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L’art naïf cubain de Ruperto Jay Matamoros
Par Yanelis Abreu Traduit par Alain de Cullant
Un hommage au doyen de la peinture naïve cubaine, Ruperto Jay Matamoros, à l’occasion du centenaire de sa naissance
Illustration par : Mario García Portela

Le doyen de la peinture naïve ou primitive cubaine, Ruperto Jay Matamoros, revient dans les salles d'expositions. Il est arrivé au Musée National des Beaux-arts cet été, quand les flamboyants qu'il aimait tant et qui ornaient souvent ses peintures champêtres fleurissaient de nouveau.

L’institution a préparé un hommage à l’occasion du centième anniversaire de sa naissance avec une sélection de 30 œuvres, entre peintures à l'huile et dessins, appartenant à la collection d’art populaire du Musée. La plupart ont été réalisées au début du vingtième siècle et un grand nombre d'entre elles n'ont pas été exposées précédemment, sauf certaines appartenant aux collections permanentes dans les salles cubaines.

L'ensemble constitue une sélection significative du talent d'une vingtaine d'importants artistes nationaux, parmi lesquels se distingue l’œuvre de Jay Matamoros. Les paysages pleins de couleurs du peintre inondent les murs de fraîcheur, convertissant l'exposition en un havre de lumière et de couleur. Le legs matériel de la passion pour la peinture et le cubain.

Ruperto Jay Matamoros a développé sa vocation pour l’art très jeune et de façon autodidacte, alors qu'il l’alternait avec des métiers de tous types. Sa sensibilité se combinait avec le soin du décorateur d’intérieurs, la sueur du jardinier, du chauffeur ou du plombier et le charisme des messagers.

Plus de soixante ans dédiés avec passion à la peinture ont eu leur genèse dans le Studio Libre de Peinture et de Sculpture en 1937, organisé par des artistes cubains de formation académique tels qu’Eduardo Abela, René Portocarrero, Domingo Ravenet ou Rita Longa - à qui le Musée consacre actuellement un autre hommage -. Durant plus de soixante ans, les pinceaux et les couleurs ont servi à Ruperto Jay  pour capturer une vue candide du milieu rural cubain et les particularités de l'imagerie populaire.

La fantaisie guidait ses compositions, exprimant une dichotomie entre le réel des images de sa campagne natale et de ses habitants, de la flore et de la faune, - qui ont été les grands protagonistes de ses toiles autobiographiques - et la façon particulière de les représenter. Les formes précises et détaillées liées à une exécution exacte se moquant de la perspective traditionnelle arrivent à une œuvre bidimensionnelle de couleurs vives et de grande force linéaire. La magie de ses peintures, représentant aussi des paysages urbains et littoraux, des thèmes historiques et des portraits, offre un monde exotique et onirique avec des éléments nationaux.

Son talent a été rapidement admiré par les amateurs et les connaisseurs de l'art. Avant 1959, il a été parrainé par María Luisa Gómez Mena, une notable collectionneuse d'art, qui a exposé des toiles du peintre dans sa Galerie du Prado et les a divulguées dans certains cercles artistiques de l'époque. Quelques années plus tard, à partir du triomphe de la Révolution, son œuvre lui a valu une reconnaissance internationale bien méritée, obtenant des prix lors de la deuxième Triennale d'Art Naïf de Bratislava, la capitale de l’actuelle Slovaquie, et dans la Biennale de Grenoble, France, en 1969. Sa longue carrière artistique a été récompensée avec le Prix National d'Arts Plastiques en 2000.

Ruperto Jay Matamoros est devenu une des figures emblématiques de la peinture populaire cubaine avec une indiscutable projection internationale, soutenue par les éloges de la critique spécialisée. Ses œuvres ont été exposées en Russie et au Canada, en plus du Musée National des Beaux-arts de La Havane et d'autres institutions cubaines.