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Juan Blanco, le LNME et la musique électroacoustique à Cuba
Juan Blanco a présenté, dans le Registre des Marques et des Brevets, la mémoire descriptive et l'information graphique d'un instrument de son invention: le « Multiórgano », une proposition technique très avancée en 1942.
Illustration par : Lisandra García

En 1942, le compositeur Juan Blanco a présenté, dans le Registre des Marques et des Brevets, la mémoire descriptive et l'information graphique d'un instrument de son invention qu’il a appelé Multiórgano. Il consistait en un set de 12 loops de fils magnétophoniques (l'enregistrement sur bande n'existait pas encore) sur chacun desquels était pré-enregistré  une note de l'échelle chromatique, valable pour une voix humaine ou pour tout autre instrument. Cette proposition technique était très avancée pour l'époque et elle a été reconnue dans le Symposium International « Inventions musical and Creations : Denial of Utopia », qui a eu lieu à Bourges, France, du 11 au 15 juin 1991, avec la présence, entre autres, de J.V. Asuar, G.Bennett, D.Buchla, J.Chowning, C.Clozier, H.P.Haller, S.Hanson, G.Katzer, O.Luening, M. Mathews, R.Moog, T.Oberheim, Z.Pongracz, J.C.Risset, O.Sala, P.Schaeffer, M.Subtonick, L.Theremin, O.Tomek, K.Wiggen, I.Xenakis et P.Zinovief et Juan Blanco.

Là il a présenté le dessin original, imprimé en ferroprussiate, du Multiorgano, considéré le précurseur du Mellotron, un instrument apparu et commercialisé en 1962, en attendant qu’il soit inclus dans le projet « International Memory Archive of the Science and Art of Electronic Music », que parraine l'UNESCO et d’autres institutions de Paris.

Quand le Festival de Musique Cubaine Contemporaine a été organisé en 1959, on a démontré que la plupart des œuvres composées jusqu'à ce moment et après Roldán et Caturla souffraient d'un nationalisme en déclin et elles s’ajustaient à des formules qui se  répétaient d'œuvre en œuvre. Certains compositeurs ont réagi devant cette situation : Leo Brouwer et Juan Blanco, auxquelles s’est uni très tôt Carlos Fariñas. Ils ont commencé à faire des incursions dans les techniques post-serial et aléatoires en même temps qu'ils découvraient quelques formes d'exécution instrumentale non conventionnelles et ils utilisaient ou inventaient des nouvelles ressources d’annotation musicale.

Juan Blanco, pour sa part, encouragé par l'information qu’il recevait d’Alejo Carpentier sur ces techniques et, plus tard, de Luigi Nono, s'intéressait aussi à la musique électroacoustique de l'époque et, en 1961, il avait terminé sa première œuvre dans cette modalité intitulée Música para danza, réalisée avec un oscillateur d'audio et trois magnétophones domestiques.

À ces trois compositeurs s’est alors uni immédiatement le directeur de l'Orchestre Symphonique National Manuel Duchesne Cuzan et c’est ainsi que se constitue le noyau de base de l'Avant-garde Musicale Cubaine des années soixante, influençant  radicalement et profondément le travail de création musicale cubain postérieur.

Le 5 février 1964, Juan Blanco a organisé le premier concert public de musique électroacoustique dans la salle de l'Union des Écrivains et des Artistes de Cuba (UNEAC) avec ses œuvres Estudios I et II et Ensamble V. Le concert a été précédé par une conférence de Blanco sur la révolution technique dans la musique. En juillet de cette même année Manuel Duchesne Cuzán a dirigé le premier concert de l'Orchestre Symphonique National de musique d’avant-garde, le programme incluant Texturas para orquesta Sinfónica y cinta magnetofónica, composée aussi par Juan Blanco. Deux mois après le Collège National des Architectes a organisé un autre concert de musique électroacoustique avec les œuvres de Blanco intitulées Estructuras, Interludio con máquinas et Ensamble VI, lequel serait immédiatement répété dans la ville de Cienfuegos.

Pendant plusieurs années Blanco a été le seul compositeur cubain se dédiant à la musique électroacoustique, postérieurement il sera suivi par :

- En 1969 Sergio F. Barroso commence à se dédier à la composition de musique électroacoustique.

- En 1970 Leo Brouwer (1939) compose l'œuvre intitulée Asalto al Cielo ; Jesús Ortega (1935) Prólogo et Juan Marcos Blanco (1953) Zafra 70.

- En 1972 Carlos Fariñas (1934), en collaboration avec Sergio F. Barroso, compose l’œuvre Diálogos et Sergio Vitier (1948) Poema 1.

- En 1978 Edesio Alejandro (1958) compose Viet.

À partir des années 80 s'incorporent les jeunes compositeurs Marietta Véulens, Fernando Rodríguez, Mirtha de la Torre, Miguel Bonachea, José Manuel García, Julio Roloff, formés par Blanco dans le TIME (Atelier Icap de Musique Electroacoustique). D’autres compositeurs attirés par cette esthétique ont été Argeliers León, Juan Piñera, Roberto Valera, José Loyola, Elio Villafranca, Irina Escalante, Mónica O’Reilly, Pedro Pablo Pedroso, Raylor Oliva, Ileana Pérez, Julio García Ruda, Alain Perón, Jorge Maleta et José A. Pérez Puentes.

À partir du premier concert de 1964 Juan Blanco commence une campagne de promotion de la musique électroacoustique qui, jusqu'à présent, comprend des centaines de concerts à La Havane, plusieurs tournées dans le pays, des présentations radiophoniques et télévisuelles, des ambiances sonores dans des expositions, des hôpitaux, des hôtels et des espaces publics intérieurs et extérieurs, des spectacles avec des multimédias, de la musique pour danser, pour le théâtre, pour le cinéma, pour la psychiatrie, pour la gymnastique, etc. ainsi que de nombreuses conférences et des cours spécialisés dans des universités et des centres culturels, en plus des articles pour les journaux et les revues.

À la fin des années soixante il a inauguré un programme de radio d’une heure hebdomadaire à travers la C.M.B.F. Chaîne Nationale, sous le titre de Revue Musicale et, postérieurement, Musique Contemporaine dans laquelle il donnait la priorité aux œuvres de musique électroacoustique. Ce programme est continué avec un autre format par Juan Piñera.

À l'initiative de Manuel Enríquez (Mexique) et de Juan Blanco (Cuba), les Rencontres Cuba-Mexique de Musique Electroacoustique ont lieu pendant les années quatre-vingt, le siège de ces rencontres alternait dans l'un ou l'autre pays avec la présence de cinq compositeurs invités de l'autre pays.

En 1970, Juan Blanco occupe la charge de conseiller musical du Département de Propagande de l'Institut Cubain d'Amitié avec les Peuples (ICAP) où il réalise toute la musique électroacoustique des matériels audio-visuels, 36 au total. Après neuf ans de ce travail, sans aucune rémunération, il obtient que l'Organisme finance un Studio Electroacoustique dont il est nommé directeur afin qu'il l'utilise comme son propre studio sous la condition qu'il soit le seul à travailler dans ce dernier. Juan Blanco qui avait commencé à composer ses premières œuvres en 1959 avec des oscillateurs d'audio et des magnétophones domestiques et, ensuite, dans les studios de la Radio et de l'Institut Cubain de l'Art et de l’Industrie Cinématographique (ICAIC), a alors continué son œuvre avec davantage de confort et des équipements plus efficaces. Quelques mois après, Juan Blanco, sans demander l’autorisation à personne, a ouvert les portes du studio à tous les compositeurs intéressés par l’électroacoustique et il a créé l'Atelier ICAP de Musique Electroacoustique (TIME).

C’est ainsi qu’est apparu un grand groupe de musiciens cubains dans ce genre, dont beaucoup ont obtenu d’importants prix internationaux dans des concours de composition, tels que les compositeurs Juan Piñera et Edesio Alejandro, qui ont obtenu le premier prix de musique électroacoustique dans le Concours International de Bourges, France, en 1984, avec l'œuvre Tres de Dos.

En 1989, à l'initiative de Carlos Fariñas, dans l'Institut Supérieur de l'Art du Ministère de l'Éducation Supérieure, est inauguré le Studio de Musique Electroacoustique et par Ordinateurs (EMEC), actuellement Studio Carlos Fariñas d'Art Musical Electroacoustique, à caractère d’enseignement, dans lequel les étudiants des dernières années suivent cette spécialité.

À partir de 1981 Blanco organise les Festivals Internationaux de Musique Electroacoustique « Primavera en Varadero », qui avaient lieu sur la plage de cette station balnéaire et, à partir de 1998, ils ont lieu dans le Centre Historique de La Havane sous le nom de « Primavera en La Habana », tous sous la présidence de Juan Blanco, la dernière édition, en mars 2008, montre les résultats du grand développement atteint durant toutes ces années par la musique électroacoustique cubaine.