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La rumba
Par Raúl Martínez Rodríguez Traduit par Alain de Cullant
La rumba, déclarée récemment patrimoine cubain, est une de nos manifestations musicales ayant un grand prestige folklorique et populaire.
Illustration par : Lisandra García

La rumba cubaine, composée par des jeux de tambours, des chants, des danses et des pantomimes, est apparue durant le colonialisme espagnol alors que l'expansion sucrière se produisait. C’est une de nos manifestations musicales ayant un grand prestige folklorique et populaire, étendue vers d'autres nations. Ses principaux protagonistes ont été les Noirs et leurs descendants, appartenant à différentes ethnies africains telles que lucumi, ganga, arara et peut-être la plus significative de toutes : la ganga-bantou. Nous avons des références historiques de celles-ci associées à cette musique dansée depuis les XVIIIe et XIXe siècles dans des sites comme les baraquements des esclaves dans les campagnes et les zones suburbaines comme les sucreries et les villages proches des plantations ou des usines sucrières. Les hommes réalisaient des danses pugilistiques attribuées aux Congos connues comme la « danse de l'arachide », lesquelles pourraient être considérées comme des rumbas très primitives.

Cette variante a été identifiée plus tard sous le nom de columbia. Ces dernières étaient accompagnées par un ensemble de trois tambours profanes, très primitifs et connus comme yuca, lesquels se percutaient avec une sorte de baguette métallique ou guatacas. Il y avait aussi d’autres danses en couples, très érotiques, appelées macuta ou yuka, qui ont probablement été la base d'autres styles de la rumba comme l’ancien yambú et l'actuel guaguancó de caractère plus urbain. Dans les cabildos (confréries) des Noirs, organisés dans les villes ou les villages, on jouait et dansait des rumbas, un synonyme de fête, où non seulement on dansait et on chantait, mais on ingérait aussi des aliments et des boissons alcoolisées, ou le transe et la possession permettait la présence d’un orishas (déité) dans la festivité.

Généralement, la rumba a un caractère improvisé. Quand les instruments de musique que nous connaissons aujourd'hui dans les ensembles de rumba n’existaient pas, leurs interprètes se faisaient accompagner par n’importe quel moyen sonore à base de percussion. Les percussionnistes créaient une polyrythmie complexe et allègre accompagnant les danses, les chants et les refrains, lesquels se mêlaient avec les coups d'un petit tambour rudimentaire profane, d'origine africaine. Les coups de cet instrument accentuaient le rythme et fréquemment, au milieu de la fête, ils étaient confisqués par les autorités espagnoles.

La cellule rythmique de la rumba est fondamentalement d'origine africaine et on constate aussi une empreinte espagnole dans le lalaleo, llorao ou diana, du chant andalou.

Comme dans le guaguancó, les paroles peuvent être picaresques ou satiriques, unies à une complexe mélodie rythmique. La femme danse avec coquetterie en imitant le mouvement amusant d'une poule avec les hanches, et l'homme imite un coq ou un pigeon, tentant de la séduire et de la posséder symboliquement avec l’appelé vacunao ou abrochao (mouvement pelvien de sa ceinture vers le sexe de la femme).

On dit que la variante connue comme la columbia d'origine campagnarde est née dans l'ancien village portant ce nom dans la province de Matanzas, dont on a des références depuis 1880, spécialement dans les zones de Sabanilla, Unión de Reyes et Colón. Cette dernière est seulement dansée et chantée par un homme bien qu'on dise que des femmes comme Andrea Baró et Justa Chumbele ont été d’excellentes interprètes. Parmi les hommes nous soulignerons Celestino Domenech et le légendaire José Rosario Oviedo, plus connu comme « Taro », du village d’Unión de Reyes ; Esteban Lantrí « Saldiguera », dans la ville de Matanzas, et le célèbre José Luciano « Chano » Pozo, de La Havane.

Dans la rumba,  le chant s’élève à la façon du llorao ou lalaleo dans le texte, il est accompagné par des tambours, des caisses de résonances, le cuir de l’assise d’un tabouret, des clés (faites en « bois de cœur »), une guataca ou n’importe quel objet en fer. Cette rumba a une ligne mélodique et des paroles très brèves pleines de mots africains. Sa danse est très agile, forte et virile, où le danseur démontre ses habilités acrobatiques, dont porter un verre de rhum ou d’eau sur la tête, manier dangereusement des machettes et avoir des couteaux attachés aux chevilles comme les ergots d’un coq. En général, dans la rumba il y a plusieurs figures mimiques et une infinité de représentations rythmiques d'origine africaine et espagnole que les Créoles noirs ont brillamment travaillé du point de vue musicale dans toute notre île.

La rumba campagnarde est connue depuis la fin du XIXe siècle à Matanzas, La Havane et dans d'autres zones comme Ciego de Ávila, Florida et Morón. Son transfert vers les dernières zones citées a eu lieu grâce aux visites des rumberos de Matanzas.

Le style connu comme guaguancó a comme prédécesseur l’ancienne rumba yambú. La rumba la plus connue actuellement comme guaguancó est apparue dans les villes et les villages, ainsi que dans les quartiers très humbles et marginaux. Elle a une ligne mélodique et des paroles beaucoup plus élaborées que les autres variantes. La première partie est généralement chantée en duo (à la façon des célèbres chanteurs de Matanzas Virulilla et Saldiguera) et elle est accompagnée par un groupe de percussion et d’autres moyens sonores – une planche, une caisse en bois, des cuillères ou la bouteille d'eau-de-vie qui était bue. Avec les années un ensemble s’est organisé avec ses variantes de trois tambours (conga, tumba et quinto ou requinto), les clés, güirito, maruga et güiritas de métal ou cimarronas (aux poignets des musiciens), un cata (en bois ou en canne à sucre) et les chanteurs.

À l’égal qu’à Matanzas, dans des quartiers havanais comme Pueblo Nuevo, Carraguao, Cerro ou Belén, apparaissent des rumberos très prestigieux comme Agustín Gutiérrez, Elías Aróstegui, Tomás Erisa, José Luciano Pozo, Ignacio Piñeiro, Silvestre Méndez, Mario Alán, Gonzalo Asencio Hernandez “El Tío Ton”, Calixto Cayava, Pancho Quinto et, de Matanzas, Florencio Calle, Juan Bosco Mesa et le grand Chachá, parmi d’autres.

Parmi les plus importantes sociétés nous pouvons souligner deux groupes rivaux ; Los Roncos et El Paso Franco, des quartiers Pueblo Nuevo et El Cerro, à La Havane. Il y en avait d'autres tels que El  Lugareño, de Jesús María; El Triunfante et Los Rápidos Fiñes de Betén. À Matanzas on se rappelle d'autres comme La Sorpresa, Los Marinos y el  Bando Azul.

Il y a d’autres illustres chanteuses de rumba au théâtre, au cinéma et dans les cabarets : María Antonieta Pons, Ninón Sevilla, Rosa Carmina, Amelita Vargas, Ana Gloria Varona, et d'autres, qui sont des mythes dans la culture populaire de notre Amérique hispanique. Des légendaires groupes de sones comme l'Ensemble d'Arsenio Rodriguez, Chapottin y sus  Estrellas de Chocolate, et de célèbres chanteurs comme María Teresa Vera, Celeste  Mendoza, Orestes Macías et l’actuel Paulito FG qui interprètent la rumba.

Il y a eu et il y a actuellement des groupes de rumba de grand prestige international : Chano Pozo, Los Muñequitos de Matanzas, le Groupe Lulú Yorkori de Alberto Zaya, le chanteur Roberto Maza “El vive bien”, Papín u sus rumberos, Los Papines, parmi de nombreux autres qui, avec leurs enregistrements et leurs récitals à Cuba et sous d’autres latitudes, ont fait connaître le plus authentique de la rumba cubaine.

Sources :

1 – Martínez Rodriguez, Raúl. Rumbeando asere Rumbeando… (inédit).

2 – Martínez Rodriguez, Raúl. El porqué de los Muñequitos de Matanzas.

3 – Reyes Fortún, José. 50 años de la discografía  cubana.

4 – Blanco, Jesús. La fiesta cubana, Rumba. Numéro de la revue Salsa Cubana dédié à ce genre. Année 4, numéro ll / 2000, La Havane, Cuba.