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Marina Abramovic à Cuba
Par Carina Pino Santos Traduit par Alain de Cullant
La célèbre artiste de l'art de la performance, créatrice d'objets et de vidéo installations, la Serbe Marina Abramovic se trouve parmi les participants de la XIe Biennal de La Havane.

 « L'art doit donner de l'oxygène à la société et élever l'esprit de l’homme. »

La célèbre artiste de l'art de la performance, créatrice d'objets et de vidéo installations, la Serbe Marina Abramovic se trouve parmi les participants de la XIe Biennal de La Havane. Sa première visite de l’île caribéenne a été extrêmement fructueuse. En moins d’une semaine, Marina Abramovic a dialogué avec le public, a réalisé un atelier avec des étudiants de l'Institut Supérieur d'Art, a reçu le titre de Docteur Honoris Causa qu'accorde l'important centre d'étude et elle a présenté le film Marina, très récent et que nous avons eu la possibilité de voir pour la première fois dans le pays. Ce film aborde tout le processus qui a conduit à la magistrale performance The Artist is Present, réalisée durant les mois de mars à mai 2010 dans le Musée d'Art Moderne de New York (MoMA), considérée comme la plus grande exposition de l'art de la performance dans l'histoire du célèbre musée, ainsi qu’une rétrospective et des récréations d'œuvres de Marina Abramovic par des jeunes artistes.

Pour ceux qui connaissent déjà son œuvre imposante ce fut une découverte de connaître une personne comme Marina, qui a conquis rapidement le public avec sa personnalité charismatique et sa chaleur durant son intervention dans le Cinéma Théâtre Miramar. Lors de sa proche et chaude discussion, l'artiste a fait connaître certains de ses œuvres et celles d'autres artistes qui travaillent cet art et faisant partie de la Fondation Marina Abramovic pour la Préservation de l'Art de la Performance.

La spécialiste de cette forme artistique contemporaine, célèbre pour porter la résistance de son corps à l'extrême et même de mettre en danger sa vie dans les actions, a montré la rigoureuse autodiscipline à laquelle elle se soumet pour réaliser son art, sa coexistence avec des aborigènes d’Australie Centrale, sa longue expérience avec le bouddhisme tibétain et elle a précisé qu’après sa visite à Cuba, elle partira voir des chamanes au Brésil.

La performance boit aux sources primitives du théâtre, des cérémonies tribales, des « mystères » du Moyen-Âge et des spectacles de la renaissance, elle a aussi des antécédents dans les avant-gardes du XXe siècle et apparaît comme variante conceptuelle, à la fin des années soixante, comme une réponse rebelle des artistes devant la réalité que l'art était une marchandise cotée sur le marché et légitimée dans les institutions de cette sphère.

Selon une explication de Marina Abramovic lors de sa présentation à La Havane : « Je crois que la performance est la structure mentale et physique présentée dans un lieu et un temps spécifique. Le public complète l'œuvre. Pour moi, la musique est une des formes les plus élevées de l'art, car elle est immatérielle, et la performance l'est aussi. Ce qui reste après sa réalisation, est le souvenir, et si la performance est bonne, il restera dans la mémoire du spectateur. »

L'artiste, pendant son exposition orale, s'est référée aux différentes phases de sa création jusqu'à arriver à l'œuvre dans le MoMA de New York, documentée dans le film, dans lequel nous avons vu comment elle est restée assise dans une quiétude et un silence absolus de l’ouverture à la fermeture du Musée. Marina Abramovic est restée 736 heures et 30 minutes en total, jusqu'à la fermeture de son exposition, dans cette position immobile, concentrant son regard sur la personne qui occupe la chaise en face d’elle.

Marina a réalisé un implacable exercice d’autodiscipline physiologique, alimentaire et mental pendant un an pour pouvoir montrer cette œuvre dans le MoMA. « Pour moi, la préparation avant une telle performance est semblable à celle d'une cosmonaute avant de voyager dans l'espace».

Dans le Musée d'Art Moderne, si les visiteurs regardaient Marina avec curiosité, au fur et à mesure que se déroulait son exposition, il y avait de plus en plus de personnes qui faisaient de longues heures de queue et qui dormaient la nuit précédente à côtés du musée pour s’asseoir et regarder les yeux de l’artiste le jour suivant.

« J’ai apporté la performance The Artist is Present au public d’ici et de maintenant. À New York, où personne n'a le temps, les gens venaient cinq minutes au musée et ils revenaient pour s’asseoir des heures devant moi. Pourquoi ? Parce qu'ils découvraient leur propre centre qu'ils avaient perdu il y a longtemps ».

En ce sens sa visite à Cuba lui a rappelé de nombreux souvenirs. « Ici, l'interaction avec les personnes qui te regardent dans les yeux est très différente à celle des pays ayant une haute technologie. »

Le film Marina, en plus d’offrir les détails de sa grande rétrospective et de son œuvre de la performance dans le prestigieux musée new-yorkais, reflète des passages de la vie de Marina Abramovic avec celui qui a été son compagnon dans la vie et dans son art difficile et risqué, Ulay.

Dans le documentaire on peut apprécier des scènes exceptionnelles dans lesquelles l’art et la vie sont en interrelation. Nous y voyons des moments de l'œuvre The Lovers (1988), dans laquelle en moins de trois mois Ulay et Marina ont parcouru, depuis des directions opposées, deux mille kilomètres de la Grande Muraille de Chine pour se rencontrer à nouveau au centre, un moment où ils ont terminé une relation qui les avait unies indissolublement durant plus d’une décennie. 

Un des moments les plus généreux de Marina Abramovic est sans aucun doute quant elle a terminé de parler de sa vie et de son œuvre, nous offrant sa doctrine : « Aujourd'hui, je crois que l’artiste a une fonction très importante, plus que jamais. Les artistes doivent servir la société, donner de l'oxygène à la société. L'art doit déranger et questionner, cela ne veut pas dire qu'il ait toutes les réponses. L'art doit prédire l’avenir et offrir des niveaux de significations de sorte que chaque culture y prenne ce dont elle a besoin quand elle le veut. L'art, en fin, doit élever l'esprit de l’homme ».