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L’établissement du jury du Prix « Casa 2011 »
Par Roberto Fernández Retamar Traduit par Alain de Cullant
Ayant fêtée plus d’un demi-siècle, la Casa de las Américas n'arrête pas de croître.
Illustration par : Antonio Vidal

Ayant fêtée plus d’un demi-siècle, la Casa de las Américas n'arrête pas de croître. La veille de son décès, notre fondatrice, l’héroïne Haydee Santamaría, pour l'importance qu’avait acquis le secteur et pour l’insuffisamment connu qu’il était, a fait naître le Centre des Études des Caraïbes. En cette époque des directions de la Casa dédiées à la littérature, aux arts plastiques, à la musique et au théâtre existaient déjà, ainsi que sa bibliothèque, sa maison d’édition et d’autres départements. Ensuite apparaîtraient le Programme des Études sur la Femme, le Programme Mémoire et le Programme des Études sur les Latins aux Etats-Unis.

 

Dorénavant, un nouveau Programme s'occupera des cultures originaires d’Amérique : de toute l’Amérique, y compris le Canada et les Etats-Unis. Il s'agit d'aborder, comme nous l’avions fait partiellement avant, les cultures des descendants des uniques authentiques découvreurs de ce qui allait être appelé l'Amérique ; et le faire en prenant en compte non seulement leur histoire, mais surtout leur présence. C’est pour cette raison que l’annonce de ce Programme est reliée à l'œuvre de l’extraordinaire créature qu’a été le Péruvien José María Arguedas.

 

Demain nous commémorerons le centenaire de sa naissance, et nous avons voulu que ce Prix lui soit dédié, tout comme d'autres tâches de la Casa. À côté de son travail ethnologique, dans lequel est claire l’empreinte de son grand compatriote José Carlos Mariátegui, l'œuvre littéraire d'Arguedas nous permet de nous approcher du monde quechua, dans le sein duquel il s'est formé initialement, grâce à ce qu'Ángel Rama, en faisant un usage original d'un concept forgé par Fernando Ortiz, a considéré comme une « transculturation narrative ».

 

Pour nous, ce fut un honneur d’avoir compté Arguedas, en 1968, comme membre du jury du Prix Littéraire Casa de las Américas, ce que lui a permis de connaître Cuba, à laquelle il se référerait avant avec une visible affection. Cela s’est vu, par exemple, dans le poème sur notre pays de son livre de vers en quechua Katatay, que nous publions, tout comme son roman Los ríos profundos (Les Fleuves profonds), que nous rééditerons bientôt, ainsi qu’une évaluation multiple de son œuvre et un disque comptant ses lectures de ses textes.

 

L'affiche de ce Prix se réfère à la lutte entre le condor et le taureau, faisant allusion à son premier roman, Yawar fiesta (La Fête du sang) ; et au Prix de narrative ayant un caractère honorifique, portant son nom, que nous remettons tous les ans. Nous avons lu, avec beaucoup de gratitude, les commentaires généreux qu’Arguedas a faits sur certaines personnes qui ont travaillé dans cette Casa, dans son livre posthume El zorro de arriba y el zorro de abajo (Le Renard d’en haut et le Renard d’en bas). – Par rapport à ce livre je ne peux pas oublier de mentionner que peu de temps avant de se suicider, Arguedas a envoyé une note à son ami chilien Pedro Lastra afin qu’il fasse parvenir des copies d'un douloureux fragment du roman, « ¿Último diario? », à Ángel Rama et à ceux à qui il parle, sans doute pour que nous le publiions, comme nous l’avons fait, dans les revues Marcha et Casa de las Américas –.

 

Nous avons demandé au notable connaisseur du monde indigène et d'Arguedas qu’est Stéfano Varèse qu’il nous parle des deux en cette occasion.

 

D'autre part, José Martí avait signalé que tant que l’Indien ne se mettrait pas en marche, l’Amérique n’irait pas bien. Et bien : l'Indien s’est mis en marche et il fait partie essentielle du gouvernement d'Evo Morales Ayma dans l'État plurinational de Bolivie. Une raison plus que suffisante pour que nous ayons invité le compañero Álvaro García Linera, vice-président de ce pays frère et un des plus brillants intellectuels que compte notre Amérique aujourd'hui, pour inaugurer les travaux de ce Prix, lui aussi croissant.