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Les premières villes de l'île de Cuba
Par Rolando López del Amo Traduit par Alain de Cullant
La conquête et la colonisation de notre pays ont commencé en 1510, dix-huit ans après l’arrivée à Cuba de l'expédition espagnole dirigée par le marin génois Christophe Colomb.
Illustration par : Eduardo Roca CHOCO

La conquête et la colonisation de notre pays ont commencé en 1510, dix-huit ans après l’arrivée à Cuba de l'expédition espagnole dirigée par le marin génois Christophe Colomb. Plus de cinq cents ans ont passé depuis lors.

Cette opération a été dirigée par Diego Velázquez, qui s’était déjà établi à Saint-Domingue, où il a fondé plusieurs villes, entre elles Salvatierra de la Sabana, dans laquelle il résidait. Don Diego avait été soldat des tercios espagnols lors des guerres en Italie et il s’était souligné comme « pacificateur » des Indiens à Saint-Domingue. Il avait une expérience militaire et il a fondé les sept premières villes espagnoles à Cuba durant les premières années de son mandat de Gouverneur, la première étant Nuestra Señora de la Asunción, de Baracoa, ce dernier nom venant de ses habitants avant l'arrivée des Espagnols.

Il n'y a pas de données précises sur la date de la fondation de la ville, mais on estime qu'elle a eu lieu à la fin de 1510 ou au début de 1511. Diego Velázquez était arrivé à Cuba vers le milieu de 1510. Une méticuleuse information sur la fondation de Baracoa et des six autres villes se trouve dans le livre intitulé La fundación de las primeras villas de la isla de Cuba (La fondation de premières villes de l'île de Cuba), de la Docteur Hortensia Pichardo Viñals, publié par la maison d’édition Ciencias Sociales, La Havane, 1986.

Les habitants de Baracoa ont déjà célébré le 500e anniversaire de leur ville, la première de Cuba. Les prochains anniversaires seront ceux de San Salvador de Bayamo, la Santísima Trinidad, Sancti Spiritus, San Cristóbal de La Habana, Santa Maria del Puerto del Principe (Camagüey) et Santiago de Cuba. Une autre localité, qui n'a pas atteint la condition de ville, mais un site important est San Juan de los Remedios. Entre les sept villes qui fêtent les 500e anniversaire, quatre ont leur centre historique, ou une partie de celui-ci, déclarés Patrimoine de l'Humanité par l’UNESCO : La Havane, Trinidad, Camagüey et Santiago de Cuba.

Pour établir l'ordre des fondations, la Docteur Hortensia Pichardo Viñals a réalisé un exhaustif travail de recherche qui lui a permis de réfuter des affirmations faites précédemment par d'autres historiens quant à certaines dates sans une vérification suffisante, même s'ils se basaient sur des récits d'auteurs contemporains à l'époque de la conquête.

Quand Diego Velázquez a été envoyé pour conquérir et coloniser Cuba, on savait déjà que c’était une île et non pas une partie continentale comme l’avait cru initialement le « Découvreur ». Les conquistadors venant de Saint-Domingue, il était naturel qu'ils commencent par la zone de Cuba la plus proche du lieu de provenance. Les villes dominicaines fondées par Velázquez se trouvaient précisément dans la partie sud occidentale de Saint-Domingue la plus proche de Cuba.

On considère que Diego Velázquez a débarqué à Cuba par Puerto Palmas, une partie de la baie de Guantánamo. De là il a continué vers le nord et il est arrivé à Baracoa où il y avait une importante population indigène, des terres fertiles et un port. Tout cela, uni à la proximité de Saint-Domingue, semble avoir été ce qui a motivé Velázquez à fonder la première ville à cet endroit. Toutefois, le père Bartolomé de Las Casas, qui venait avec Velázquez, lui a conseillé de déplacer la ville car elle se trouvait dans une zone montagneuse, ils n’avaient pas de bêtes de sommes à part les Indiens et les eaux houleuses de sa baie rendaient la navigation difficile pour les petites embarcations chargées, les faisant chavirer. Mais il n’a pas pris en compte la proposition de Las Casas.

Velázquez a procédé à l'organisation des cultures qui permettraient d'approvisionner les habitants de la ville avant de continuer son avance pour l'occupation de l'île. Il organisa trois expéditions. L’une d'elles, composée de cent Espagnols sous le commandement de Pánfilo de Narváez et de Juan de Grijalva, à laquelle il a aussi assigné le père Las Casas, comptait mille Indiens comme porteurs. Cette avance d'est en ouest était appuyée par un brigantin longeant la côte droite de l’île. Velázquez irait par le sud, aussi par mer.

Velázquez est parti de Baracoa à Bayamo le 4 octobre 1513, selon le conquérant. La région de Bayamo était très peuplée et Velázquez voulait y fonder une seconde ville. Le cacique Hatuey a dirigé une rébellion pendant plusieurs mois malgré la différence abyssale d'armements dont disposaient les deux camps. Sa capture et sa condamnation au bûcher a libéré les conquérants d'un notable ennemi, C’est précisément à l’endroit où Hatuey a été mis en échec, à Bayamo, qu’a été établie la ville dont l'église a été baptisée San Salvador. On suppose que la fondation de la ville date du milieu de novembre 1513. La ville, sur les rives de la rivière Yara, a été déplacée par rapport à la place qu’elle occupe actuellement. Ainsi, notre seconde ville, Bayano, fètera son 500e anniversaire en 2013.

Le 18 décembre 1513, Velázquez, accompagné de « vingt chrétiens », est parti du port de Guacanayabo vers l’occident du pays. Ils ont parcouru 50 lieues en trois jours et, le cinquième jour, ils sont arrivés à l'embouchure de la rivière Guaurabo, à une lieue et demie de Manzanilla, sur la côte de la zone centrale.

Il est descendu à terre suite à l'invitation du cacique de l’endroit et il a reçu les expéditionnaires qui avait navigué sur le brigantin vers La Havane, les informant qu'ils continuaient vers l'occident, vers les provinces de Guaniguanico et de Guanahacabibes (l’actuel Pinar del Rio). Quelques jours plus tard Velázquez est parti jusqu'au port de Jagua (aujourd'hui Cienfuegos), dans la province de Guamuhaya. Là, sur les rives de la rivière Arimao, il a fondé la troisième ville : la Santísima Trinidad. Ils ont trouvé de l'or dans la zone, un des principaux objectifs des conquérants. La date de la fondation de Trinidad est estimée à la fin du mois de janvier 1514.

La Docteur Pichardo clarifie : « Quand on parle de fondation, on doit seulement comprendre que nous nous référons à l'élection d'un site déterminé, où on a tracé le centre du noyau urbain, y plaçant la délimitation de la place, de l’église et des bâtiments officiels, et lui donnant un nom. Il fallait attendre plusieurs mois pour que le village devienne une ville, pendant lesquels les indigènes du lieu construisaient les logements, les bâtiments officiels et s’occupaient des ensemencements pour l'approvisionnement des habitants » [1].

Les lecteurs auront remarqué que les constructions de ces premières villes étaient celles que savaient faire les indigènes, avec les matériaux qu’ils connaissaient.

La ville de Trinidad n'est pas restée longtemps à sa place d'origine, durant cette même année 1514, la troisième ville fondée par Velázquez a été transférée jusqu'à son emplacement actuel, sur les rives de la rivière Guaurabo, près du port de Casilda. Apparemment, le transfert est dû au fait que la nouvelle zone était plus riche en or. Avec Trinidad nous aurons la célébration d’un autre cinquième centenaire en 2014.

La quatrième ville sera Sancti Spiritus. En ce qui concerne sa fondation on ne compte pas d'information directe de Velázquez, son fondateur, mais celles du père Bartolomé de Las Casas. Selon lui elle a été fondée entre avril et mai 1514. C’est précisément dans cette ville que l’on a entendu pour la première fois une voix espagnole se lever en défense de la liberté des Indiens. Ce fait a eu lieu le jour de l’Ascension lors du prêche de Las Casas, dans lequel il a dénoncé « l’aveuglement, les injustices, les tyrannies et les cruautés perpétrés contre ces gens innocents et paisibles  » [2]. Las Casas, qui avait aussi reçu des grâces des terres et des encomiendas d'Indiens, est devenu le défenseur des Indiens.

Le lieu de fondation de la ville a d’abord été sur les rives de la rivière Tuinicú, à une lieue de l'endroit où elle a été transférée huit ans plus tard, le long de la rivière Yayabo.

La cinquième ville, San Cristóbal de La Habana, la plus occidentale, a été fondée par Pánfilo de Narváez. On n'a pas pu déterminer la date précise de sa fondation, mais on estime que ce fut entre avril et mai 1514 sur la côte sud, à côté de la rivière Onicajinal (l’actuel province de Mayabeque), à l'est de Batabanó, selon un témoignage de Francisco López de Gomara. On n'accepte pas la date de San Cristóbal (le 25 juillet), car Velázquez n'aurait pas eu le temps de recevoir cette nouvelle et inclure cette datte dans la lettre envoyée au Roi le premier août. Pendant ce temps ils ont été commencés à établir des emplacements au nord de la province. Le territoire indigène de La Havane s’étendait de Matanzas jusqu'à Mariel sur la côte nord. Il y a un témoignage de l’établissement de population autour du port de Carenas (La Havane) depuis 1517. Là les navires espagnols s’approvisionnaient en casabe et viande de porc. Il y a aussi des établissements au nord, à la Chorrera, la zone de la rivière Almendares (que les Indiens appelaient Casiguaguas), appelée aujourd'hui Puentes Grandes.

La ville de San Cristóbal se trouvait sur la côte sud jusqu'en 1520. On sait que l'année suivante elle se trouvait sur la côte nord car il existe le témoignage que Juan Ponce de León est arrivé là, gravement blessé où il est décédé, après la conquête manquée de la Floride. Certains attribuent le transfert du sud vers le nord à cause des rébellions des indigènes qui ont eu lieu de 1520 à 1540 depuis La Havane jusqu'à Guaniguanico, mais d'autres considèrent que l'existence du port a été la raison principale car c’était un site adéquate pour les escales des navires allant vers le Mexique et le nord de l'Amérique ou retournant vers l'Europe, profitant des courants du Golfe. Il semble que le transfert ait été progressif, qu’il n’a pas eu lieu un jour déterminé. La ville de San Cristóbal de La Habana existe sur son site actuel depuis 1521, sept ans après sa fondation en 1514.

La fondation de San Cristóbal de La Habana a été suivie par la ville de Santa María del Puerto del Príncipe. En comparant plusieurs témoignages et références on pense que cette fondation a eu lieu entre la fin du mois de juin et le début de juillet 1515. On considère la possibilité que sont établissement initial soit près du port de Nuevitas, mais seulement durant une courte période. De là elle a été transférée dans le fief du cacique Caonao, près de la rivière homonyme et, de là, vers son emplacement actuel, sur les rives de la rivière Tínima, en 1528.

La septième et dernière ville a été Santiago de Cuba. La date la plus probable est celle de juillet 1515. La ville a été fondée à l'embouchure de la rivière Parada, à l'ouest de la baie, mais l'insalubrité du lieu a fait qu'elle soit transférée vers la partie est de la baie l'année suivant, sur une zone haute et saine, mais éloignée de points d’eau potable, en conséquence elle devait dépendre des puits. Quand le cabildo (conseil municipal) de la ville a été organisé, il a élu Hernán Cortés, le futur conquérant du Mexique, comme premier maire.

Pour ses meilleures conditions géographiques, Velázquez a décidé de transférer la capitale de Baracoa à Santiago. Là se trouvaient le siège du Gouvernement et la Casa de Contratación (organe administratif fondé à Séville en 1503 s’occupant du commerce avec l’Amérique coloniale). L’évêché est passé de Baracoa à Santiago en 1522. Le titre de ville lui a été accordé par la cédule royale du 28 avril 1528. Mais le 17 juillet 1530, le trésorier Lope de Hurtado a écrit : « cette ville est plutôt un village de vingt habitants, douze commerçants, quatre officiers et quatre autres pour être maires » [3]. En décembre 1535 un incendie a détruit la moitié des maisons, c’est pour cette raison que le gouverneur a interdit la construction de maisons en bois et en torchis, stimulant la construction de maisons en pierre.

Le Gouverneur a été autorisé de résider à La Havane en 1553 pour la quantité de navires qui touchaient son port et pour être « la clé du commerce des Indes ».

Toutes ces informations, et de nombreuses autres, sont à la disposition des lecteurs dans cet excellent livre que nous propose la Docteur Hortensia Pichardo. Je m’en souviens avec une grande affection et une grande admiration. J'ai eu la chance, à l’âge de treize ans, d'être son élève en Histoire Ancienne et Moyenne durant la première année du baccalauréat dans l'Institut de la Víbora. Sa présence sereine, sa rectitude et son affabilité maternelle, étaient les éléments qui ont accompagné cette infatigable investigatrice et professeur, la fierté du corps enseignant et des sciences historiques de notre pays.

Bibliographie

1 – Docteur Hortensia Pichardo Viñals, La fundación de las primeras villas de la isla de Cuba, maison d’édition Ciencias Sociales, La Havane, 1986, page 23.

2 – Docteur Hortensia Pichardo Viñals, La fundación de las primeras villas de la isla de Cuba, maison d’édition Ciencias Sociales, La Havane, 1986, page 36.

3 - Docteur Hortensia Pichardo Viñals, La fundación de las primeras villas de la isla de Cuba, maison d’édition Ciencias Sociales, La Havane, 1986, page 83.