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Une approche de la vie et de l’œuvre de Joel James Figorola
Par Victor M. Sigué Castellanos Traduit par Alain de Cullant
Joel James est entré pour toujours dans la culture populaire, d’où il a plaidé en défense de l'identité cubaine.
Illustration par : David Kessel

Aníbal Joel James Figarola est né près de l’ancienne centrale sucrière Báguanos, à Guanabacoa, le 13 janvier 1942, un des nombreux cubain qui a vu le jour au milieu des avatars de la pseudo république, de la révolution martiana frustrée par l'intervention étasunienne et à l'ombre des différents gouvernements, soumis et gardiens des intérêts monopolistes de l'impérialisme yankee. Fils d'un instituteur rural ayant difficilement trouvé du travail dans l'orient de l'île.

La famille, de profonde conviction religieuse, a poussé le père à persévérer dans sa formation, se diplômant comme avocat grâce au cours libres dans l'Université de La Havane, en 1947, ce qui a conduit à une substantielle amélioration de la situation économique et sociale de ses membres. Le noyau familiale, auquel se sommaient déjà trois enfants, s’est installé à Banes, dans le Nord de l’ancienne province d'Oriente, suite à la proposition et à l'acceptation d'un poste de sous-directeur du collège « Los Amigos », de la mission religieuse du même nom.

Toutes sortes d'abus et d’excès, la faim, le chômage, les hauts niveaux de pauvreté et de misère, de maladie, les arrestations, les tortures, les disparitions, les assassinats, caractérisent la situation dans l'île après que le coup d’état de 1952 perpétré par un groupe de militaire dirigé par Fulgencio Batista y Zaldivar.

Joel James a comploté contre le régime de facto depuis ses contacts au lycée pour se dédier entièrement à la lutte révolutionnaire clandestine, distribuant des exemplaires de La historia me absolverá , peignant des slogans contre le régime sur les murs, organisant des attentats, il a été emprisonné puis libéré grâce aux relations d'un ami de son père, et déporté en Jamaïque.

Après le triomphe de la révolution, Joel James s’incorpore aux processus de changement et de transformation qui ont lieu dans le pays, il a été éditeur d’El Periódico El Combatiente, sous-directeur du journal Sierra Maestra, il a organisé la délégation de l'ICAIC (Institut Cubain de l’Art et de l'Industrie Cinématographique) dans l'ancienne province d'Oriente. Il a travaillé à l'INRA (Institut National de la Réforme Agraire). Au cours des années de travail lié à l'agriculture, il prépare une Licence en Histoire, qu’il obtient en 1973.

Maria Nelsa Trincado Fontan, éminente historienne et compagne de Joel lors de ses dernières années, a souligné les efforts de Joel quant à la recherche de la véritable essence de la nationalité cubaine dans les classes les plus humbles, dans une entrevue de Ariadna Gonzalez Espronceda pour la Revista Del Caribe n° 47-48 :

« L'intérêt de Joel était de chercher dans les racines de la société cubaine, non pas dans les hauteurs, mais dans les sources plus pure de la société cubaine. (…) Il a été à Yamaniguey, à Baracoa pour pourchasser des bandits, mais entouré de paysans, de gens du peuple. Lors de la guerre en Angola, il était soldat dans une compagnie, non pas à l’état-major, pouvant y être pour ses conditions, ainsi il cherchait les racines du peuple (...) Il était curieux pour les racines, (…) le théâtre lui a ouvert les portes du vaudou, de la santeria, de la religiosité populaire, du monde populaire de Santiago de Cuba ».

Cette riche expérience est accumulée par une vie doublement intense, d'une part la succession des événements que marque le pouls des faits avant et après le triomphe de la révolution de 1959, pour sa libre et expresse volonté d'être dans ceux-ci en fonction de satisfaire ses inquiétudes révolutionnaires et prendre cause pour un esprit toujours rebelle, non conforme et lutteur pour l'amélioration de l'homme. Et, de l'autre, sa curiosité innée et la faculté de voir et de sentir le transcendant de l'ordinaire, l’a amené à vivre chaque instant avec une intensité extraordinaire, propre des personnalités altruistes et rêveuses.

Cette expérience, établie sur la base d'une connaissances cultivée, acquise par la lecture des œuvres de la littérature universelle, par ses études et ses recherches sur la culture populaire à Cuba et dans les Caraïbes, comprise comme l'espace de confrontation culturelle et non pas comme une zone géographique, ainsi que par la connaissance de l'historiographie cubaine et l'approfondissement de ces connaissances , lui ont donné les outils nécessaires pour produire une vaste œuvre littéraire dans laquelle se souligne les essais.

Ce genre, à notre avis, est celui qui s’ajuste le mieux à son style et à la forme d’acquisition des sujets abordés et défendus avec passion, liés à la défense de la révolution dans les conditions actuelles à partir de positions éthiques et pragmatiques comme dans l’essai Vergüenza contra Dinero ; la reformulation de l'esprit cubain par le biais de la reconstruction de l'histoire, mise en évidence dans les essais réunis dans Alcance de la cubanía et Fundamentos sociológicos de la Revolución cubana ; ainsi que la reconnaissance et la sauvegarde de nos racines culturelles grâce à la recherche, au sauvetage et à la promotion de la culture populaire, parmi d’autres.

« Joel James est entré pour toujours dans la culture populaire, d’où il a plaidé en défense de l'identité cubaine, » a dit Armando Hart Dávalos, président de la société culturelle José Martí, lors de la présentation de l'essai El Ser y la historia.

Pour un intellectuel comme Aníbal Joel James Figarola ayant une telle passion pour la souffrance humaine, pour la justice sociale, pour les « pauvres de la terre », pour révéler les mystères de notre propre existentialité comme Cubains ; José Martí signifiait le plus important paradigme de sa riche et fructueuse vie, à un tel point que les principales contributions théoriques dérivées de ses recherches sur l'identité, l'esprit cubain et l'historiographie de Cuba, ont un important composant idéologique de José Martí, spécialement de toute la base conceptuelle éthique et politique de notre héros national, car cette relation éthique et politique dans l’œuvre martiana devient un moment central de sa conception du monde et de l'être humain, insérée à sa cosmovision culturelle universelle avec laquelle il perçoit, pense, recrée et transforme la réalité.

« Toute personne aspirant que les hommes soient les frères des hommes, trouvera entre nous, les hommes de la Caraïbe, quelqu'un qui l’appuie et qui l’aide, même au détriment de sa propre vie », a déclaré Joel.

Ces dernières années, la Casa del Caribe devient  sa principale scène pour aborder les profondes questions sur le folklore et préserver  le savoir-faire des groupes porteurs de la culture populaire cubaine. Abel Prieto Jiménez, écrivain et ami de James, l’a rappelé ainsi à l'occasion du 28e anniversaire de la Casa del Caribe :

« Il faut se rappeler de Joel lors de l'anniversaire de la Casa. Il l’a fondée et il l’a soutenue avec sa pensée, avec son extraordinaire créativité ; je crois que Joel a été l'un des grands intellectuels de notre pays, une des personnes ayant une pensée sociale la plus originale, une pensée culturelle la plus originale, que j'ai connu.

C’était un homme qui avait une extraordinaire culture en termes d'érudition, de l'accumulation d'informations... une vocation pour faire des choses qui avaient une influence sur les personnes, sur l'environnement des personnes. Je crois que c’est pour cette raison qu’il a dédié autant de temps à cette institution et à ce Festival des Caraïbes.

Je crois qu'il ne se voyait pas comme un intellectuel de laboratoire ; il se voyait comme une personne orientée vers la rue, vers les gens et cela lui a pris beaucoup de temps quant à son travail comme historien, chercheur et créateur de fictions. Mais, en même temps, il a complété ce grand talent avec ses capacités organisationnelles et de gestion.

Je crois que c'est très important, après avoir perdu physiquement Joel, que la Casa ait continué à fonctionner, à travailler dur avec Vergés, le directeur de l'Institution, et le reste des compagnons de l'équipe ».