dans l'adagio, qui a été une brillante exécution durant toute sa durée. Les faciles et douces pirouettes d’Alicia Alonso, son extraordinaire sécurité et l’accompagnement intuitif d’Igor Youskévitch, sera quelque chose qu’on ne pourra jamais oublier ».

John Martin

The New York Times, New York, 1960

Igor a couvert une étape de notre carrière, car il s’est retiré après avoir danser avec moi. Nous avons dansé ensemble durant douze ans, et quand on danse douze ans avec un tel artiste, un des meilleurs du monde, on sent que cela a été et est entrer dans l'histoire, car c'est un formidable danseur international

« Alicia est une danseuse miracle, non seulement parce qu'elle danse plus que les autres artistes, mais en raison de la structure physique de son corps, vraiment fait pour danser et pour son admirable sens du mouvement. Elle ne va pas d'un endroit à l'autre avec des pas de danse, mais elle simule la création de nouveaux espaces avec sa danse pleine de grâce. Alicia est une artiste totale. Elle interprète ainsi bien qu’elle danse, et ses possibilités expressives sont pratiquement illimitées ».

Igor Youskevitch

Paroles prononcées dans le Grand Théâtre de La Havane, le 2 novembre 1993, publié dans Cuba en el Ballet, vol 4, Nº 3 septembre-décembre

Source : Alicia Alonso Diálogos con la Danza

Coédition de la maison d’édition Océano de Mexico et Cubarte 2004