IIIIIIIIIIIIIIII
Un nouveau livre de Paul Estrade
Par Carmen Suárez León Traduit par Alain de Cullant
Ce livre est le résultat d'une soigneuse recherche contribuant de façon décisive à compléter les études sur la famille Heredia.

Le livre Severiano de Heredia. Ce Mulâtre cubain que Paris fit « maire », et la République, ministre, est un titre que l’on peut trouver maintenant dans les librairies françaises. Son auteur est Paul Estrade, professeur émérite de l'Université Paris VIII, spécialiste de l'histoire d'Amérique Latine et l'un des plus notables spécialistes de l’œuvre et de la vie de José Martí ; il a fondé et a été le premier directeur (1984-1997) du Centre d'Histoire des Antilles Hispaniques et de sa collection Cahiers d'Histoire des Antilles Hispaniques. Il a été un collaborateur permanent du Centre d'Études Martianos, il possède une solide œuvre écrite et une respectable carrière comme professeur universitaire.

Ce nouveau livre est le résultat d'une soigneuse recherche contribuant de façon décisive à compléter les études sur la famille Heredia. Bien qu'il y a plusieurs membres importants de cette famille cubaine du XIXe siècle, on a surtout parlé des « trois Heredia », en référence au poète cubain José María Heredia, au poète français d'origine cubaine, le parnassien José Maria de Heredia et Severiano de Heredia, né à Cuba et devenu citoyen et homme politique français. Si les deux poètes accumulent une respectable bibliographie passive, dans laquelle l’œuvre et la vie des deux créateur sont étudiées, dans le cas de Severiano on trouve à peine des références latérales et des commentaires laissant dans l'ombre aussi bien sa véritable biographie que sa carrière politique à Paris lors de la seconde moitié du XIXe siècle.

George Pau-Langevin, dans sa préface à l'occasion de ce livre, écrit :

« Pourtant, cet homme d'origine étrangère, puisque né à Cuba en 1836 et sujet de l'Espagne jusqu'en 1870, d'ascendance esclave, de couleur, puisqu'il est mulâtre, et même d'un teint assez foncé car ses détracteurs évoquent la prune d'Agen, a pu âtre élu à Paris au XIXe siècle, et de plus, dans un quartier plutôt bourgeois, le XVIIe arrondissement, ce qui est déjà tout à fait extraordinaire.

Quand on apprend en outre que sa carrière a été assez longue puisqu’il est élu Conseiller du quartier des Ternes dès 1873, Président du Conseil Municipal de Paris en 1879, soit en fait Maire de Paris, puis Député de Paris en 1881, et enfin Ministre des Travaux Publics en 1887, on voit qu'il ne s'agit pas d'un accident. »

Tout cela laisse clairement l'importance et la nécessité de cette œuvre « à mi-chemin entre le récit et l’essai de recherche » comme le signale son auteur, qui se dédie minutieusement à éclairer l'origine de cet homme né à Cuba, dans le sein de la famille Heredia ayant une relation charnelle entre maître et esclave, un thème commun dans l'île esclavagiste, mais très rares quant à l'éducation et aux soins que le père naturel a pris, au point de l'éduquer en France, loin de l'ignominie de l'esclavage, et avec des ressources suffisantes pour l’élever dans un milieu social européen, raffiné et orgueilleusement blanc.

Paul Estrade, avec la rigueur de sa longue et précieuse œuvre dont il nous a accoutumé, fouille dans les archives jusqu’à établir une claire chaîne des événements qui mettent au jour les données réelles et les faits de la vie de cet homme, surtout avec un objectif éthique de la plus haute importance, car c'est rompre le silence que les préjugés racistes lèvent délibérément autour de personnalités comme la maîtresse noire de Baudelaire, ou le sang noir de l'écrivain Alexandre Dumas.

Pour les Cubains, ce livre revêt une grande importance puisqu’il contribue à compléter l'histoire de l'une des familles créoles ayant une grande importance historique et culturelle pour la consolidation de notre culture et même de la propre identité cubaine, dans la mesure où les vers de José María Heredia, sa vie et sa famille sont imbriqués dans la chaîne et la trame de notre construction national, donc c’est un titre qui devrait être traduit afin qu’il circule parmi les lecteurs cubains.