IIIIIIIIIIIIIIII
Hommage à Antonio Bachiller y Morales pour son bicentenaire
Par Marlene Vazquez Traduit par Alain de Cullant
Homme d'esprit encyclopédique qui a abordé les thèmes les plus divers dans ses études et qui a légué une immense et très précieuse œuvre écrite de portée universelle à la postérité.

Le sept juin, Cuba commémorait le 200e anniversaire de la naissance de l'un de ses grands hommes : l’érudit et bibliographe Bachiller y Morales (1812-1889). Homme d'esprit encyclopédique qui a abordé les thèmes les plus divers dans ses études et qui a légué une immense et très précieuse œuvre écrite de portée universelle à la postérité, surprenant les spécialistes actuels pour la variété et la profondeur dans le traitement d’un vaste spectre thématique.

Formé dans l'amour de la sagesse, au séminaire de San Carlos, un prestigieux établissement d'enseignement de La Havane,  il a été l'un des esprits les plus éclairés de la pensée cubaine. Il était diplômé en Droit Civil et Canonique et il a été le doyen de la faculté de Philosophie de l'Université de La Havane. Il était également membre du Liceo de cette ville et président de sa section de littérature. Comme membre du mérite de la Société Économique des Amis du Pays, il a effectué d'innombrables travaux pour améliorer le sort de sa patrie. Son intérêt pour le journalisme et la littérature l'a amené à fonder plusieurs journaux et à collaborer dans de nombreux autres. Il a aussi travaillé comme traducteur et il a divulgué de remarquables œuvres européennes et étasuniennes à Cuba, telles que Le Camp des croisés de Adolphe Dumas ; la comédie Los celos deseados, de Luis Stella ; Physiologie et hygiène des hommes livrés aux travaux de l’esprit. Étude de l'homme dans l'état de santé et l'état de maladie  de Joseph-Henri Reveillé-Parisse ; ou Libro de lectura para los niños americanos, de William O. Swan.

Il continua son travail pédagogique quant il a assumé la direction de l'Institut du Second Enseignement de La Havane en 1863, où il a aussi enseigné l'Économie Politique et le Droit Commercial jusqu'en 1869. Cette même année, il a subi la persécution du gouvernement colonial de l'île pour avoir signé un manifeste autonomiste et il a du s'exiler aux États-Unis.

Il a rapidement acquis du prestige dans ce pays, car il était déjà très connu hors de Cuba pour son abondante production intellectuelle. José Martí dans le portrait biographique qu’il lui a dédié en 1889, à l'occasion de sa mort, décrit ainsi le séjour du savant dans la grande ville étasunienne :

« Même New York, très occupée par les civilités, lui donna une place d'honneur dans ses académies ; et il n'y n'avait aucun siège plus lustré que celui du ‘‘gentleman cubain’’ dans la bibliothèque Astor ; car il ne montrait pas d’autres vanités, mais par contre toute le monde devait savoir qu’il  était dans la Bibliothèque « pour la dernière fois en un tel jour »  (1)

Dans le passage ci-dessus on se réfère au fait que Bachiller a été membre des Sociétés Historiques de New York et de Pennsylvanie, ainsi que de la Société Archéologique de Madrid et de la Société Économique de Porto Rico, et que ces reconnaissances récompensaient son mérite scientifique. Il a également collaboré dans des revues spécialisées en anglais, comme The Magazine of American History et The Scientific American, il a aussi écrit l’article sur Cuba de l’American Cyclopaedia d’Appleton. Nous devons aussi mentionner qu’il a été nommé membre correspondant de l'Académie des Antiquaires du Nord de l'Europe et membre du mérite de la Société d’Anthropologie de Cuba en 1845.

Lors de ces années, l’érudit cubain n’a pas été un témoin impassible silencieux de la vie new-yorkaise.  Il a écrit des articles de presse très intéressants sur diverses questions étasuniennes, il a collaboré à plusieurs publications périodiques aussi bien en anglais qu’en espagnol et il a été un véritable connaisseur de la ville et de ses environs. Il a même écrit un Guide de la ville de New York, dont il y a eu deux éditions, la première en 1872 et le seconde, corrigée et augmentée, en 1876. En son temps cet ouvrage était d’une grande utilité et il continu à être attractif pour les chercheurs historiques.

Comme nous pouvons le voir, l'auteur de Cuba primitiva et d’Apuntes para la historia de las letras y de la instrucción pública en la Isla de Cuba (Notes pour l'histoire des lettres et de l'éducation publique dans l'île de Cuba), parmi de nombreux autres textes pertinents, n'était pas un homme de stature locale mais un de ces esprits universels qui dédient leur vie au service de l'humanité, animés par leur travail et leur amour de la sagesse.

À l’occasion de l'année de son bicentenaire, nous devons repenser Bachiller comme un élément d’union entre notre île et le reste du monde, car il a aussi bien traité les mythes et les légendes des Caraïbes, ceux des lointains et brumeux ciels scandinaves, ou les traditions des Olmèques et d’autres peuples préhispaniques d'Amérique du Sud. Cet anniversaire devrait non seulement être une question cubaine ou latino-américaine, mais un jubilé de l'Humanité. 

(1) José Martí : « Antonio Bachiller y Morales  » Œuvres complète, Maison d’édition Ciencias Sociales, La Havane 1975, tome 5, page 149