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Isaac Nicola : le pilier de l'enseignement de la guitare
Par Teresa Valenzuela Traduit par Alain de Cullant
Cet illustre guitariste et pédagogue a dédié plus de cinquante ans de sa vie à l'instruction académique de cet instrument.

Quand on parle de l'enseignement de la guitare à Cuba, le nom d'Isaac Nicola (11 avril 1916 – 14 juillet 1997) vient immédiatement car cet illustre guitariste et pédagogue a dédié plus de cinquante ans de sa vie à l'instruction académique de cet instrument.

Sa mère, Clara Romero, lui a donné ses premiers cours, puis, postérieurement, il a voyagé à l'étranger et il a continué son apprentissage avec le guitariste espagnol Emilio Pujol. Il a fait des études sur la viole et l'ancienne guitare dans plusieurs villes d'Europe et d'Amérique, comme Paris, Madrid, New York, Londres ou Barcelone.

En 1951 il est entré comme professeur au Conservatoire Municipal de La Havane, où il est arrivé à être directeur. Il a été maître de plusieurs guitaristes célèbres, dont le plus connu est le maestro Leo Brouwer.

La méthode d'Isaac Nicola

La nouvelle procédure rassemble toute son expérience pédagogique, développée à partir de l'école de Francisco Tárrega. Sa méthode est en vigueur comme matériel d'étude dans l'enseignement académique de la guitare à Cuba.

Jusqu'aux derniers jours de sa vie et ayant un âge avancé, Isaac Nicola a eu l'honneur d'être membre du comité d’organisation de divers festivals de guitare réalisés à La Havane. Il a été fondateur de l'École Nationale d'Art, de l'École Cubaine de Guitare et de l'Institut Supérieur d'Art.

Les souvenirs de la sœur d'Isaac Nicola

La technique de ma mère, Clara Romero, était de tirer et de jouer avec les ongles, alors que celle d’Emilio Pujol était d’appuyer et de jouer sans les ongles. Quand mon frère Isaac est revenu après avoir étudié avec le maestro espagnol, il avait totalement adopté sa technique. Alors, il a senti que quelque chose n'allait pas, a rappelé une fois la professeur et guitariste Clarita (Cuqui) Nicola, à l’âge de 80 ans.

Selon le souvenir de ce témoin vital sur l'étape constitutive de l'école de guitare cubaine, son frère Isaac s'est rendu compte que sans les ongles l'instrument, pour lequel il ressentait une véritable passion depuis l’enfance, ne sonnait pas pareil, et il a commencé à les employer nouvellement, mais cette fois en appuyant, comme son maître Emilio Pujol. Le résultat, visible et audible encore actuellement, sont des guitaristes ayant une façon très particulière de jouer suite à la position des mains et à l'utilisation de l’appui et du tirage indistinctement, offrant davantage de possibilités expressives à l'instrument et un naturel enviable.

Aux mérites de Romero, se somment l’incorporation  des rythmes cubains afin que ses élèves de guitare classique jouent aussi la musique populaire, ainsi que de la musique latino-américaine et de chambre.

À elle on doit aussi la création de la « Sociedad Guitarrística de Cuba » et de son moyen de diffusion, la Revista Guitarra (1940-1945), destinée à… élever et étendre l'étude et l'exercice de l'art de la guitare et… établir… l'aptitude que la guitare possède pour être un instrument de concert, selon Emilia Lufriú, une des fondatrices et secrétaire de ce groupe.

Prix National de l'Enseignement Artistique en 1996, maître des maestros, Isaac Nicola est considéré comme le père d'une encore discutée École Cubaine de Guitare.

Une première édition de sa Méthode de Guitare a été réalisée en 1977 et, lors des vingt années suivantes, Isaac Nicola a fait de nombreuses modifications, des substitutions de matériels et des apports techniques.

Il travaillait depuis plusieurs années sur la révision du Premier et Second Cours et sur l'aboutissement des Troisième et Quatrième Cours, avec la collaboration assidue de Martín Pedreira, professeur de cet instrument dans l'Institut Supérieur d'Art et dans d'autres centres d’enseignements, quand il est décédé en 1997.

Comment la guitare est arrivée à Cuba ?

La guitare est le symbole musical national de l'Île. Elle est arrivée avec les conquérants espagnols, il y a un peu plus de cinq siècles et, depuis des temps immémoriaux, elle a été accueillie par les troubadours, les interprètes du son, du boléro ou par de raffinés guitaristes classiques qui composent et s’accompagnent de la guitare pour faire honneur à une base culturelle bicéphale, conformée par l’Africain noir et l’Espagnol blanc.

Toutefois, même si les plus réticents spécialistes disent que l'interprétation et la création musicale cubaine au XIXe siècle a été marquée par le piano, il est certain que l’on a commencé à reconnaître l’existence d'une école de guitare dans l'Île, avec des caractéristiques singulières, au XXe siècle.

Dans celle-ci sont synthétisées les techniques de l'Espagnol Emilio Pujol, l’élève de Francisco Tárrega, lui aussi ibérien, et de la précurseur Clara Romero ; innovées par son fils Isaac Nicola et, plus tard, renouvelées par le maestro Leo Brouwer.

De nombreux pédagogues, avec d’inestimables résultats, donnent du prestige à l'école cubaine lors de ses différentes étapes. Parmi eux nous soulignerons les maestros Leopoldina Núñez, Vicente González-Rubiera (Guyún), Marta Cuervo, Jesús Ortega, Martín Pedreira, Rey Guerra, Aldo Rodriguez, Eduardo Martín ou Joaquin Clerch.