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Les tambours à La Havane
Par Rafael Lam Traduit par Alain de Cullant
Guillermo Barreto est un des meilleurs percussionnistes nés à Cuba et le plus grand hommage que l'on puisse dédier au maestro est la rencontre « La Fête du Tambour Guillermo Barreto in Memoriam », dont la XIe édition a lieu à La Havane du 6 au 11 mars 2012.
Illustration par : Lisandra García

Guillermo Barreto (La Havane, 11 août 1929 / 14 décembre 1991) est un des meilleurs percussionnistes nés à Cuba. Le plus grand hommage que l’on puisse dédier au maestro est la rencontre « La Fête du Tambour Guillermo Barreto in Memoriam », dont la XIe édition a lieu à La Havane du 6 au 11 mars 2012.

Cuba, héritière de la sève africaine, constitue une puissance dans la percussion, plus d’un million quatre cents miles esclaves noirs ont été apportés dans l’Île, donnant vie à une des musiques les plus riches, vivantes et universels de toute la planète.

Une longue chaîne des sonorités des tambours au long de cinq siècles a été reproduite avec une série de rythmes et des percussionnistes étoiles de l’envergure de Chano Pozo, Tata Güines, Mongo Santamaría, Guillermo Barreto, Walfredo de los Reyes, Blasito Egües, Changuito, Emilito del Monte, Amadito Valdés, Enrique Plá, Miguel Angá et beaucoup d’autres.

Pour les esclaves noirs, les tambours ont été une façon de conserver la mémoire ancestrale de la terre perdue. Les Noirs chantaient et dansaient leur épopée dans les baraquements des plantations et dans les quartiers quand ils vivaient dans les villes. Là ils exposaient leur histoire, ils affirmaient leur identité, ils reproduisaient les histoires mythologiques, leurs univers magiques et symboliques, les fables et les histoires de leur terre d’origine.

Derrière l’apparente superficialité de réunions qui se caractérisaient par le brouhaha, le divertissement et la mobilité, des propos transgresseurs de tout type pouvaient se dissimuler avec une certaine habilité, beaucoup moins innocentes que ces activités hypothétiquement plaisantes. Car la subversion sociale a traditionnellement trouvé un espace approprié dans les célébrations pour divulguer leurs buts et organiser leurs actions.

Mais les colonisateurs, selon la musicologue afro-américaine Isabelle Leymarie, ont interdit les tambours dès le début et ils les ont détruit avec une rancœur surprenante, il s'agissait de l'emblème d'une nation qu’ils avaient profané, c'était le symbole du rythme par excellence et les Européens connaissaient certainement leur pouvoir chez l'homme et dans la vie : car la vie c’est le rythme.

L’investigatrice cubaine María del Carmen Barcia signale : « Les autorités coloniales, à travers leurs interdictions, nous révélaient l'importance des réunions et des festivités quant à la désobéissance sociale et, aussi, pour la transmission de cet univers magique et symbolique dans lequel se mélangeaient les mythes, les rites et la conservation des coutumes ».

La traite de millions d'esclaves africains vers l'Amérique pendant les sombres siècles de l'esclavage a été une des plus grandes tragédies de l'humanité. Mais de ces déplacements forcés est aussi né le cycle passionnant des échanges culturels transatlantiques. L'histoire du tambour, de la rumba et de la conga constitue un exemple éloquent de tout cela.

Le tambour est l'instrument par excellence des Africains et des Cubains. Les historiens de la musique ont cru découvrir les premiers instruments à percussion sur le territoire africain ; on parle aussi de la richesse des tambours en Egypte et en Chine. N’oublions pas que l’Afrique est considérée le berceau des premiers hommes de la planète terre, et que la Chine et l'Egypte sont aussi des peuples d’une grande antiquité. Dans tous ces pays on parle des rites tribaux des tam-tams depuis des temps immémoriaux.

Les tambours de Cuba appelés batá, sont musicalement les plus précieux des Afro-cubains et ne semblent pas être surpassés par les membranophones noirs. Les batá regroupent trois tambours à caractère religieux, utilisés lors des cérémonies des cultes que les Lucumís ou les Yorubas et leurs descendants créoles pratiquent à Cuba.

Le mot batá est yoruba et il possède un sens générique. Dans cette langue il signifie « tambour », mais aussi « peau » « cuir » et « sandale ». Les trois tambours de la liturgie yoruba reçoivent le nom sacré d’aña ou d'añá et le nom profane d'ilú. Les tambours de la rumba sont employés pour les festivités rumberas ; avant ils étaient faits avec des caisses de voiles pour le quinto, des caisses de poissons pour la tumbador, assurait don Fernando Ortiz.

À Cuba, les grands tambours congos,  pour les interprétations yuka et makuta, ont toujours résonné à l'air libre.

Dans le livre Instrumentos de la Música Folclórica de Cuba (Les instruments de la Musique Folklorique de Cuba), nous constatons l'emploi de 25 ensembles instrumentaux : Yuka, de palo, del kinfuiti, biankomeko, arará, de olokun, tumba francesa, tahona, de radá, nagó, tanbourin, gagá, debembé, batá, güiros ou aghe, Iyesá, dundón, gangá, de tonadas trinitarias, violines espirituales, coros de clave, rumba, conga, punto et son.

C’est en Afrique où existe la plus grande variété de tambours d’une grande rareté. Nous pouvons dire la même chose de Cuba, rappelons-nous la collection que thésaurisait le chercheur Fernando Ortiz, conservée dans le Musée de la Musique de Cuba.

Les siècles ont passé pour que les tambours pénètrent dans la musique occidentale européenne, bien qu’ils ne soient que des instruments « blanchis », une transculturation, certains avec des caisses d'argent : en 1670, les timbales sont employées dans cette musique appelée erronément « sérieuse », « classique », « cultivée ». Bach et Hándel ont utilisé trois timbales ; Beethoven emploie des tambours dans la Quatrième Symphonie.

Dans ces cinq siècles, Cuba a été la meilleure lettre de présentation qu’a eu l'Afrique en Amérique, sur cette terre sont conservés, sont enracinés, les rythmes, les façons de jouer et toute une gamme de ressources techniques et sonores qui ont alimenté et enrichi les musiques d'Amérique et d'Europe.