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Le Tunnel de La Havane, une merveille de l'ingénierie civile cubaine
Par Mildrey Ponce Traduit par Alain de Cullant
Le Tunnel de La Havane a été construit par la compagnie française Société des Grands Travaux de Marseille, sous la direction technique de l'ingénieur cubain José Menéndez Menéndez

Avec cinquante-trois ans de service, le Tunnel de La Havane est une des plus importantes et impressionnants œuvres de l'ingénierie civile de Cuba et il fait aussi partie de l'identité de cette ville.

La construction d'un tunnel sous la baie a permis que la capitale cubaine s’étende vers la zone Est, où elle a presque doublé son extension territoriale. La position stratégique de La Havane pour le transport maritime a eu un poids fondamental pour son établissement définitif. Lors de l'époque de la colonie, sa situation l'a convertie en un point de rencontre et de départ de la flotte de l'empire espagnol, chargée d’emporter les trésors et les richesses du Nouveau Monde vers la métropole. L'importance de cette ville a été validée encore plus par le transfert de la capitale de l'archipel depuis Santiago de Cuba, situé dans l’orient du pays, à cette ville occidentale.

Cependant, l'accès maritime, bordé avec le passage des siècles par l'avenue du Malecón, limitait l'expansion de la ville vers l'autre extrémité de la baie. Avant la construction du majestueux tunnel, il était nécessaire de parcourir environ 25 kilomètres autour de la côte havanaise pour sortir vers l'Est. Aujourd'hui, grâce à l'œuvre monumentale, cette distance a été raccourcie à 500 mètres. En automobile ou en autobus, pour passer d'un côté à l'autre, il faut seulement quarante-cinq seconds à soixante kilomètres à l’heure.

Le tunnel possède une longueur de 733 mètres et compte quatre voies, deux dans chaque sens, il est submergé sous le canal d'entrée de la baie, où transite une bonne quantité de grands navires, à une profondeur allant de douze à quatorze mètres. Il a été construit en trente mois, entre 1952 et 1953, par la compagnie française Société des Grands Travaux de Marseille, sous la direction technique de l'ingénieur cubain José Menéndez Menéndez qui, avec le groupe de travail qui l'accompagnait, a conçu un système de tubes en béton renforcé capable de supporter la pression et le poids de l’eau.

Sa construction a compté l’application de techniques constructives innovatrices au niveau mondial et elle a eu lieu dans des conditions très difficiles car il a fallu travailler pendant 30 mois sous l'eau, avec des équipements spéciaux et sous la menace d'attaques de dangereux animaux marins comme le requin.  

Ses deux entrées ont d'abord été excavées. Cinq conduits principaux ont été utilisés pour le tronçon sous-marin, mesurant 90 mètres de long, 21,85 mètres de large et 7 de haut. Tous ont été construits dans une digue sèche, une œuvre réalisée en seulement quatre mois, sous la direction des ingénieurs cubains Gerardo et Fernando Pérez Puelles. Ces conduits ont été transportés, en flottant, jusqu'au lieu où ils allaient être placés, et ils ont été submergés jusqu'à leur position définitive sur un lit dragué préalablement dans le fonds marin.

Le tunnel dispose d’un système de ventilation contribuant à assainir l'atmosphère des gaz émanant des moteurs des véhicules. Son intérieur est revêtu de carreaux blancs en faïence non brillante, permettant la réflexion de la lumière et évitant l'éblouissement.

L'œuvre a coûté 35 millions de pesos, y compris l'autoroute jusqu'à la Via Blanca, mais une partie de cette somme a été détournée et est arrivée sur les comptes bancaires de certains fonctionnaires corrompus du gouvernement de Fulgencio Batista.

Le tunnel de la baie est une œuvre qui facilite l'accès à Cojímar et aux multiples plages du littoral nord de la ville, il permet le voyage vers Matanzas et Varadero, une des principales zones touristiques du pays, en seulement deux heures. En outre, il a été à l'origine des potentialités dans l'emploi du terrain de cette zone de la capitale pour créer de nouvelles urbanisations et des centres touristiques. Après le triomphe de la Révolution Cubaine, les terres jusqu'alors aux mains des grands capitaux ont été expropriées et des nouveaux quartiers ont été construits.

Ce symbole havanais n'est pas le seul de son type dans la ville, mais, à mon avis, il est le plus représentatif. Pour ses valeurs constructives, le tunnel de la baie de La Havane occupe une place privilégiée parmi les Sept Merveilles de l'Architecture Civile cubaine. Les autres constructions ayant cette catégorie dans le pays sont l'Aqueduc Albear, le Collecteur des Égouts de La Havane, l’Édifice FOCSA, la Route Centrale, le Pont de Bacunayagua (Matanzas) et le Viaduc de la Farola (Guantánamo).