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Vicente Rodríguez Bonachea continuera à exposer son art avec nous
Par Manuel López Oliva Traduit par Alain de Cullant
Un sincère hommage d’un ami au nom de tous ceux qui l’ont aimé.

Les tensions générées par les dures croisades de la vie ont fermé trop tôt le chemin productif de Vicente Rodriguez Bonachea. Ses préoccupations d’être sensible, de père exemplaire et d’architecte dans la lutte pour réaliser l’œuvre qu’il désirait, lui proportionnant à la fois un destin favorable, ont surchargé la psyché et se sont répercutées dans l’organisme naturel, le conduisant à une cruelle crise cérébro-vasculaire qui lui a été fatale. Beaucoup de sa génération et d'autres antérieurs et postérieurs étaient présents à côté de son corps lors de la nuit de l'adieu symbolique, démontrant ainsi la haute valorisation qu’ils avaient de lui comme professionnel et comme cet ami qui n’a jamais cessé d'être, ni pour des raisons subjectives  qui minent la communication humaine, ni pour ce désir ardent pour l'argent et l’image lucrative ou le pouvoir qui aliène, déshumanise et conduit même à trahir ou à oublier d'autres personnes.

Vicente Rodriguez Bonachea a toujours eu la même personnalité, nonobstant il a réussi à se surpasser dans le métier et il est parvenu à articuler un langage plastique identitaire et évolutif. Beaucoup de gens savent qui il n'a jamais cessé d'être tel qu’il était quand il étudiait dans l'Académie San Alejandro, quand il vivait dans le quartier havanais connu comme El Fanguito, quand il a fait partie de la liste des illustrateurs pour les livres infantiles et juvéniles, ou quand il rendait visite aux peintres et aux illustrateurs formés avant lui avec l'esprit d’apprendre et d’établit une relation sincère entre collègues. Son visage et sa procédure ont maintenu un registre stable exprimant les nobles sentiments, l’attitude franche, la surprise devant l'art insolite et véritable, le respect d'autrui, un certain mélange de transparence et de timidité, ainsi que savoir apprécier sans se dévier et sans perdre la simplicité qui était sa caractéristique.

« Bona » - comme nous l’appelions – m’est apparu un jour, poussé par son professeur de dessin Osvaldo García et notre ami commun Juan Moreira, pour me montrer un ensemble de ses premiers dessins illustratifs et me solliciter un jugement. Ensuite nous avons parlé de l’importance du dessin et de l’illustration éditoriale, qu’il ne s’agissait pas d’un « art mineur », mais simplement d’un genre de service qui, à la fois, pourrait transcender comme image guide de l’artistique, ou comme une partie de ce joyau immortel de la culture qu’est le livre. J'étais juré du concours « art du livre » qui l’a reconnu et j’ai dédié un article à sa condition exceptionnelle d'illustrateur intéressé à transmettre au lecteur les nouvelles du texte de référence et les évocations fantastiques ou métaphoriques qui stimulent la perception esthétique. Dès le début des années quatre-vingt, Vicente a occupé un espace important parmi ceux qui ont donné un corps graphique au contenu narratif et poétique des pages des journaux, des revues et des livres.

Plus tard, j'ai aussi été le témoin de son entrée dans « l’aventure » du peintre. Et je pouvais voir qu’il avançait résolument sur les voies de la peinture à l'huile et surtout de l’acrylique, sans abandonner les clés figurales de l'illustrateur. Sur les toiles exposées lors des expositions personnelles et collectives se trouvait l’expérience de la pratique de l'imagination éditoriale, mais il y avait aussi une recherche d'authenticité constructive du visuel qui l'a amené à construire des visions où semblait exister un espace de retable et de poupées vivantes incarnant, tel les signes d'une idéation lyrique et « surréelle », sa façon de concevoir le mélange des personnes et des circonstances, des rêves et des cauchemars existant au sein de ses coordonnées existentielles. Peu à peu  il est arrivé à un bestiaire personnel où fusionne l'humain et le zoomorphe, à un code métaphorique convertissant le familier et l’historique en substance de type onirique, s’approchant avec un rythme accéléré au travail tridimensionnelle déjà annoncé lors de la tendance à modeler ses figurations picturales de forme cubique et tubulaire. L’illustration graphique de sa première étape et la nécessité pour le sculptural s’éveillant et s’installant a posteriori se sont réunies dans la syntaxe de sa peinture.

En conversant avec Maria Milian sur ce que nous demanderons à chaque artiste pour armer l’exposition du projet AB & C dans l'Hôtel National de Cuba lors de la dernière Biennale, dans le cas de Bonachea nous avons opté pour une de ses pièces en trois dimensions (sculpture, jouet, idole ou artéfact ?… Ou tout en même temps ?), car dans cette partie de sa création il y a une synthèse plus finie de sa carrière expressive, l’extériorisation intégrale de son esprit imaginatif et quelque chose comme une sorte de parodie de l’objetual de l'être humain avec ses projections, ses hybridations et ses symbolismes. Le jour de l'ouverture de AB & C, j'ai remarqué que le montage des œuvres faisait dialoguer ma peinture avec l’intéressante pièce ambivalente de Vicente. Il se sentait bien représenté et heureux d’y prendre part avec de nombreux amis artistes qui maintenant le rappellent  avec tristesse, bien qu’étant certain que Vicente Rodríguez Bonachea continuera à exposer son art avec nous.

La Havane, juillet 2012