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 Che Commandant
Par Nicolás Guillén Traduit par Julian Garavito
Hommage au Commandant Ernesto Che Guevara
Illustration par : Mario García Portela

 CHE COMMANDANT

 

Ta chute n'empêche pas

ta flamme de s'élever.

Un cheval de feu

soutient ta sculpture de guérillero

dans le vent et les nuages de la Sierra.

 

Sans te taire, tu es silence.

Et ce n'est pas parce qu'ils vont te brûler

et t’éparpiller sous terre

et te cacher dans des cimetières, des forêts, des landes, qu'ils vont nous empêcher

de te trouver

Che Commandant,

ami.

 

De leurs dents qui jubilent

les Etats Unis rient. Mais soudain

ils se vautrent dans leur lit

de dollars. Et se fige

leur rire sur un masque

et ton grand corps de Métal

s’élève, s’éparpille

au sein des guérillas, comme les taons,

et ton immense nom blessé par des soldats

illumine la nuit des Amériques

comme une étoile soudaine, tombée

au milieu d'une orgie. Tu le

savais, Guevara,

mais tu ne l’as pas dit par modestie,

pour ne pas parler de toi-même,

Che Càmmandant,

ami.

 

Tu te trouves partout. Chez l’Indien

fait de rêve et de cuivre. Et chez le Noir

mêlé à l’écumante multitude,

et chez l'homme du pétrole et des nitrates,

et dans la terrible détresse

des bananeraies, et dans la vaste pampa

des fourrures,

et dans le sucre et dans le sel et dans les caféiers, toi, mobile statue de ton sang comme ils t’ont renversé,

vivant, tel qu'ils ne te voulaient pas,

Che Commandant,

ami.

 

Cuba te connaît par coeur. Visage à la barbe clairsemée.

Ivoire et olive sur la peau de saint jeune.

Ferme, la voix qui ordonne sans commander,

qui commande en copine, ordonne en amie,

tendre et dure de chef camarade.

Nous te voyons chaque jour ministre,

chaque jour soldat, chaque jour

personne simple et difficile

chaque jour.

 

Et pur comme un enfant

ou comme un homme pur,

Che Commandant,

ami.

 

Tu passes dans ta délavée, déchirée, trouée tenue de campagne.

Celle de la jungle, comme auparavant

ce fut celle de la Sierra. A l'air

la puissante poitrine à fusil, à paroles,

à brûlant ouragan et lettre rose.

Pas de repos.

Salut, Guevara !

 

Ou mieux encore des profondeurs de l’Amérique : attends nous. Nous partirons avec toi. Nous voulons mourir pour vivre comme tu es mort,

pour vivre comme tu vis,

Che Commandant,

ami.