IIIIIIIIIIIIIIII
Leonardo Padura : le premier écrivain cubain lauréat du Prix Carbet
Par Susana Méndez Traduit par Alain de Cullant
C'est un prix attaché à l'œuvre, à la pensée, à l'esprit de certains des plus importants écrivains et penseurs caribéens.
Illustration par : Eduardo Roca CHOCO

Le prix

Le Prix Carbet a une signification très importante dans les Caraïbes ; il a maintenu et conservé son caractère de prix littéraire, une chose qui se perd ces derniers temps ; en plus c'est un prix attaché à l'œuvre, à la pensée, à l'esprit de certains des plus importants écrivains et penseurs caribéens et, dans ma condition d'écrivain cubain, d’écrivain caribéen, je me sens très heureux, je suis le premier cubain lauréat de ce prix et c’est un motif de grande fierté, de grande satisfaction, de grande joie, non seulement pour ce qu’il représente pour moi mais aussi pour ce qu’il peut représenter pour la littérature cubaine.

L'homme qui aimait les chiens 

C’est un livre qui me poursuivait depuis de nombreuses années, je crois que c’est depuis l'année 89 quand j'ai visité pour la première fois la maison de Trotski, c’était mon premier voyage au Mexique et j'ai demandé à des amis de m'y emmener. Pour moi, Trotski était une personnalité pratiquement inconnue, j’avait très peu lu sur lui et tout ce que je savais venait de la littérature soviétique, celle qui circulait à Cuba à cette époque. Dans celle-ci Trotski faisait évidemment partie des mauvais, de l’horreur, et cette curiosité pour savoir pourquoi Trotski était si mauvais m'a d'abord poussé à visiter sa maison et à commencer à étudier un peu sa vie et son œuvre. Quand j'ai su que l'assassin de Trotski, Ramón Mercader, avait vécu quatre ans à Cuba, je crois que cette obsession s'est multipliée.

C’est un livre, comme je l’ai dis, qui m'a poursuivi pendant de nombreuses années jusqu'au moment où j'ai eu les conditions physiques, intellectuelles et professionnelles pour l'écrire et je l'ai commencé.

Trois protagonistes

Je crois que le roman a trois protagonistes ; il y a Trotski, son assassinat, car Trotski ne peut pas être compris sans son assassinat ; l'assassin, qui ne peut pas être compris sans l'acte de l’assassinat de Trotski, et le personnage Iván car c'est le point de vue depuis lequel toute l'histoire est racontée, comprise et assumée.

C’est un roman écrit, pensé, senti et vécu depuis Cuba, bien qu'il ait différentes scènes, il se déroule en Russie, au Mexique, en Espagne, en France, en Norvège. La perspective cubaine est essentielle dans cette histoire et c'est pour cette raison que le personnage d'Iván est celui qui occupe le moins de pages ; c’est à travers les yeux, à travers l’expérience du personnage que se résume toute cette histoire, qui n'est pas l'Histoire seulement avec une majuscule, c'est aussi l'histoire de chacune des personnes qui ont vécues à Cuba pendant toutes ces années.

La memoria y el olvido

La memoria y el olvido est un résumé de mes collaborations avec l'agence de presse IPS, depuis les dernières cinq années ; là sont les travaux que j'ai considérés actuels, qui pouvaient passer d'une publication périodique à une publication définitive comme est un livre.

Le prochain roman

Je « commence à terminer » un nouveau roman, un roman assez compliqué dans lequel je reprends le personnage de Mario Conde dans une histoire qui se passe à travers trois siècles, depuis l’Amsterdam de l'époque de Rembrandt jusqu'à la Cuba du présent. C’est un ouvrage de cinq cents pages et la première version est presque finie.

Mario Conde au cinéma ?

Il n'y a rien de sûr jusqu'à présent.

Les changements dans la presse cubaine

C’est un sujet très compliqué, très difficile qui nécessite une réflexion très pondérée car là se trouvent les attitudes professionnelles des journalistes jusqu'aux décisions au plus haut niveau de gouvernement dans un pays où, comme on le sait, la grande presse appartient au gouvernement et à l'état, par conséquent c’est très compliqué de mettre en marche une nouvelle vision du journalisme si on ne change pas certaines conditions.

On accuse souvent les journalistes d’un certain manque de profondeur, ou d'une certaine facilité, ou d’un certain sens plus propagandiste qu'informatif dans ce qu'ils font, mais, aussi, c’est souvent les médias qui demandent ces conditions aux journalistes.

Je crois qu'il faudrait faire, comme on le fait avec l'économie, un profond examen de ce qui sa passe à Cuba ; je crois que tous ces changements que l’on prétend faire dans l'économie doivent aussi avoir lieu dans la presse, mais ils nécessitent une profonde analyse du rôle que la presse devrait jouer dans la société cubaine contemporaine.

Le journalisme est une étape dans la vie de l'écrivain

Je suis un hemingwayen, tout comme je suis carpentérien, je suis hemingwayen et je crois pleinement dans ce que disait Hemingway le journalisme peut être une étape dans la vie de l'écrivain, dans une autre étape il te dévore ; en ce moment, par exemple, cela fait presque deux mois que je n’écris aucune de ces chroniques que je fais habituellement, car je suis à un point du roman que je ne peux pas laisser.

Parfois certains collègues, certaines personnes me demandent une collaboration, par exemple, pourquoi je ne fais pas un second livre d'entrevues au peloteros (joueur de base-ball) cubains comme celui que j’ai fait dans les années 80, mais les conditions de ma vie ont changé, celles de mon travail, de mes exigences, et il me serait très difficile de retravailler dans un journal ou dans une revue, bien que je n’abandonnerai pas le journalisme.