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Les Indiens de Baracoa
Par Alejandro Hartmann Traduit par Alain de Cullant
La première description faite de nos habitants primitifs est due à l'Amiral Christophe Colomb qui, le 27 novembre 1492...
Illustration par : Antonio Vidal

La première description faite de nos habitants primitifs est due à l'Amiral Christophe Colomb qui, le 27 novembre 1492, est entré à Cuba par le Port de Baracoa. En parcourant notre commune il trouve « Une grande population, la plus grande qu’il a vu jusqu'à aujourd'hui » (1).

 

Comment étaient nos Indiens ? Ces aborigènes cubains étaient des agriculteurs, des céramistes et les plus avancés de ceux qui habitaient l’Île, ils appartenaient aux « Aruacos » (Arawaks)… qui venaient de groupes d’Amérique du Sud, qui parlaient la langue aruaca et, quand ils sont entrés dans les Antilles, ils  pratiquaient déjà l'ensemencement du yucca, faisaient le casabe, fumaient le tabac, dormaient dans des hamacs, possédaient des petites embarcations, fabriquaient des haches de pierres, faisaient leurs logements avec du bois et des feuilles de palmier et créaient une céramique intéressante… » (2).

 

Ces Indiens étaient venus d'Amérique du Sud traversant des fleuves, comme l'Amazone, le Rio Négro, l'Orénoque, le Napo, le Caciquiare, les îles des Petites Antilles : Trinité, Grenade, Martinique, Guadalupe, les Iles Vierges. Ils ont continué d'île en île jusqu'à Porto Rico, Haïti et Cuba. Leur premier contact avec notre pays a été par la région de Baracoa. Dans le domaine de l'agriculture ils récoltaient le boniato (patate douce), le maïs, la yucca et le tabac ; ils le faisaient avec un instrument de bois appelé « Coa », une sorte de bâton finissant en pointe avec lequel ils ouvraient des trous dans la terre. Ils élaboraient le « casabe » avec le yucca, aliment qui est arrivé jusqu'à nos jours ; avec le maïs, le boniato, le yucca, la jutía et l’almiquí, ils cuisinaient un savoureux « ajiaco ». À ces produits mentionnés s’unissaient « … certains types de fève et de haricots qui faisaient partie de la récolte de ces groupes. L'ají (piment rouge), utilisé comme condiment, était apparemment présent » (3).

 

Ils profitaient de plusieurs fruits qu'ils cultivaient probablement ou, simplement, qui attiraient leur attention dans les zones où ils poussaient : L'anone, le mamey, la goyave, l’hicaco, l'ananas, le caimito et le marañón, parmi d’autres.

 

De la faune terrestre, ils ont consommé et chassé plusieurs espèces : les jutías, les iguanes, les majáes et le « perro mudo », mentionné par Colomb lors de son premier voyage (4).

 

Ils pêchaient dans les rivières et sur les plages au moyen de filets et ils utilisaient le « guaicán », rémora ou poisson colle, attaché à un fil mince, dont la ventouse adhérait aux poissons. Parmi d'autres système qu'ils utilisaient se trouvait la pêche avec des hameçons qu’ils confectionnaient avec des arêtes de poisson et des os, attachés à un fort fil de coton fort, appelé « cabuya » et auquel ils amarraient un lest de filet. Ils pêchaient le requin, l’espadon et d’autres espèces.

 

Par rapport aux oiseaux, ils chassaient le pélican, le flamand, le héron, plusieurs espèces de pigeons cubains et d’autres migrateurs, l'yaguasa, le huyuyo et les canards qui venaient de Floride.

 

Comme une partie de leur nourriture se trouvaient les tortues, les carets, les jicoteas (reptiles chéloniens) d'eau douce, différents types de crabes et de mollusques marins et terrestres comme les cobos, le triton, le quinconte, la sigua et le « Polidonte imperatore » en voie d'extinction.

 

Lors des recherches archéologiques réalisées par l'Académie des Sciences de Cuba, le Musée Montané de l'Université de La Havane, le nord-américain Mark Harrington, le groupe d'archéologie « Cacique Hatuey » de Baracoa et le Musée Matachín de cette même ville, des restes de toutes ces espèces énumérées ont été localisés.

 

Le moyen de transport le plus connu de ces Indiens était le canot propulsé à la rame ; celui-ci était construit dans une seule pièce de bois qui pouvait être le cèdre ou la Ceiba ; ils le brûlaient et ils le creusaient avec des haches, ensuite ils l’imperméabilisaient avec des escargots triturés qu’ils mélangeaient à la cire ; certaines de ces embarcations pouvaient transporter jusqu'à 80 personnes. Ils les utilisaient non seulement dans les rivières, mais aussi pour voyager d'île en île. Entre les années 1987 et 1988, l'expédition internationale « En canoë de l’Amazone aux Caraïbes » a démontré, par l'utilisation du même type d’embarcation, leur habileté et la facilité de voyager de leurs lieux d'origine jusqu'aux Caraïbes.

 

Les logements de ce groupe d’agriculteurs et céramistes se caractérisaient par une aire de base circulaire et une toiture conique, ils les dominaient « Caney ». Un autre type avait une toiture à deux pans et une base rectangulaire ou carrée, ils les appelaient « Bohío ». Ces deux constructions étaient en bois, torchis et feuilles de palmiers. Selon l'historien Ramiro Guerra y Sánchez « elles étaient regroupées autour d'un espace ouvert appelé Batey, où avaient lieu les festivités, les danses religieuses et d’autres cérémonies de caractère public ». En se référant aux logements de nos aborigènes il a dit : « Dans le secteur de Baracoa, où ils ont été étudiés plus attentivement et en de meilleures conditions, les villages taïnos étaient situés invariablement sur des hauteurs, éloignés de la côte, où les habitants comptaient de la sécurité des abondantes pluies pour leurs récoltes et près d’une source ou d’une rivière d'eau potable » (5).

 

Ces constructions sont passées de génération en génération et elles sont arrivées jusqu'à nos jours.

 

En nous référant à la céramique, nous pouvons affirmer que cette dernière a eu un développement considérable. Dans les recherches archéologiques réalisées dans la région de Baracoa au 19ème siècle par l'Espagnol Miguel Rodriguez Ferrer, en 1847 il a localisé l'importante hache de la Grotte Ponce, représentant une figure anthropomorphe, et des centaines de pièces trouvées par Fermín Valdéz Domínguez, Don Carlos de la Torre y Huertas, Luis Montané, Mark Harrington, Irvin Rouse, le Dr. Juan Cross Capote, Constantino Noa, le Dr. Antonio Núñez Jiménez, le Dr. José Guarch del Monte, le Dr. Felipe Martínez Arango, les archéologues Milton Pino et Nilecta Castellanos, le Dr. Manuel Rivero de la Calle, l'archéologue Ramón Dacal, le Groupe d'Archéologie « Cacique Hatuey » et l'auteur de ce travail, ont permis « aux archéologues d’identifier différents moments du développement de la céramique, aussi bien pour les particularités qui peuvent se présenter dans les aspects techniques que pour les manifestations artistiques qui ont été concrétisées dans les pièces d’argile » (6).

 

Les Indiens ont utilisé différents types d’argiles, en accord avec les caractéristiques de chaque zone de Baracoa, ils leur ajoutaient des pigments de couleur et ils les cuisaient dans des fours à différentes températures. Leurs « cazuelas » ou récipients sont de différentes tailles et généralement de couleurs rougeâtres et brunes. Comme technique, ils réalisaient l'incision, la fixation d'éléments préalablement modelés et le modelage direct. Ils concevaient plusieurs types de poignées, entre lesquelles les plus connues sont la somorfa et l’anthropomorphe. Pour la décoration, il était commun de rencontrer des lignes parallèles, obliques et une variété de dessins géométriques. Dans la Salle d'Archéologie et dans l’entrepôt du Musée Matachín on trouve une précieuse collection de céramique appartenant à cette culture.

 

Comment étaient les Indiens qui habitaient en Baracoa ? Quelle stature avaient-ils ? Quelle couleur de peau ? Comment étaient leurs cheveux ? Comme antécédent historique de l'étude des caractéristiques physiques des aborigènes de Baracoa, nous avons la collecte des premiers crânes faite par le géographe espagnol Miguel Rodriguez Ferrer en 1847, dans la Grotte de l'Indien, à Maisí. Ces derniers ont été postérieurement étudiés par l’érudit cubain Felipe Poey, qui a conclu que leur déformation crânienne était artificielle et non naturelle, comme le jugeaient certains chercheurs européens de l'époque. Par rapport à cet aspect, deux importants spécialistes de l'anthropologie et de l'archéologie cubaine, Ramón Dacal Moure et Manuel Rivero de la Calle, ont affirmé que la déformation crânienne était une des coutumes qui a le plus attiré l'attention des Espagnols, et nous avons des descriptions de cette dernière que nous ont laissées les chroniqueurs, spécialement celles de Las Casas et de Fernando Oviedo. Elles étaient pratiquées sur les Indiens nouveaux nés, sur lesquels on appliquait une planchette attachée sur l'occipital. Cette planchette produisait un déplacement de la zone du front en arrière, dû à la plasticité du crâne de l’enfant, celui-ci s'élargissait extraordinairement en sens transversal, c’est pour cette raison que les crânes paraissaient très courts et larges (7).

 

Nos Indiens se caractérisaient pour être de petite stature, ayant des membres courts, des pommettes saillantes et des arcs superciliares proéminents. Leur peau était couleur olivâtre, leurs cheveux raides et forts et ils avaient de beaux yeux. Nous trouvons encore ces caractéristiques chez de nombreux descendants vivant dans certaines régions des provinces orientales de notre pays, spécialement dans la zone de Yateras et dans quelques secteurs de Maisí, de Baracoa et de la Sierra Maestra (8).

 

Aujourd'hui, chez les habitants de Baracoa, il est commun de trouver des noms de familles tels que « Ramírez » « Romero », « Rodríguez », « Rojas », « Cobas » ou « Acosta », etc.

 

Notes :

 

1– Diario de Colón, Édition Fac-similé publiée par Carlos Sanz. Graphiques Yaguas, Madrid. Folio 28.

 

2 – Dacal Moure, Ramón et Manuel Rivero de la Calle, Rue, Arqueología aborigen de Cuba, maison d’édition Gente Nueva, La Havane, 1986, page 123.

 

3 – Ibidem, pages 128-129.

4 – Diario de Colón, œuvre citée, Folio 18.

 

5 – Guerra Ramiro, Manual de Historia, maison d’édition Ciencias Sociales, La Havane, 1973, page 8.

 

6 – Dacal Moure, Ramón et Manuel Rivero de la Calle, œuvre citée, page 131.

 

7 – Ibidem, page 124.

 

8 – Ibidem, page 126.