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Peindre est un plaisir, mais avec l'odeur du tabac
Par Jorge Luis Rodríguez Aguilar Traduit par Alain de Cullant
Des magnifiques illustrations - aquarelles et lithographies illuminées de David Kessel, un artiste français, un ami de Cuba et ses traditions : le bon café, la bon rhum et le bon cigare.
Illustration par : David Kessel

                                                                                                                                                              « J'ai toujours eu Cuba aux lèvres »

                                                                                                                                                                                      Sir Winston Churchill

On dit que quand les espagnols venus avec le Grand Amiral ont vu pour la première fois les indigènes cubains fumer ces étranges feuilles roulées, qu'ils appelaient « tobago », qu’ils sont restés admiratifs et qu’un grand nombre, de retour dans la péninsule, en ont ramené comme un grand trésor - pour beaucoup - plus précieux que le peu d’or trouvé. La séduction causée par son arôme, sa couleur et sa saveur a été telle qu’ils n’ont pu résister à ce plaisir, même si le cigare était un signe du péché, de la sorcellerie et de la luxure pour la Sainte Église. Ce qui semblait destiné à disparaître a captivé tout un royaume en quelques années et l'ensemble du continent un siècle plus tard. Cuba l’a découvert, l’Espagne l’a monopolisé et la France l’a fait connaître sous son nom générique.

Durant de nombreuses années - et parfois sur un ton de plaisanterie - Cuba a été mal identifiée pour trois de ses meilleurs produits : le rhum, les chaudes et voluptueuse mulâtresses et le sublime et aromatique cigare de Vuelta Abajo. Celui qui a un de trois, veut les deux autres et celui qui a les trois…Une combinaison fatale !

Inaugurer une exposition dédiée au tabac, non pas comme un élément de consommation, ni comme un chant – d’ailleurs nécessaire – pour prendre soin de notre santé, mais comme un élément de notre idiosyncrasie la plus créole, comme un sceau distinctif de notre culture, est, entre autres, la raison principale de cette série de magnifiques illustrations - aquarelles et lithographies illuminées – que nous offre aujourd'hui David Kessel, un artiste français, un ami de Cuba et ses traditions : le bon café, la bon rhum et le bon cigare.

Pour David fumer est un plaisir, comme celui de peindre. Ce sont peut-être ses deux passions : travailler sans relâche, jour après jour, et avoir ses bons cigares aux lèvres. Pour de nombreux fumeurs c'est un voyage dans le temps, revenir à Cuba, rencontrer des amis, esquisser un sourire et fermer les yeux. Pour David c’est également un prix : un prix de l'amitié, de la rencontre, de la mémoire opportune et des rêves.

La peinture de David Kessel nous permet de voir son monde et il est un chroniqueur de la réalité qui l'entoure. Mais plus que tout, il est un amoureux de l’histoire, qui n’a pas peur de peindre la vie de bohème dans les quartiers parisiens de la Belle Epoque, ni la grâce juvénile et seigneuriale de sa ville, ses places et ses cafés remplis, marquée par une tradition culturelle devenue un symbole dans l'art. David fait un compte-rendu depuis l’histoire, faisant sien les codes de l’illustration française et de la culture du tabac, le tout mélangé. Le symbolisme, l'appropriation, l'imagerie, l’illustration, comme élément merveilleux de son œuvre - avec la couleur - et cette empreinte expressionniste comme créancier de l'École de Paris et du fauvisme français de début du XXe siècle.

Mais les points de rencontre sont plus nombreux. L’illustration a toujours été proche de la fabrique de cigare, le fin humour des boîtes de cigares qui sont parvenus a raconter, durant les 19e et 20e siècles, la vie de nos villes et les scènes de mœurs sur les bagues des cigares, les pierres lithographiques, les pancartes, les affiches et les annonces publicitaires de La Ilustración, du Periódico de La Habana, des revues Bohemia et Carteles, de José Artigas et Hermanos, de Susini et La Sin Rival. Revenir à ce monde fascinant et aromatique est également un retour à la tradition de l'art et de notre culture.

San Alejandro, la première et la plus authentique des académies cubaines – le berceau de la culture de notre pays -, a réalisé d'innombrables expositions au long de son histoire, mais aucune – connue jusqu'à maintenant - dédiée au cigare cubain, notre joyau, autochtone, reconnaissable et magnifique. C'est donc un plaisir pour nous de pouvoir jouir de l’œuvre de David Kessel, de sa passion pour cette partie de notre histoire, qui est maintenant universelle.

Si pour beaucoup fumer est un vice, pour David c’est un médicament, c'est une offrande au bon art et au bon goût. C'est une tradition qui l'accompagne et l’attire. Pour ceci, et pour une évocation de sa vie, David allume son cigare, regarde ses œuvres et rêve.

Paroles d'ouverture de l'exposition des aquarelles et des lithographies « Pour l’amitié franco-cubaine » de David Kessel dans l'Académie Nationale des Beaux Arts San Alejandro.