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Vers libres
Par José Martí Traduit par Jean Lamore
Vers libres de José Martí. On raconte que jadis…

 On raconte que jadis…

 

On raconte que jadis,—et sinon

Je l′invente,—un laboureur qui aimait

Beaucoup une grive, qu′il laissait librement

Fendre les airs et défier le vent—

Voulut le protéger d′un faucon sauvage

Qu′avait perfidement dressé pour la chasse à l′aile

Un jeune seigneur de ces alentours,—

Et le bon laboureur disposa sur les ailes

De sa grive, deux autres ailes, de telle sorte

Qu′elles n′entravent pas l′heureux vol de l′oiseau.

 

Puis l′aube vint, et le faucon fendant les nues,

Fondant sur la grive qui volair vers le lieu

Où se tenait le labaoureur inquiet:

Il la rattrape : il l′attaque : la rude corde

Se met à trembler dans la main du jeune homme :

Mais, hélas pour le jeune seigneur! : car le faucon

N′a pu saisir la grive, habilement enfuie,

Que par les ailes postiches du laboreur.

Qui chasse ainsi la rime, apprend à ses dépens

Qu′entre ses serres, s′enfuit la poésie!

 

Tirée  de: José Martí. Vers libres. Édition bilingüe établie par Jean Lamore, Prologue de Cintio Vitier. Paris, Harmattan/Éditions UNESCO, 1997. p. 197