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Casa de las Américas : un lieu de création avant-gardiste de la culture latino-américaine
Par Álvaro García Linares Traduit par Alain de Cullant
Permettez-moi de rendre honneur, d’offrir ma gratitude et ma reconnaissance à cette institution si grande...
Illustration par : Antonio Vidal

Je voudrais remercier la gentillesse, l'amabilité qu'a eu le directeur de la Casa de las Américas de m’inviter à pouvoir partager avec vous le nouvel anniversaire de cette institution tellement significative de notre continent, à saluer le ministre de la culture, nos ambassadeurs, chaque membre du jury, et toutes les personnes qui suivent le travail de cette institution si appréciée.

 

En vérité, cela a été une surprise pour moi quand ils m'ont invitée et j'ai rapidement fait un état de notre connaissance, de notre proximité avec la Casa de las Américas.  

 

Ceux qui proviennent de pays qui étaient il y a quelques années sous un régime de dictature militaire, et presque tout le continent l’était durant les années soixante-dix, devaient chercher avec un certain risque les publications faites à Cuba et en particulier de la Casa de las Américas. Avoir un livre cubain était quasi un délit sur notre continent durant les années soixante, durant les années soixante-dix, et les éditions circulaient clandestinement, je me rappelle que c’était le temps du collège, et ma première rencontre avec la Casa de las Américas a été un livre d'un écrivain bolivien sur la guérilla du Che, à la façon d’un roman. En cette époque il n'y avait pas de grandes publications, c'était un texte qui a été publié par la Casa, si je ne me trompe pas, durant les années soixante et onze ou soixante douze, et le texte est arrivé à nos mains durant les années 75, 76, nous avions déjà terminé le collège. Il était de Renato Prado Oropesa, un des fondateurs de l’alba, c’était un livre qui circulait avec une certaine crainte parmi les jeunes étudiants qui, en cette époque, s’approchaient de la compréhension de l'histoire.

 

Mais il y a bien eu un dialogue avec la Casa de las Américas durant les années 80 au Mexique, où il y a toujours eu une grande affinité culturelle, un très fort échange, de tout le continent en général et en particulier de Cuba, des publications cubaines et des publications de la Casa. Je me rappelle très bien ces publications car il y a un ensemble de publications qui ont marqué l'histoire personnelle et collective d'un groupe de jeunes étudiants qui retournaient dans leurs pays pour soutenir les luttes révolutionnaires. Comme oublier l'influence du texte de María Esther Gilio, La guerrilla tupamaro, je me souviens l’avoir lu maintes et maintes fois, pour rassembler cette expérience qui était extraordinaire en termes de la lutte révolutionnaire dans les villes, ou le texte de Rigoberta Menchú, Me llamo Rigoberta, qui a été publié par la Casa de las Américas et, ensuite, qui a eu ses éditions pirates, comme nous l’appelions, des éditions informelles, disons-le ainsi, qui circulait comme une sorte de livre de chevet des compañeras et des compañeros qui étaient, vivaient ou venaient de pays de forte présence indigène, des Guatémaltèques, des Péruviens, des Équatoriens et des Boliviens que nous rencontrions au Mexique.

 

Le livre de Vilas, Perfiles de la Revolución Sandinista, objet de débat, d’observation, ou le livre de Galeano, Días y noches de amor y guerra, qui dans chaque phrase et dans chaque paragraphe concentrait d’une façon si extraordinairement poétique les espérances et les angoisses de toute une génération engagée avec son continent.

 

La Casa de las Américas, comme je le commentais il y a peu avec le jury, a marqué des générations. Sans le souhaiter, sans le chercher, elle a marqué des générations de latino-américains, tel est mon cas. Les options que prennent certains dans la vie sont souvent signalées par ce que l’on voit, souvent orientées par ce que l’on observe et parce que l’on étudie, et il n'y a aucun doute que durant ces années, ces publications qui circulaient à leur façon ont nourri notre esprit, nos engagements. Moi qui était un peu plus éloigné de la littérature et de la poésie parce qu'il y a sûrement quelque chose dans mon âme qui n'est pas si sensible, mais il n’y a aucun doute qu’à travers le roman testimonial j’ai trouvé de profondes veines spirituelles et là s’est conçu cette relation intime avec ce que publiait la Casa de las Américas.

 

Par cette institution, par cet édifice, que nous voyions seulement en photographie, ont passé des grands penseurs latino-américains, Roque Dalton, Onetti, Bryce Echenique, Galeano, Alegría, Héctor Díaz Polanco, en fin, un ensemble de penseurs qui ont construit à leur façon l'horizon culturel commun de l'Amérique Latine.

 

Durant ces cinquante ans la Casa de las Américas a non seulement été un lieu de rencontre, où les Latino-américains et les Caribéens ont trouvé une scène pour se connaître, échanger notre production, diffuser nos idées, je crois que la Casa de las Américas, et je veux exprimer cela de manière très honnête à son directeur, a aussi été un lieu où une partie de notre production culturelle latino-américaine a été visible, a été observé, a pu être connue. Elle a trouvé une scène pour se présenter, pour s’irradier, à l'ensemble du continent et au monde, mais la Casa de las Américas a aussi été un lieu de création, un lieu de création avant-gardiste de la culture latino-américaine.

 

Il y a un instant, je commentais à une compañera le rôle qu’a eu la Casa de las Américas dans la formation, par exemple, de la Nueva Trova cubaine, mais c’est non seulement le cas du boom littéraire latino-américain. Les nouveaux courants dans la musique, dans la littérature, dans l'art dans son ensemble, ont trouvé une place ici, dans notre Casa, car elle est celle de tout les Latino-américains. C’est un grand laboratoire, une grande usine de production d'idées et il n’y a aucun doute que la Casa est un lieu fondamental et unique dans la construction d'une culture universelle, universaliste des Latino-américains durant ces cinquante dernières années.

 

Permettez-moi de rendre honneur, d’offrir ma gratitude et ma reconnaissance à cette institution si grande, à cette institution si chérie, à cette institution si influente que nous, les Latino-américains, avons façonné durant ces cinquante années.