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Isabel Bustos : Une créatrice avec toutes les passions du monde
Par Yinett Polanco Traduit par Alain de Cullant
Isabel Bustos, chorégraphe, professeur de danse contemporaine et directrice générale de la compagnie Danza Teatro Retazos a été reconnue avec le Prix National de Danse 2012.
Illustration par : David Kessel

Isabel Bustos, chorégraphe, professeur de danse contemporaine et directrice générale de la compagnie Danza Teatro Retazos a été reconnue avec le Prix National de Danse 2012.

Il y a cinq ans, quand la compagnie Retazos fêtait son 20e anniversaire, cette artiste née à Santiago du Chili et de nationalité Équatorienne racontait comment son destin avait été lié à cette île dans les années 60 lors d’une entrevue avec la revue La Jiribilla, jusqu'à présent inédites et dont nous publions certains fragments.

« Je suis arrivée à Cuba en 61 car mon père et ma mère étaient diplomates ici, ma sœur et moi étions petites. Ensuite, lorsque les relations ont été rompues avec l’île, ma mère décida de rester à Cuba. Elle s’est séparée de son mari, elle était la seule diplomate qui est restée à Cuba. Elle est tombée amoureuse de Fidel, de la Révolution et elle a décidé de rester. Nous avons suivi nos études dans l’École d'Art, j'ai étudié le ballet et je suis restée à Cuba, j'ai épousé un médecin et j'ai eu un fils. Ensuite je suis retournée en Équateur, puis au Mexique, une nouvelle fois en Équateur et je suis revenue à Cuba. Postérieurement j'ai eu une bourse de l'UNESCO pour étudier la chorégraphie en France… j’ai refais quelques aller et retour, certaines tournées et, finalement, je suis retournée à Cuba car c’est là où je me sentais vraiment contente et heureuse ».

Isabel a construit son propre espace de rêves dès 1987, une compagnie de théâtre et de danse. Le groupe a été formé initialement avec des élèves de l'École de danse, et comme le groupe travaillait durant de petits moments, quand les jeunes sortaient de l'école, on lui a donné le nom de « Retazos » (Morceaux).

« C’étaient des morceaux de situations, de personnes, de moments que nous vivons, d'où le nom. Mais aussi parce que quand j'ai commencé à travailler avec ce petit groupe, j’ai recouru à plusieurs instances pour savoir comment nous pouvions nous institutionnaliser. J’ai rencontré Raquel Revuelta, qui était la directrice des Arts Scénique à l'époque, et je lui ai dit : J’aimerais faire une audition pour voir si cette façon de travailler la danse vous semble intéressante. Raquel m'a dit : ce que tu fait est de la danse-théâtre, c'est donc elle qui a baptisé réellement le groupe. Elle m’a également dit : tu vas travailler ici, dans ce qui était le Teatro Estudio (Théâtre Studio), où nous répétions et montions les œuvres.

Retazos est un espace pour créer. Pour moi, c'est un espace où l’on doit s’impliquer sous tous les aspects, avec toute la passion du monde, pour étudier et créer ».

Le Prix National de Danse est revenue à Isabel Bustos à peine quelques jours avant l’ouverture du 17e Festival International de Danse en Paysage Urbain « La Vieille Havane : Ville en Mouvement », un projet auquel elle a dédié beaucoup de temps et d’efforts.

« Au début j'ai créé un événement appelé La journée internationale de la danse, sous l'influence d'un ami mexicain qui a créé La journée international de la danse à Mexico, durant toute une journée. L'événement se déroulait dans le théâtre Mella. Pendant la Période spéciale,  les théâtres ont fermé pour des raisons économiques. Je me suis dit : on ne peut pas mourir, j'ai continué à créer et je suis allée dans le Patio de María.

À cette époque María s’occupait des rockers et elle réalisait de nombreuses activités. C’est là que j’ai commencé à faire un spectacle intitulé La Casa de María. Il y avait un piano délabré, des vieux rideaux, quelques portes qui s’ouvraient et qui tombaient, des escaliers menant nul part et j’ai pensé : c'est très intéressant d'entrer dans des espaces inconnus, c'est vraiment un défi. J’ai impliqué Ireno García, qui dansait en plus de chanter, et d’autres personnes qui n'étaient pas des danseurs ; j'ai commencé à penser que l'on peut faire beaucoup de choses et que des danseurs formés depuis 40 ans n’étaient pas nécessaire.

Les espaces sont décisifs, j'ai donc commencé à les rechercher. J'étais déjà venue dans la Vieille Havane, mais je n’avais pas vu son importance. Lorsque je suis venue ici à la recherche d'espaces, je suis tombée amoureuse de la vieille ville, j’ai décidé de rester ici et j'ai oublié les théâtres. Je suis allée à la maison du Mexique, qui n'était pas telle qu’elle est maintenant, elle ressemblait à un ancien et sévère patio espagnol. J'ai dit, ici nous pouvons faire une œuvre et j'ai commencé à travailler sur Lorca : Yerma, Noces de sang, ses poèmes et j’ai préparé une pièce intitulée Las ruinas de Lorca. Cette fois j’ai été à l'inverse, l’oeuvre est née dans les jardins, puis je l’ai agrandie, adaptée, je lui ai donné une autre structure et à partir du jardin je suis allée au théâtre. La Vieille Havane a été un espace très inspirateur pour moi.

Une chose semblable a eu lieu avec le Festival de Danse de Rue. Au début c’était très difficile car la proposition n'a pas été comprise, on faisait très attention de ne pas toucher un escalier ou une main courante. Ils avaient peur que nous détruisions les musées, alors que nous créions un autre espace artistique. Mais après Eusebio Leal, qui est une personne merveilleuse, a dit : « Je te soutiens » et finalement c'est un événement du Bureau de l’Historien qui, de quelque chose de minuscule, est devenu un très grand événement où viennent de nombreuses personnes de toutes les latitudes. Je tiens également à remercier le Bureau de l'Historien qui nous a donné un local, Las Carolinas, car sinon nous serions encore dans les rues de La Havane. Depuis ce petit espace nous avons approché  toutes les possibilités artistiques ; les arts plastiques, la musique, la poésie, je dis qu'il s'agit d'un laboratoire où se mélangent tous les arts, où nous cherchons des propositions et où nous maintenons des échanges. »