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Le CIFO aux Beaux Arts : Un parcours multiple dans l'art contemporain
Par Mabel Machado Traduit par Alain de Cullant
C’est la première fois qu’une si grande sélection des fonds de la Fondation Fontanals-Cisneros de Miami sort des Etats-Unis.

Le Musée National des Beaux Arts de Cuba a décidé de garder une partie de sa collection permanente durant trois mois. La salle transitoire de l'enceinte d'Art Universel ne suffit pas pour accueillir les 85 pièces que la Fondation Fontanals-Cisneros a apporté à Cuba dans le contexte de la Biennale de La Havane. Le CIFO : Un regard multiple, est un projet ambitieux.

C’est la première fois qu’une si grande sélection des fonds de l'institution de Miami sort des Etats-Unis. La majorité des pièces sont de grands formats. L'exposition comprend des expressions artistiques de trois continents. Elle réunit des représentants de courants aussi divers que l'Arte Povera (mouvement artistique italien « art pauvre ») et l'école de Düsseldorf. Elle prétend recréer les points de repère et les transformations dans le panorama des arts visuels des derniers cinquante ans du XXe siècle.

En réalité, la première raison qu’exprime la valeur de l'exposition a à voir avec les artistes choisis par la curatelle. Il suffit de dire que la légende de la performance de Marina Abramović est présente avec la pièce « Rhythm 0 » (une photographie en blanc et noir de l’intervention homonyme en public en 1974) ainsi qu’un travail du Mexicain Gabriel Orozco (Pierres collées, 2005), les deux invités spéciaux de la Onzième Biennale de La Havane.

À la quantité et à la diversité des artistes présents dans « Un regard multiple » se somme le concept de curatelle afin d’attirer l'attention sur la complexité et la multiplicité des discours dans l'art contemporain international. L'exposition peut être lue de droite à gauche ou vice versa. Il y a deux portes d'accès et il n'y a pas de signalisation, de délimitation des espaces ou de marques de couleurs indiquant comment elle doit être parcourue. Osbel Suárez, curateur de l'exposition, explique que « le spectateur peut aborder l'exposition sans suivre un chemin unique et défini précédemment ».

En une certaine mesure, c’est ici où les buts de l'échantillon du CIFO s’approchent le plus de ceux de la Onzième Biennale car les deux, en abordant les arts visuels, plantent la nécessité de la construction collective quant aux significations et à la participation du sujet dans la transformation de leur réalité. Sur « Un regard… » Osbel Suárez ajoute : « chaque spectateur peut organiser son parcours avec une liberté absolue afin de trouver la logique de son regard dans les associations conceptuelles suggérées ».

L'exposition des Beaux Arts a défini cinq noyaux thématiques dans lesquels les œuvres sont regroupées. Chacun d'eux répond à des sections spécifiques des fonds privés d'Ella Fontanals-Cisneros, qui ont été exhibé séparés uniquement lors d’occasions précédentes. Selon l’imprésario et collectionneuse d'origine cubaine, « le chapitre plus important dans le patrimoine de la Fondation est celui correspondant à l'art latino-américain et, par conséquent, c’est le plus représenté dans l'exposition de La Havane. Une des missions du CIFO, durant ses dix ans de vie, a été celle de promouvoir l'art de la région ».

Bien que la diversité appréciée dans le segment latino-américain de « Un regard… » soit notable (l'intérêt de Fontanals-Cisneros pour l'art du continent date des années 70), il vaut la peine de mentionner la présence de pièces très significatives de l'art néo-concret, de l'abstractionnisme et de la peinture-peinture.

Le mouvement de la nouvelle photographie allemande commencé à Düsseldorf il y a environ quatre décennies apparaît dans le musée de La Havane à travers des œuvres de certains de ses fondateurs et de ses principaux exposants, alors qu'un corps appelé « Photographie, vidéo et installation » permet le rapprochement de thématiques telles que la discrimination raciale et de genre, les tensions entre la tradition et la modernité, et la réflexion sur l'art et ses relations historiques.

Un segment dédié aux classiques comprend des noms comme Michelangelo Pistoletto, Jannis Kounellis, Nam June Paik ou Joseph Kosuth, alors que dans « Outside Cuba » on voit l'œuvre de cinq artistes cubano-américains ayant développé leurs carrières hors de l'Île.

On peut compter sans aucun doute « Un regard… » parmi les expositions collectives les plus embrassantes et estimables d'art contemporain présentées à Cuba. Toutefois, l'événement devra être un pas initial dans la relation avec le CIFO : « Présenter cette exposition aux Beaux Arts a une signification très spéciale car elle représente une nouvelle rencontre avec mes racines et ma patrie mais, fondamentalement, je voudrais qu'un travail conjoint se matérialise dans le futur pour divulguer l'œuvre des artistes cubains à l'extérieur », a déclaré Ella Fontanals.