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Les amis Felix Varela et José María Heredia
Par Ana Cairo Traduit par Alain de Cullant
Felix Varela et José María Heredia sont devenus amis à New York où Ils assistaient aux réunions littéraires, scientifiques et politiques.

L’étudiant José María Heredia y Heredia (1803-1839) vivait dans la ville de Mexico depuis 1819. Son père José Francisco, un des magistrats de l'Audience Royale, est décédé le 31 octobre 1820. Probablement pour se consoler, en plus de lui dédier un poème, il a fait des excursions. En décembre, peut-être pour célébrer son anniversaire en avance, il part à Cholula où il est enthousiasmé par la pyramide. Alors, à l’âge de dix-sept ans, il écrit En el teocalli de Cholula, un poème qui le validerait comme un des premiers créateurs romantiques en langue espagnole du continent américain.

La famille Heredia est revenue à Cuba en février 1821. Sa mère et ses soeurs sont allées dans la ville de Matanzas, sous l'aide économique d'Ignacio, l'oncle maternel. José María s’est installé à La Havane car il devait conclure sa carrière de Droit dans l'Université Royale et Pontificale. Il s’est intégré à la communauté des intellectuels havanais et, en particulier, il s’est lié d’amitié avec les poètes. Domingo del Monte (1803 - 1853) s'est converti en son conseiller poétique et promoteur éditorial.

El Revisor Político y Literario a commencé à circuler le 3 mars 1823. Domingo est un des rédacteurs. Dans le numéro 13, il a annoncé la prochaine parution du premier recueil de poèmes d’Heredia. Il a inclus un texte d’amour comme avance. Alors la première polémique est déclenchée, s’étendant jusqu'au numéro du 28 mai. Il utilisait une stratégie très nouvelle et bénéfique pour stimuler la curiosité publique autour d'un jeune créateur (1).

Domingo, José Antonio Saco (1797-1879) et José de la Luz (1800-1862), ont été des élèves du prêtre Félix Varela (1788-1853) dans le Séminaire de San Carlos. Ils ont assisté à l'expérience audacieuse de la chaire de Constitution, un espace pour débattre sur l'actualité politique depuis la pensée libérale, lors du dernier trimestre 1821.

L'évêque Juan José Díaz de Espada (1756-1832) parrainait les réformes modernisatrices illustrées et il était le protecteur de Varela. Il avait autorisé son initiation sacerdotale avant l'âge requis. Il l’avait nommé professeur du Séminaire. Il avait ordonné son entrée dans la politique. Il avait été le stratège de son élection comme député aux Cours.

Varela est parti en Espagne en février 1822. Saco et Luz l'ont remplacé comme professeurs du Séminaire. Comme député aux Cours, il s’est aligné avec « les américanistes », des partisans qui reconnaissaient les droits des nations sœurs qui surgissaient des guerres d'indépendance. Il apportait un projet pour l'abolition de l'esclavage. Il a voté en faveur de l'incapacité de Fernando VII.

Les étudiants de Varela sont très fiers de ses actions comme député. Ils ont décidé de publier Carta a las Cortes de los alumnos de la clase de Constitución (numéro 19 d’El Revisor…, 14 avril 1823), un document essentiel pour comprendre la portée permanente de son empreinte professorale.

L'armée européenne de la Sainte Alliance a restauré le roi Fernando au pouvoir, qui a dissous les Cours et a ordonné l’emprisonnement des députés. Varela est dans la liste des condamnés à mort.  Il a pu s’échapper et il est arrivé à New York, Etats-Unis d'Amérique, le 17 décembre 1823.

À partir du mois de janvier, quand on a confirmé la nouvelle que Varela était en lieu sûr, certains des disciples ont décidé de lui rendre visite, ou de passer de longues périodes pour travailler avec lui. Par exemple, José Antonio Saco, qui était la figure publique rédigeant El Mensajero Semanal (19 août 1828 - 1831) à New York ; mais on savait que le maître dirigeait aussi depuis l'ombre.

Heredia a obtenu son titre d'avocat le 18 juin 1823. Le 6 août il a publié A la insurrección de Grecia en 1820 dans El Revisor… Il s'agissait d'une transparente allusion à son indépendantisme. En octobre, les autorités militaires ont persécuté les conspirateurs de « Soles y Rayos de Bolívar ». Heredia s’est caché dans la propriété de la famille de Pepilla Arango, son amie. Il a écrit La estrella de Cuba, le premier poème révolutionnaire. Il a voyagé clandestinement et il est arrivé à Boston le 4 décembre 1823. Son oncle Ignacio payait les frais. Il a appris rapidement l'anglais. Il a visité Philadelphie. Le 23 avril 1824 il s’est installé à New York.

L'intellectuel catalan Tomás Gener (lui aussi condamné à mort par Fernando VII) et le Cubain Leonardo Santos Suárez vivaient avec Varela quand Heredia est arrivé dans la ville. Gener était un ami de l'oncle Ignacio et la personne chargée d’offrir une aide économique au jeune.

En juin 1824, José María a entrepris une excursion aux chutes du Niagara. Le 15 juin il a écrit la célèbre Oda…, et il l’a transcrite dans le livre des visiteurs. Le 17, il a envoyé une lettre à l'oncle Ignacio avec les détails de l'aventure. Gener s’est enthousiasmé avec le récit et il a décidé de voyager aux chutes en juillet. Là, il a copié le poème du livre de visiteurs et il l’a remis à son épouse à Matanzas. C’est ainsi que la famille et les amis de Heredia ont diffusé le texte.

Varela et Heredia sont devenus amis. Ils assistaient aux réunions littéraires, scientifiques et politiques. Ils s'intéressaient à la traduction de l'anglais. Ils partageaient quelques passions artistiques, car le prêtre était violoniste et il improvisait des dizains. Varela a assisté à tout le processus d'édition de Poesías, de Heredia (le volume qui était annoncé dans El Revisor…, daté du 3 mars 1823).

L'œuvre a été imprimée en juillet 1825. Heredia a reçu une lettre de Guadalupe Victoria, premier Président de la République Mexicaine, il l’invitait à travailler avec lui. Le 28 août il est parti de New York. Gener était chargé de vendre les exemplaires et d’envoyer clandestinement la plus grande quantité vers La Havane et Matanzas.

Varela s'est occupé d'écrire un bon compte-rendu publié dans la presse catholique. Personne ne questionnait cet article car ni Gener ni Santos Suárez avaient des habilités comme critiques.

Heredia écrivait pour le journal El Águila Mexicana. Ceci a facilité qu’on annonce dans ses pages la prochaine sortie de El Iris. Periódico Crítico y Literario, le 13 janvier 1826. Les écrivains italiens Claudio Linati (qui était aussi maître lithographe) et Florencio Galli ont invité Heredia à créer la première publication artistique de l’ère républicaine. Le premier numéro a circulé le 4 février.

Dans le numéro 17 (du 13 mai) est apparu une Annonce Littéraire, signée avec un H pour signaler l’écriture du Cubain. Dans le texte il présentait le penseur et professeur Varela, auteur des trois tomes de Lecciones de filosofía, des livres écrits et publiés à New York pour servir de matériel enseignant à La Havane. Il indiquait où les acheter. De cette manière le poète remerciait la solidarité du philosophe.

Note :

1- On peut lire cette polémique dans Ana Cairo (compiladora): Heredia entre cubanos y españoles, maison d’édition Oriente, Santiago de Cuba, 2003, pages 53-66.