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Liberté, nations et justice sociale : Deux siècles de réunions et de contradictions
Par Fernando Martínez Heredia Traduit par Alain de Cullant
Nous ne commémorons pas des dates, mais un processus qui s’est développé de 1791 à 1824,
Illustration par : Antonio Vidal

Nous ne commémorons pas des dates, mais un processus qui s’est développé de 1791 à 1824, un tiers de siècle durant lequel la relation externe de notre continent a changé en profondeur et, en différentes mesures, les relations sociales et politiques internes. Ce fut la plus précoce décolonisation régionale ayant eu lieu dans le monde. Le déterminant dans ce processus ont été des révolutions violentes dans la plupart des cas de l'Amérique espagnole, bien qu'en Amérique Centrale et au Brésil l'indépendance ait consisté en des actes non violents promus depuis en haut. Il y a eu une crise dans la métropole et dans ses colonies, sans doute, mais la grande transformation a pu se produire seulement parce qu'il y a eu des révolutions.

 

Au début ce fut la Révolution Haïtienne. La célébration généralisée du Bicentenaire autour de ces dates actuelles est une énorme injustice historique. En 1991 il n'a pas fait aucun cas du Bicentenaire haïtien, alors qu’on entendait encore les échos du 200ème anniversaire de la Révolution Française et on faisait un grand vacarme autour du 500ème anniversaire du début du colonialisme en Amérique, déguisé sous le nom mensonger de « rencontre de cultures ». Ceux qui sont ici, et ceux qui sont comme nous, incluent toujours la Révolution Haïtienne et insistent sur cette élémentaire réparation historique, mais nous sommes très loin d'être la majorité ou d’avoir une influence suffisante pour obtenir, au moins, que les élèves étudient cette Révolution, et pour que soit célébrée l'anniversaire de la bataille de Vertières.

 

La nation, comme nous la comprenons aujourd'hui, était une idée naissante quand a eu lieu l'indépendance en Amérique. Si en Europe elle était une nouveauté, en Amérique elle a précisément pu trouver un espace pour les nécessités d'auto identification qu’avaient ceux qui se levaient contre un ordre colonial qui, en plus de son pouvoir matériel et de l'inertie de ce qui est établi, avait beaucoup de moyens spirituels à sa faveur. Les insurgés et les nouveaux politiciens ont dû apprendre à organiser des pouvoirs propres, à confier en ces derniers et à les rendre permanents, et apprendre à nommer ce nouveau monde qu'ils créaient. Pendant leurs luttes, les Haïtiens noirs et mulâtres s’appelaient eux-mêmes des « indigènes ». L'appellation « Américains » a été la plus expressive de l'existence d'une nouvelle identité ; en outre, elle a été la plus utilisée par les révolutionnaires radicaux.

 

Quel caractère ont eu ces révolutions ? L'indépendance nationale a été la constante. Bien que ce ne fût pas nécessairement le point de départ de chacune, elle a résulté le point d'arrivée dans tous les cas. Il y a eu des révolutions sociales en différents endroits pendant le processus, plus ou moins victorieuses, inachevées, partielles ou mises en échec. Le continent avait été soumis à une longue subordination coloniale, ses peuples, ses cultures et son milieu naturel ont été violentés, opprimés et exploités sans limite ; la population a été augmentée et transformée avec d’énormes contingents d’africains et d’européens, d'une grande partie de ceux-ci apportés comme esclaves. L'Amérique a été une région indispensable pour l'énorme accumulation capitaliste européenne. Chaque pays a fait face à la rupture de l'ordre colonial et la formation des états indépendants depuis les complexes sociétés de domination résultant de la longue époque coloniale.

 

À mon avis, la grande leçon d'il y a deux siècles est que seulement la violence révolutionnaire a pu être efficace pour obtenir que les individus et les groupes sociaux refusent et transcendent leur situation de colonisés ou leur condition servile et agissent en conséquence, pour qu’ils soient très subversifs dans leurs pratiques, qu’ils se sacrifient, qu’ils persistent pendant les circonstances les plus difficiles, qu’ils s'organisent militairement et politiquement, qu’ils surpassent jusqu'où cela a été nécessaire les divisions dans castes qu’ils avaient et dans les idées et les sentiments correspondants, qu’ils changent ou se rééduquent eux-mêmes en bonne mesure, qu’ils créent de nouvelles institutions et des relations, qu’ils vainquent leurs ennemis et qu’ils instituent des pays qui seraient reconnus et appréciés comme tels et des masses de personnes qui étaient ou aspiraient à être leurs citoyens.

 

Bien que ce ne fut pas le cours des événements de toutes parts, ni que les événements aient affecté tout le territoire et les populations, la révolution a donné le ton général à l'indépendance dans le continent, et à l'époque. Les Américains modérés, profiteurs et conservateurs américains ont dû adopter les symboles de l'épopée, y compris ceux qui voulaient la médiatiser et la contrôler.

 

Sans aucun doute, cette tradition est un aspect de très grande importance dans l'accumulation culturelle latino-américaine et caribéenne actuelle. Mais si nous examinons ce processus historique il conviendrait de se demander : l'indépendance de quoi, pour qui, avec quels participants et quels bénéficiaires ? Les formes dans lesquelles ils se sont inspirées mutuellement les luttes pour l'indépendance nationale et pour la justice sociale, les unions, les coordinations ou les contradictions entre elles dans le camp des indépendantistes et entre eux et la masse du peuple de leurs pays, ont été le contenu de l'histoire réelle. Ensuite des versions qui se sont converties en histoire nationale se sont intégrées et se sont consolidées, comme une partie d'un complexe culturel qui répondait, essentiellement, à la domination de classe, à l'État et aux représentations sociales correspondantes. De même que les économies locales, les langues, les communautés, les diversités sociales et humaines, l'histoire s’est cristallisée dans un moule national. Il n'est pas possible à réduire ce moule aux volontés des dominants ni aux actes prémédités, mais il est vrai qu'il a exclu ce qui fut réellement dangereux pour la domination.

 

Les histoires nationales de nos pays constituent des négations du colonialisme, qui n'admet pas que les colonisés aient histoire, mais qui ne signifient pas la fin des colonisations, qui persistent dans les institutions, les esprits, les sentiments et la vie spirituelle. Ils sont encore présents aujourd'hui. Les zones de silence, les multitudes sans voix, les sélections tendancieuses des faits, les processus et les personnalités, les distorsions et les faussetés, ont fait partie des histoires nationales dans notre région jusqu'à ce jour. Nous avons besoin de libérer le passé, pour que nous puissions mieux nous reconnaître, ou nous reconnaître réellement, pour connaître les forces et les faiblesses, les ennemis et les chemins, les expériences et les savoirs du peuple, ce que l’on a vécu sur le long chemin et, par conséquent, les éléments fondamentaux pour comprendre le présent, ses caractéristiques principales, ses tendances et ses potentialités. C'est-à-dire, pour guider nos actions et nos projets.

 

La liberté comme idéal général a eu une immense importance, mais sa prise en charge par de vastes secteurs a été plus concret que dans sa matrice européenne – bien que celle-ci ait reçu un élan décisif avec la Révolution Française –, et il y a eu des différences très notables par rapport à celle-ci. Je signale seulement trois différences. La liberté politique, sans renoncer à implanter des libertés individuelles, avait un autre centre plus collectif, en incarnant la liberté d'un pays en ce qui concerne la métropole, étant une aspiration des gens du pays face à un ennemi étranger. La liberté personnelle résultait un problème fondamental de justice sociale, plus que de bannières politiques, pour la majorité des travailleurs et d’autres individus soumis à l'esclavage et aux inégalités de castes. La classe dominante créole ne pouvait pas lever la liberté personnelle et les libertés individuelles comme un drapeau révolutionnaire, car en grande partie elle était attachée ou elle vivait du travail des esclaves et des prestations serviles, et cela exigeait que les opprimés ne jouissent pas de liberté personnelle, ou d'égalité formelle et de pleine citoyenneté.

 

L'histoire de l'indépendance américaine est pleine de contradictions au sein des groupes sociaux ; de tensions et de confrontations ; d’hommes illustres et de mouvements qui rompent avec les fondements de l'ordre en vigueur en abolissant l'esclavage et des républiques qui, ensuite, la maintiennent ; de militantismes décidés pour des raisons sociales et non pour le lieu de naissance ; de respects et de camaraderies impossibles dans la vie sociale précédente, nés des grandes expériences et des sacrifices partagés ; des nouvelles institutions et des normes qui s'avère très difficile à mettre en pratique et de rendre permanentes, et de promesses non respectées.

 

Je signale quelques données relatives à la composition de la population. Seulement la cinquième partie des habitants de l'Amérique espagnole était classée comme blanche, les Africains et descendants d’africains représentaient plus du tiers de la population actuelle en Colombie et en Argentine, et plus de 60% au Venezuela et au Brésil. Les peuples autochtones étaient majoritaires dans certaines régions et très hautement dans d'autres, malgré le génocide commis contre eux. Ils étaient exploités ou dépouillés, et considérés comme des êtres inférieurs, malgré certaines tentatives métropolitaines légales lors de la dernière phase de l'époque coloniale. En général, la construction sociale des races et le racisme dans les colonies américaines était une fonction du mode de production et un système de domination, mais son façonnement culturel a été profondément embrassant et persistante ; c'était un facteur de grand poids dans la division coloniale parmi les opprimés, il a continué à l'être, en grande mesure, dans les républiques et il a été un cancer chronique jusqu'à aujourd'hui.

 

La première vague de soulèvements dans les colonies de Terre Ferme, durant les dernières deux décennies du XVIIIème siècle, a été jouée par les secteurs les plus opprimés, dans sa majorité non blancs, et dans le centre étaient les demandes de justice sociale. Bien que n’étant pas rapport avec eux, la Révolution Haïtienne a été de loin le plus grand mouvement, et le seul qui a triomphé. Dans une des colonies les plus productives du monde, une énorme masse d'esclaves s’est soulevée et a obtenu sa liberté. Les révolutionnaires de Saint-Domingue ont forgé leurs instruments et leurs objectifs, ils ont vaincu leurs maîtres, l'invasion britannique et une grande armée de Napoléon, et ils ont déclaré l'indépendance nationale. Le nouvel état haïtien a étrenné l'internationalisme en Amérique, il a influencé les idées sociales révolutionnaires de Bolivar et il lui a donné tout l'appui matériel qu’il a pu, ce fut un exemple pratique et une lueur d'espérance pour les esclaves d’Amérique.

 

Dans le processus révolutionnaire de 15 ans, allant du « Grito de Murillo » jusqu'à la bataille d'Ayacucho, les protestations, les rébellions et les mutineries des humbles ont conflué avec les mouvements dirigés par des personnes et des groupes de notables qui ont proposé l'indépendance dès le début, ou qui ont terminé par la proposée. Les gens d'en bas ont du mettre de côté les stratégies de survie qui priment généralement quand on vit dans des situations de misère et d’abandon ; la fragmentation et la distance extraordinaire dans laquelle se trouvaient ses secteurs, souvent concurrençant entre eux ; la violence contre eux-mêmes, qui est une réaction si étendue dans ces ordres sociaux ; la rancœur et le rejet profond de ceux d’en haut qui était naturel dans ces sociétés de castes et d'oppressions impitoyables ; les conceptions différentes du monde et de la vie qu’un grand nombre conservaient encore, même partiellement, et la possibilité qu'ils avaient de passer dans les zones éloignées des conflits sur un continent qui était loin d’être occupé complètement par les structures de la colonisation. Des dizaines de milliers de personnes humbles ont fait les pas nécessaires et ont milité dans les files des révolutions, ils leur ont apporté leur sang et leurs efforts, ils ont donné la priorité à la nouvelle identité et aux nouvelles valeurs qu'ils ont assumées, et ils ont avancé l'intégration des nations et d'un idéal américain à tel degré qu’il aurait été impensable quelques années avant.

 

À leur tour, les caudillos et les apôtres révolutionnaires les ont conduits et ont ouvert des horizons supérieurs à leurs activités et à leurs rêves, l’opportunité d'augmenter leurs capacités, leur auto estime et leurs places sociales, ainsi que de prétendre aux libertés personnelles et politiques, assurées et permanentes. Les décrets et les initiatives de ces leaders, qui abolissaient l'esclavage, les prestations serviles et les impôts, qui mettaient en échec et punissaient les tyrans et les sbires coloniaux, faisaient place au mérite militaire, fomentaient l'égalité dans le traitement et ouvraient des opportunités pratiques pour avoir des revenus et de l'instruction, ont constitué les gages concrets des révolutions et ont aidé à instituer des individus et des sociétés avec des expectatives très supérieurs au monde préalable. Le résultat d'ensemble a été une formidable avance culturelle à l'échelle continentale.

 

La liberté, les nations et la justice sociale ont vécu des processus très développés et complexes dans notre Amérique depuis 1824 jusqu'à nos jours. Nous devons souligner que personne ne croie que tout est arrivé comme la lumière du jour qui succède à la nuit pour que l'histoire puisse accomplir ses fonctions pour les peuples. La forme républicaine de gouvernement a toujours été invoquée et a terminé par prédominer, mais les libertés ont été découpées, enfreintes ou inaccomplies dans la pratique en d’innombrables occasions et lieux, la justice sociale a continué à être niée aux majorités et les nations se sont forgées progressivement – tant que certaines ne le sont pas encore complètement –. Toutefois, au nom de celles-ci et du nationalisme, des régimes de domination se sont implantés, les luttes sociales ont été réprimées et des groupes ethniques opprimés, et de nombreuses guerres et conflits ont eu lieu entre des pays du continent.

 

Le but de ces brèves communications ne peut pas tout englober, c’est pour cette raison que je renonce à me référer au contenu du laps historique allant de 1824 à l'actualité. Mais je voudrais au moins mentionner trois questions, parmi d’autres très importantes :

 

Une, ceux qui ont exercé la domination ont nié l'égalité réelle et beaucoup de droits dans « leurs » républiques à de vastes secteurs de la population, dans tout ce que l'ont considéré nécessaire et tout le temps qu'ils ont pu le faire, pour défendre et étendre leurs profits, maintenir leur pouvoir politique et social, leur propriété privée ainsi que la forme étatique nationale et son ordre légal et politique. Ils ont préféré ne pas être une classe nationale et, quand cela a été nécessaire, ils ont été anti-nationaux.

 

Deux, dans son développement mondial, le capitalisme a continué à d’imposer dans la région en accord avec les caractéristiques de ses phases successives, écrasant les résistances et les rébellions, cooptant et subordonnant, jusqu'à ce qu’actuellement sa propre nature ait fermé la possibilité que, sous son système, l'Amérique Latine puisse satisfaire les nécessités de base de ses populations, développer ses économies et ses sociétés, profiter de ses ressources et organiser sa vie en accord avec le milieu naturel et maintenir leurs souverainetés nationales.

 

Trois, il existe une grande accumulation culturelle dans le continent, des capacités économiques, une culture politique et sociale, des identités, des expériences et des idées. Une grande accumulation qui est potentiellement capable de faire face, dans de meilleures conditions que d'autres régions du monde, aux maux auxquels il a été soumis lors des dernières décennies par la rapacité et l'agressivité de l'impérialisme, et d'entreprendre de profondes transformations qui lui permettent de rendre possibles et de transformer en réalité ce que le système capitaliste empêche.

 

Je termine ces paroles avec un commentaire sur des aspects du sujet que j'ai abordé, quant à la situation actuelle.

 

En Amérique Latine, le rejet massif aux politiques néo-libérales et la capacité de comprendre qu'elles sont aussi un instrument idéologique de la domination a crû ; le comportement civique de millions de personnes, dans les mobilisations et les protestations, et au moment de voter, démontre cette avance. Certains états de la région se sont éloignés du FMI et très peu se permettent de l'invoquer, bien qu’il soit vrai que beaucoup poursuivent dans le camp des politiques que cette institution et la Banque Mondiale préconisent et imposent. La conscience qui identifie le caractère international du système capitaliste de domination gagne à nouveau terrain, maintenant avec l'avantage d'un niveau massif de culture politique qui n'existait pas il y a quatre décennies. La conviction augmente aussi que, contre la catastrophe permanente qu’implique le système pour les majorités, la résistance et la viabilité des changements indispensables nécessitent à faire appel aux concertations internationales.

 

De nombreux états prennent part aux coordinations latino-américaines cherchant des liens qui leur sont bénéfiques et une certaine autonomie en ce qui concerne les centres du capitalisme mondial. En même temps, de nombreux gouvernements prennent plus en compte que les peuples tolèrent chaque fois moins les démocraties pusillanimes, les négoces troubles et la misère généralisée. Apparaissent aussi des situations où certains intérêts de secteurs se renforcent et trouvent des véhicules politiques et des vastes consensus, utilisent les mécanismes gouvernementaux et affrontent les urgences d'une partie des secteurs les plus dépossédés. Comme cela arrive dans les événements qui seront ensuite historiques, dans l'époque qui commence se lève un accord de forces très différentes, et y compris divergentes, qui unissent des nécessités, des ennemis communs et des facteurs stratégiques allant au-delà de leurs identités, de leurs demandes et de leurs projets.

 

Aujourd’hui il y a peut-être encore plus d'optimisme que des réalisations, mais cela n'est pas préjudiciable. Après des décennies de massacres, de répressions, de défaites, de tromperies, de manque de défense et de pessimisme, durant lesquelles on a tenté de rendre permanente la sujétion des esprits et des sentiments à la domination du capitalisme dans la vie quotidienne et la vie des citoyens, alors que l’on souffrait des faits du plus brutal et mesquin capitalisme, aujourd'hui des millions de personnes sentent qu'il est possible de lutter une nouvelle fois pour la vie et le futur en Amérique, et elles se mettent en marche. Une internationale de volontés convoque le passé, le présent et le futur. À mon avis, la portée, les victoires et la permanence des processus de changement dépendront en dernier ressort de la qualité et du poids des luttes des mouvements populaires organisés, combatifs et conscients.

 

Le moment est incertain, et je préfère m’en référer au moyen de quelques questions. Est-ce que se lèveront les nationalismes, en Amérique Latine et dans les Caraïbes, qui affrontent l'impérialisme, capables de former des gouvernements et de forts blocs sociaux, de gagner une légitimité par leurs actes, de trouver une force dans la mémoire et la culture de rébellion et de s'exprimer à travers des politiques, des actions et des idéologies dans lesquelles prennent part les collectivités ? Ces nationalismes seront capables de comprendre la nécessité d'établir des coordinations internationales anti-impérialistes comme conditions pour être possibles, pour pouvoir combattre, triompher, se maintenir et avancer ? Si cela arrive, qu'est-ce que prédominera, les intérêts des secteurs minoritaires mais avec influence décisive dans l'économie et les institutions, et hégémoniques dans la société, ou les intérêts de la société, à travers les mobilisations, la conscientisation et les organisations populaires qui luttent pour leurs objectifs et qui s'opposent à l'impérialisme et aux systèmes de domination ? Ou, dans la situation actuelle, ce sera l’une ou l'autre option qui pourra seulement sortir en avant en se coordonnant ou, inclusivement, en s’unissant ? Mais, est-ce possible qu’ils soutiennent ce type de relations ou une option devra régir l'autre ?

 

Plus que la question nationale, la principale cause actuelle des résistances et des mobilisations populaires est l'injustice sociale. Peut-être, la première nécessité qui doit être résolue pour avancer vers une intégration, est d'unir les cultures de rébellion, la nationale et la sociale, dans des causes qui se mettent au service des nécessités et des aspirations des peuples. Cette tâche est extrêmement difficile, et elle exigera aux diverses tendances – parmi d'autres choses – de surpasser les histoires et les préjugés qui les séparent et de faire des analyses très critiques des projets, des organisations, des méthodes, de la portée qui est donnée aux objectifs, des langages. Il faudra bien apprendre en quoi consiste le « sauvetage » du national, et quelles demandes et créations s'avèrent indispensables en matière de justice sociale. Mais les pratiques seront décisives, et comme cela arrive à tous ceux qui entrent dans la politique lors des temps cruciaux, les questions transcendantales du pouvoir et de l'organisation apparaîtront dans toutes leurs ampleurs. Et, rapidement, une exigence du processus s’ouvrira un chemin : il s'agit de faire réellement une nouvelle politique – non pas de la dire – devant être non seulement opposée, mais très différent à la politique de ceux qui dominent.

 

Sur un plan plus général, je pense qu'une politique efficace devra bien prendre en compte : a) l'élaboration de pratiques étrangères au capitalisme ; b) des stratégies politiques d'articulation entre les mouvements, la formation de blocs révolutionnaires avec les pouvoirs populaires et les activités conscientes des réalités, en accord avec ce qu’exige chaque conjoncture ; c) l'analyse des propres expériences, et des activités et des objectifs des adversaires ; d) le débat et la formulation de propositions de nouvelles relations sociales, politique, économie, gouvernementale et les relations avec la nature.