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La fête de la guitare dans le Cubadisco 2012
Par Rafael Lam Traduit par Alain de Cullant
La guitare anime la vie des improvisations, des sérénades, des fêtes et des soirées musicales...

Le Cubadisco 2012, du 19 au 27 mai, se déroulera sous la devise « Le Cubadisco dans l'île aux mille cordes », il chantera la guitare, étant dédié à Compay Segundo, Ñico Rojas et Vicente González-Rubiera « Guyún », et l’Invité d'Honneur sera Veracruz.

On considère que la guitare vient d'Asie, elle est passée en Perse, elle a traversé le Golfe et elle est entrée en Europe avec l'invasion arabe. Aussi bien en Espagne qu’à Cuba – après la colonisation – ces pays ont fait de la guitare leur instrument favori.

Ne nous étonnons pas, aucun instrument n'a son origine sur le sol hellénique. La lyre vient du Nord barbare ; la cithare, de l'Asie Mineur. Les anciennes modes phrygien et ludique ont leur origine en Asie Mineur. Orphée, le fabuleux musicien, est Thrace. Par contre ce que les Grecs ont fait avec la musique orientale n’a pas de semblable.

Les hommes qui ont commencé la conquête de l'Amérique dés la fin du XVe siècle étaient dans leur majorité d'Estrémadure et d’Andalousie, des gens heureux et amateur de la musique. Ils emportaient très probablement leur fidèle guitare afin de les animer durant les longues et tortueuses traversées de l'Europe vers le Nouveau Monde. La musicologue Clara Díaz nous explique qu’avec le passage du temps, pour son acclimatation et son enracinement si profond dans la majorité de ces pays, elle s'est convertie durant longtemps en instrument national. Compagne inséparable des errants, des troubadours.

La viole, la mandore, le luth, la harpe et la guitare sont arrivés à Cuba apportés par des soldats qui accompagnaient les troupes du conquérant Diego Velázquez dans sa mission d'occuper l'île. Une culture musicale est arrivée dans notre pays, contribuant à la conformation de notre musique. Des méthodes de guitare Principios de tocar la guitarra por música ont commencé à être vendues à Cuba. Au XIXe siècle, le mouvement de la guitare s’est amplifié à Cuba et des artistes nationaux et étrangers se profilent. La presse de cette époque parle de bons maîtres et de bons interprètes de la guitare.

Au XXe siècle, l'école du maestro espagnol Francisco Tárrega est introduite, avec ses études didactiques et critiques, donnant de nouvelles ailes et ouvrant de vastes horizons à l'instrument ; elle a inspiré un esprit de surpassement aux maîtres de la guitare.

L'école de Tárrega, avec ses géniales transcriptions, est arrivée à Cuba par l'intermédiaire du maestro Emilio Pujol et à travers le Cubain Isaac Nicola qui lui a imprimé l'idiosyncrasie cubaine. Ainsi, chacun a incorporé et apporté sa créativité, jusqu'à l’arrivée de Leo Brouwer l'homme de la Espiral eterna.

L'école cubaine de guitare a été créative dans ce sens, très rénovatrice et expérimentale, elle a découvert des problèmes résolus de manière satisfaisante. L'école cubaine de guitare remonte à des noms très significatifs, mais elle est officialisée avec Clara Romero de Nicola (La Havane, 1888-1951), présidente de la Société « Guitarrística de Cuba » ; directrice de la revue Guitarra ; fondatrice de la chaire de guitare dans le Conservatoire Municipal de La Havane, et créatrice d'une méthode de guitare basée sur l'école de Tárrega. Ces cours ont été appliqués dans la Société « Pro-Arte Musical » et des représentations publiques ont été organisées, où a débuté Leo Brouwer en 1955.

Le 6 mars 1940 Clara Romero de Nicola a fondé la Société « Guitarrística de Cuba », promotrice de l'étude de la guitare à Cuba. Son fils Isaac Nicola a été l’héritier du legs de Clara Romero, il apporte des plans supérieurs à cet enseignement en appliquant des méthodes plus modernes. Nicola avait appris de l'école d'Emilio Pujol, le disciple de Francisco Tárrega.

La Révolution a assumé toutes les écoles de musique du pays et, en 1962, l'École Nationale d'Art (ENA) est fondée d'où sont sortis des talents comme Carlos et Luis Manuel Molina, Flores Chaviano, Jorge Luis Zamora, Rey Guerra, Efraín Amador, Martín Pedreira, Rosa Matos, Leyda Lombard, Teresa Madiedo, Miguel Bonachea ou Roberto Kessel. Beaucoup d'eux ont offert des classes, à côté d'autres déjà existants : Clara Nicola « Cuqui », Rey de la Torre (élève de Miguel Llobet), Leopoldina Núñez, Marta Cuervo, Jesús Ortega, Víctor Pellegrini, Aldo Rodriguez.

En 1978, en accord avec les possibilités de la guitare à Cuba, la Casa de las Américas organise la Rencontre des Guitaristes d'Amérique Latine et des Caraïbes, un événement de grande répercussion avec la présence d’illustres artistes tels qu'Alirio Díaz, Atahualpa Yupanqui, Juan Helguera, Selvio Carrioza, Antonio Lauro et les Cubains Leo Brouwer, Jesús Ortega et Aldo Rodriguez.

Le mois d’avril 1982 marque un point de repère dans l'histoire de la guitare en Amérique Latine, Cuba organise avec le capo scuola Leo Brouwer comme président, le 1er Festival et Concours International de Guitare de La Havane, avec des participants des quatre continents et un vaste programme d’activités, de récitals et de classes magistrales. Le jury était composé de María Luisa Anido, « la dame de la guitare » ; Ichiro Siusuki, Monica Rost, Zsendrei Karper, Juan Huelguera, Isaac Nicola, Jesús Ortega, Eli Kassner, Milan Zelenka et Robert Vidal. La mode de la guitare électrique dans le rock a été un grand moment de cet instrument à Cuba et dans le monde. Des étoiles de la guitare mondiale se sont données rendez-vous à Cuba, animées par la présence de l’un des plus grands compositeurs du XXe siècle : Leo Brouwer.

Des guitaristes comme Víctor Pellegrini, Joaquín Clerch, Rey Guerra, Aldo Rodríguez, Iván Rijos, Gerardo Arriaga, etc. sont reconnus grâce aux Concours de Guitare de La Havane.

Actuellement, l'école de guitare ne passe pas par son meilleur moment, mais il y a des maestros qui persistent à maintenir le prestige de la guitare à Cuba : Jesús Ortega avec ses enseignements et son ensemble de guitares ; Leo Brouwer avec l'animation de divers événements musicaux, ils maintiennent vivant l'enthousiasme pour la guitare dans notre pays.

Il y a plusieurs années, Jesús Ortega a créé son orchestre de guitare « Sonatas de La Habana », un véritable joyau musical de notre temps. La guitare est toujours présente à Cuba, chez des troubadours noctambules comme Sindo Garay, des trios comme celui de Miguel Matamoros, des chanteurs des années 60 : Silvio Rodriguez, Pablo Milanés et d’autres acolytes.

La guitare anime la vie des improvisations, des sérénades, des fêtes et des soirées musicales, elle est l’amie de toutes les couches sociales de notre nationalité.