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Le monument à Carlos Manuel de Céspedes : un objet de notre vénération
Par Eusebio Leal Spengler Traduit par Alain de Cullant
Carlos Manuel de Céspedes symbolise les plus purs idéaux de la nation cubaine.
Illustration par : Mario García Portela

En 1810, avec le soulèvement du curé Miguel Hidalgo dans l'église de Dolores, un mouvement insurrectionnel pour l’indépendance a commencé au Mexique et dans d'autres régions du continent américain, provoquant un changement majeur dans l'histoire. Le deux cents ans de ces événements commencent à être célébrés et ils sont également le résultat de profondes analyses à Quito, en Équateur ; à La Paz, en Bolivie ; à Caracas, au Venezuela, à Mexico et aussi à Cuba. Car nous nous rappelons le sacrifice d'Aponte et de ses compagnons, capables de tramer une conspiration qui a été à la hauteur de ces événements. Bien qu'éloigné non seulement géographiquement, mais aussi dans son contenu par la composition sociale et ethnique de Cuba, la première aspiration de cette conspiration des hommes qui ont suivi le courageux Aponte était précisément l'abolition de l'esclavage et elle aurait été sans aucun doute une porte ouverte pour atteindre des objectifs majeurs.

Pour José Luciano Franco et d’autres historiens que j’ai rencontrés, Aponte était un homme d'une intelligence particulière et d’une grande subtilité, il a été capable d’ourdir et de faire une réalité de ce qui aurait été impossibles pour d’autres.

Pour le colonialisme, il était le reflet des événements en Haïti, où avait été proclamée la première République indépendante de ce continent et pour paradoxale que résulte cette conception de l'histoire et de la vie, cela avait été atteint par des masses esclaves dans un combat inégal contre les troupes françaises sur le sol haïtien.

Maintenant, à 144 ans du Dix Octobre, nous venons comme chaque année sur la Plaza de Armas, où se trouve  le monument que mon prédécesseur, le docteur Emilio Roig a érigé en mémoire du Père de la Patrie, un monument comparable à celui de Bayamo, sa ville natale, ou celui sur la Plaza de Armas de Santiago de Cuba.

Pourtant, six ans avant le triomphe de la Révolution, il n’y avait pas d’autre monument à Carlos Manuel de Céspedes que le buste installé dans l'Institut de la Vibora par l’amour de deux professeurs d'histoire : Hortensia Pichardo et son mari Fernando Portuondo.

Le monument de Carlos Manuel de Céspedes est l'objet de notre vénération, non seulement pour la beauté du marbre sculpté, non seulement pour la symbologie d’occuper précisément la place où se trouvait autrefois la statue de Fernando VII, « le despote », mais parce que Céspedes symbolise les plus purs idéaux de la nation cubaine : l'indépendance à tout prix, l'abolition de l'esclavage. Il représente un rêve de justice fondé sur le principe que tous les hommes naissent égaux, le concept de la nécessité d'une transformation profonde de la société cubaine, l’évolution de la pensée que nous voyons chez l'homme qui naît dans le berceau de dentelle, qui vit et parcourt le monde dans les conditions privilégiées de sa classe et qui finalement renonce à tout pour s’immoler. Sa vie a pris fin le 27 février 1874, dans la Sierra Maestra, au lieu-dit San Lorenzo, pour que le symbolisme acquière une plus grande dimension.

Le 9, en respectant la nécessaire précédence de Bayamo et la cérémonie centrale qui y a toujours lieu, en accord avec ce que Céspedes voulait, notre événement se tiendra à La Havane, une veillée qui réunira, dès les premières heures sur la Plaza de Armas, des écoliers, des descendants des libérateurs, des parents des martyrs de la Révolution et tous ceux qui répondent à notre appel. Le monument sera comme toujours entouré de fleurs et d'offrandes envoyées par des institutions de la société et l'état. Ce sera aussi l’objet d’une visite à  la Salle des Drapeaux du Musée des Capitaines Généraux, où est conservé ce précieux Drapeau brodé par la jeune Cambula (Candelaria Acosta), le premier étendard qui a été levé sur le sol cubain avec la claire et définitive idée de l'indépendance absolue et de l'abolition de l'esclavage. Dans la salle des drapeaux brûle une flamme éternelle devant cette bannière que Céspedes a montré à ses compagnons le matin du 10 octobre, dans son exploitation de cannes à sucre La Demajagua regardant d'une part le golfe de Guacanayabo et de l'autre, par temps clair, le profil parfait de la Sierra Maestra où finalement se livrera l’action finale de son destin.