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Les 500 ans de la Résistance indigène à Cuba
Par Rolando Julio Rensoli Medina Traduit par Alain de Cullant
Attirer l'attention sur les cinq cents ans de la culture de la résistance: cette résistance des originaires cubains face à l'envahisseur.
Illustration par : Eduardo Roca CHOCO

La première ville de Cuba : Nuestra Señora de la Asunción de Baracoa, dans l'extrême orient de l'île, était en fête car le 15 août 2011 elle a commémoré le 500e anniversaire de la fondation de ce noyau urbain sous la croix de l'église catholique et de l'épée du conquérant hispanique. La Croix de Parra, la seule survivante parmi les vingt apportées par l'amiral Christophe Colomb sur les terres nouvelles aux yeux des Européens, a été déclarée monument national. L’église, le royaume espagnol, l’état cubain, les autorités municipales et celle de la province de Guantánamo ainsi que les habitants de Baracoa coïncidaient qu'il y avait de nombreux motifs pour célébrer et commémorer cette date. La festivité ouvrait les portes des célébrations et/ou des commémorations des cinq siècles de fondation des premières villes à Cuba, entre 2011 et les vingt prochaines années : en plus de Baracoa, San Salvador de Bayamo, Sancti Spíritus, La Santísima Trinidad, San Cristóbal de La Habana, Santa María del Puerto del Príncipe, Santiago de Cuba et El Cayo, aussi appelé à l'origine La Zavana et finalement San Juan de los Remedios en 1535.

Mais il y a une chose que l’on ne doit pas oublier, le Nouveau Monde était nouveau pour l'homme blanc mais connu depuis des dizaines de milliers d'années par ses habitants originaires de peau cuivrée, un mélange des vagues mongoloïdes qui ont pénétré par le détroit, appelé ensuite, de Bering et des Polynésiens qui sont arrivés sur leurs rustiques bateaux depuis l'Océanie. Ces peuples avaient eu des cultures fleurissantes dans les Andes, les hauts plateaux, l’Amérique Centrale et au Mexique. Bien qu'à Cuba – appartenant au tronc ethnique Arawak – ils n'avaient pas dépassé le stade primitif, le groupe des Taïnos avait un certain développement quant à l’agriculture et la poterie, contrairement aux Ciboney et aux archaïques Guanahatabeyes, mais ils vivaient dans cet archipel et ils étaient les propriétaires collectifs de ses terres. Il faudra aussi réfléchir sur l'arrivée de la culture ibérienne et de l'évangélisation, sur le génocide de nos peuples originaires et leur titanesques résistance, l’asservissement des Africains et leur rébellion, et, entre tant de sang et de haine, le résultat final du métissage racial et culturel, le syncrétisme religieux et la création d’une ethnie unique bien qu’un hétérogène quant à sa formation.

Le 2 février 2012 nous avons commémoré – presque sans le savoir – les cinq siècles de l’assassinat du cacique Hatuey, condamné au bûcher, qui était arrivé sur les côtes cubaines pour alerter ses semblables de la cruauté des Espagnols et qui a dirigé la première résistance. Sa mort, accusant la croix et ce qu'elle représentait, est tout un symbole. Guamá, un autre cacique de la région orientale, qui a livré une guerre irrégulière entre 1523 et 1533, mort le 7 juin de cette année là, est une autre des commémorations. Caguas, Habaguanex, Camaguex, ont été d’autres caciques rebelles et, à côté des hommes ou sans eux, les femmes indigènes, à savoir, la légende de Casiguaguas qui a préféré mourir noyée avec ses enfants, dans la splendide rivière havanaise qui portera son nom, plutôt que de devenir esclave ; Guarina, l’épouse d’Hatuey ; Casiguaya, celle de Guamá et d'autres. Le massacre de Caonao par Pánfilo de Narváez en 1513 et le départ, depuis Cuba, d’Hernán Cortés vers le Mexique ; de Juan de Grijalva vers l’Amérique Centrale et de Juan Ponce de León et d’Hernando de Soto, ensuite, pour conquérir la Floride. Cortés et Grijalba ont affronté de puissantes civilisations méso-américaines, Ponce de León et Soto sont mort dans les affrontements avec les indigènes.

En 2013 nous commémorons aussi les cinq cents ans de la présence africaine à Cuba assumé avec le fouet et les chaînes mais revendiqué avec leur résistance et leur apport culturel et, en 2053, nous réfléchirons sur le 500e anniversaire de l’abolition des encomiendas et le postérieur processus de transculturation et de métissage de l'indigène qui a survécu au fait. Il est très sain de reconnaître l'apport hispanique à la culture de cette partie du monde ; la langue de Cervantes nous fraternise, mais le plus important est la multiculturalité créée par tant d'ethnies originaires de ce continent et celle provenant d'Europe, d'Afrique et d'Asie qui se sont rencontrées ou ont été obligé de se rencontrer, lors de l'impitoyable étape d'accumulation originaire du capital.

La nation cubaine commence à se développer dès ce moment et, le siècle suivant, elle montre ses premiers signes dans cette créolisation métisse : une vierge mariale mulâtresse escortée par deux indigènes et un Noire ; le texte de Silvestre de Balboa, Espejo de Paciencia qui souligne le courage des habitants de l’île,  les aborigènes, les créoles, Blancs, Noirs et Métisses et tous ce qui l’aiment, espagnoles et africains aussi bien que le son de Ma’Teodora et on suivra le fil jusqu’à l’aube du surgissement de la nationalité au XIXe siècle.

Le cinquième centenaire cubain se meut entre les haines, les préjugés, les projets d'unité et de concorde, mais avant de glorifier d’autres questions, je préfère attirer l'attention sur les cinq cents ans de la culture de la résistance : cette résistance des originaires cubains face à l'envahisseur, le marronnage,  les trente ans de lutte pour l'indépendance précédées par plusieurs tentatives révolutionnaires, les luttes politiques et sociales contre la néo-colonisation et la dévaluation culturelle, et l’affrontement à la haine d'un empire moderne et hautain ; toute cette culture a commencé il y a cinq cents ans.