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Virgilio nécessitait une réparation, nous sommes prêts à la faire
Par Susana Méndez Traduit par Alain de Cullant
Entrevue avec Anton Arrufat, président du comité d’organisation pour le centenaire de la naissance de Virgilio Piñera.
Illustration par : Mariano Rodríguez

Entrevue avec Anton Arrufat, président du comité d’organisation pour le centenaire de la naissance de Virgilio Piñera.

Le Colloque International « Piñera tal cual » a terminé ses sessions de travail après quatre jours durant lesquels la personnalité et l’œuvre du transcendantal intellectuel cubain ont été analysées à partir des multiples points de vue sur toutes les facettes englobant son univers culturel : le traducteur, le dramaturge, le poète, le narrateur, le critique, l’éditeur.

Il n'a pas été possible d'épuiser les sujets piñerianos, mais ce colloque a été l'aboutissement d'un processus et le commencement d'un autre ; il y a une coïncidence quant à la nécessité d'étudier son œuvre pleine de sagesse et d’essentielle cubanité comme l’a déclaré Anton Arrufat qui, lors de l'ouverture du colloque, a adressé les paroles suivantes à l'auteur de La Isla en peso :

« Virgilio, où que tu sois et où que te parviennes ma voix, je voudrais te dire que j'ai accompli jusqu’au bout ce que tu m’as demandé quelques jours avant que la mort décide de nous séparer ; entre la gravité et le sourire tu m’as dit « protège mon œuvre » et je l’ai fait ainsi, durant les temps adverses et les propices ».

Une fois le colloque terminé et au milieu de l’inévitable émotion des participants, spécialement d’Anton Arrufat, le journal Cubarte a voulu connaître ce que pensait et ressentait le président du comité d’organisation du centenaire de Virgilio Piñera.

Que ressentez-vous maintenant après la fin de ce moment si important dans le programme des célébrations pour le centenaire de Virgilio Piñera ?

Je sens que j’ai fait un travail durant des années, je ne veux pas me vanter de ce travail, mais, indubitablement, il m'a pris plusieurs années car ce ne sont pas les premières éditions que je fais, ces éditions je les ai déjà faites depuis un certain temps ; à quatorze ans de sa mort on a commencé à faire des réunions au sein de l'Union des Écrivains et des Artistes de Cuba, de parler de lui, de se souvenir de lui, j'ai commencé à parler de lui, de son œuvre et de tout ce que nous avons fait pour l’année de son centenaire est un peu l'aboutissement d'un long, complexe et tortueux processus qui, pour moi, est arrivé à sa fin, car je n'ai plus d’autre chose à faire. C’est ce que je ressens après ce colloque, il est terminé, maintenant son œuvre va continuer son chemin et moi je vais rentrer chez moi faire la mienne, ou plutôt à continuer la mienne.

Je sens que c'est comme un adieu pour moi ; c'est comme un bateau qui quitte le port et je ne vais pas à la proue, mais à la poupe car ainsi je vois comment le bateau s’éloigne parce que c'est beaucoup mieux de voir le port qui s’éloigne que la mer qui s'ouvre.

À votre avis, quelle est la signification réelle de ce colloque ?

Je pense qu'il revêt une importance non seulement quant à Virgilio Piñera, à son œuvre et à sa personnalité, sinon en ce qui concerne d’autres écrivains qui requièrent et réclament également non seulement  la célébration de son centenaire, mais sa  réactualisation, la place qui le correspond dans la culture cubaine, non pas ces hommages, parce que c'est plus qu'un hommage, c'est une chose quasi imprévue dans l'histoire de la littérature car ce qui a été fait jusqu’à lors avec Lezama est très petit par rapport à cela, en ce qui concerne l'assistance du public, rien de plus que ceci - pour ne pas mentionner les sept ou huit œuvres qui ont été publiés et celles qui vont être publiées -, cent vingt ou cent trente personnes sont venues durant les quatre jours, pour deux sessions, elles sont allées déjeuner chez elles, si elles ont mangé ; elles ont surmonté toutes les difficultés de transport, elles sont venues malgré la pluie, même maintenant il pleut pour cette clôture.

Tout c’est très bien passé, il y a comme une foi, comme une impulsion, quelque chose attire les gens ici et je pense que c'est la réparation, le désir de faire justice, ce désir de rendre justice qui est très humain - comme l'est le désir de l'injustice, mais le désir de rendre justice est très fort chez l'homme ; Virgilio nécessitait une réparation, nous sommes prêts à la faire.

Les participants ont applaudi frénétiquement, ils ont parlé, ils ont écouté des interventions difficiles, certaines plus faciles, mais presque toutes difficiles sur un auteur que beaucoup de ceux qui écoutaient ont commencé à connaître, donc il fallait écouter ce type d'intervention mystérieuse pour eux, car on leur parlait de quelque chose qu’ils ne connaissaient pas profondément.

Je pense que cela a été passionnant et c'est comme un solde que l’on peut retirer de ce qui a été fait jusqu'à présent, et c'est aussi un adieu, je crois qu'il est temps que je rentre chez moi et que je reprenne ma vie normale.

Jaime Gomez Triana, représentant de la Casa de las Américas dans ce colloque et vice-président de l’Association Hermanos Saiz, dans son exposé Virgilio Piñera entre Los siervos, qui a fermé les interventions du colloque, a souligné :  « dans la Cuba actuelle, l'œuvre de Virgilio Piñera est plus nécessaire que jamais », partagez-vous cette considération ?

Oui parce que la pensée de Virgilio est pleine de contradictions, elle est pleine de la valorisation de la pensée de l'autre, donc cela doit être important pour nous car nous devons également penser à l'autre qui ne pense pas du tout comme nous, même s’il est disposé à participer d’une façon ou d’une autre.

Nous savons que la nation a besoin de tout le monde et que tout le monde peut participer – évidemment je ne sais pas ce qu’il adviendra de ceux qui veulent détruire l'État -, mais nous devons offrir cette possibilité à tous ceux qui veulent participer ; nous allons construire une nation entre tous, Ouvrons  les portes !