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Marcelo Pogolotti : Notre premier peintre de la modernité culturelle
Par Luz Merino Traduit par Alain de Cullant
Quand il fait allusion aux travailleurs, ceux-ci sont dans l'usine, un espace lié aussi au développement de la population et de l’urbanisme.

Nous sommes face à un des plus intéressants et singuliers  peintres cubains modernes. Cette modernité est due à son enclave dans la ville, entre autres. Le lecteur peut vérifier la modernité de Pogolotti, son sens urbain et à la fois cosmopolite acquis dans ce trafic américain et européen. La ville a été estampillée depuis la plume havanaise ; depuis les angles et les coins d'une ville qui se modernisait et dans laquelle les colonies ont coexisté comme souvenir, témoin d'une époque associée à un passé de tradition.

La ville est montrée autrement dans la série de dessins Nuestro tiempo (Notre temps). Maintenant on valorise une scène sur laquelle vivent, s’affrontent et luttent les personnages : les poursuivis et les poursuivants ; les exploités et les exploiteurs ; formulés d'une manière référentielle dans la ville par le biais des publicités, des constructions ou des avenues, des motifs qui se débattent sur la scène pour voir le cadre pictural. Quand il fait allusion aux travailleurs, ceux-ci sont dans l'usine, un espace lié aussi au développement de la population et de l’urbanisme.

Avec lui, nous sommes devant notre premier peintre de la modernité culturelle. Pogolotti se synchronise avec cette nouvelle iconographie qui met le travailleur au premier plan, la conséquence des événements économiques ayant marqué la fin des années 1920, avec le krach bancaire et la postérieure dépression. Il concrétise ainsi le temps de la confrontation, la véritable crise, celle de la dénonciation. Son œuvre vibre dans ce contexte au sein d'une iconographie se positionnant depuis les événements.

À cet égard il sera le premier artiste américain, ou au moins un des premiers, à travailler l'esthétique de la machine et celle-ci comme l’emblème de l'usine, l'aliénation du travailleur, mais aussi d’une nouvelle dimension artistique. Tous ces facteurs conduisent à une œuvre dans un temps historique, depuis la création avec l'incorporation des discours les plus modernes comme le futurisme, le cubo-futurisme, la mécanisation, l'expressionnisme, le montage parallèle, avec des éditions de plans renvoyant au Temps modernes et à Métropolis, avec lequel la nouveauté est aussi en corrélation avec d'autres arts.

À tous ceci se somme la technique, l'invention du collage du métal pour donner un caractère unique à cet apport de la modernité et atteindre ainsi un contraste de gris. Le chromatisme d'une œuvre qui n'est pas stridente mais sobres au contraire, où les affrontements chromatiques sont tempérées par un dessin de lignes de contrepoints et de volumes, les mains et les corps supportent l’équilibre et, à la fois, contribuent à la dynamique de l'espace.

Fragments des paroles de l'introduction du livre Marcelo Pogolotti. Un aventurero de la modernidad (Marcelo Pogolotti. Un aventurier de la modernité), une courtoisie du Musée National des Beaux-arts.