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Celui qui n'a pas du Congo, a du Siboney
Par Rolando Julio Rensoli Medina Traduit par Alain de Cullant
Trois processus historiques fêtent leurs anniversaires en 2012: Le 500e de la résistance indigène envers la conquête ; le Bicentenaire du soulèvement de José Antonio Aponte et le Centenaire du massacre des membres du Parti Indépendant de Couleur.
Illustration par : Lisandra García

L’année 2011, Année Internationale des Personnes d’Ascendance Africaine, a conclu. Plusieurs actions culturelles pour louer les apports du continent noir à la culture universelle et spécifiquement à la caribéenne, latino-américaine et nord-américaine, ont eu lieu.

Pour Cuba, continuer cette année et durant les suivants, avec une politique dirigée à éliminer définitivement le racisme de la pratique sociale, constitue une nécessité pour la nature ethnique inclusive de notre nationalité et pour l’humaniste du projet social que nous réalisons depuis 1959. Les préjugés raciaux sont anachroniques avec une société socialiste.

En 2011, la période ordinaire des sessions de l'Assemblée Nationale du Pouvoir Populaire, le plus haut organe législatif de la république, a dédié une session de travail pour aborder le problème racial à Cuba. Le porter à cette instance du gouvernement constituait une nécessité pour ne pas continuer à occulter un fléau que la Révolution a proposé d’éradiquer et qui a découvert, après plusieurs décennies, qu'il était encore sous-jacent, avec de nouvelles nuances, moribond, mais il lui manquait le coup de grâce.

Trois processus historiques en rapport avec la culture de la résistance des Cubains non blanc, mais en définitive Cubains, fêtent leurs anniversaires importants en 2012. Le 500e de la résistance indigène envers la conquête ; le Bicentenaire du soulèvement de José Antonio Aponte y Ulabarra et le Centenaire du massacre des membres du Parti Indépendant de Couleur.

Nous attirons l'attention sur la première de ces commémorations. Commémorer et/ou célébrer les cinq cents années de huit premières villes fondées par les conquérants espagnols à Cuba, entre 2011 et 2019, à savoir : Baracoa, Bayamo, Trinidad, Sancti Spíritus, La Havane, Camagüey, Santiago de Cuba et Remedios, sont des événements d'une importance indiscutable. De ces noyaux originaires est né le germe de la créolisation et le métissage, l'origine de la nation cubaine. Mais le jugement critique non seulement doit transiter par l'arrivée de la langue castillane, semence d'identité ; du catholicisme, condiment pour le syncrétisme religieux qui nous caractérise ; du premier mélange sanguin entre hispaniques et aborigènes qui s'étendrait ensuite au sang africain et à l’asiatique et d'un riche processus de transculturation qui, finalement, nous convertirait en cubains. Les cinq cents ans transitent aussi par la cruauté qui a eu lieu à Caonao et dans d'autres sites ; par la légende de Casiguaguas qui a préféré se noyer avec ses enfants plutôt que de devenir des esclaves ; par la résistance du cacique Hatuey entre 1511 et 1513, année où il a été brûlé vif, ou par la guerre de dix ans de Guamá, entre 1512 et 1522, parmi tant d'exemples.

Les peuples originaires américains constituent un composant racial et culturel dans l'ethnie cubaine actuelle, ils n'ont pas été totalement exterminés comme le soutenait la vieille historiographie. Rappeler les cinq cents ans de la résistance indigène contre la conquête et la colonisation comme première manifestation de rébellion cubaine constitue un acte de responsabilité pour l’actuel peuple cubain. 

Aponte et Les Indépendants de Couleur ont été des thèmes abordés lors du XVIe Atelier International d'Anthropologie Sociale Afro-américaine, convoqué par la Maison de l'Afrique du Bureau de l'Historien de la Ville de La Havane.

La XXIe Foire Internationale du Livre « Cuba 2012 » est aussi dédiée à ces éphémérides, en plus d'autres dédicaces. Les IVe Journées Scientifiques d'Histoire de l'Institut d'Histoire de Cuba et de l'Union Nationale des Historiens de Cuba (UNHIC), qui aura lieu les 16 et 17 octobre, seront consacrées aux trois processus mentionnés dans cet article, en plus de quatre autres commémorations.

La Casa de las Américas continue avec ses propositions d’études et des événements sur l'apport des peuples originaires américains et de ceux d’ascendance africaine envers la diversité culturelle de ce continent. Durant le mois de janvier, les 20 et 21, la Maison de la Diversité Culturelle de Camagüey, a réalisé un atelier où ces sujets étaient présents.

En fin, à Cuba, les actions culturelles pour la reconnaissance de la nécessaire diversité ne meurt pas avec l’année, ainsi que le culte à la mémoire historique et à la lutte pour la pleine égalité humaine dans la psychologie sociale cubaine.

Il faut toujours se rappeler que nous ne sommes pas une salade composée, mais un riche ajiaco (bouillon) créole, nous avons conscience de cela depuis don Fernando Ortiz. Définitivement, à Cuba, celui que n'a pas du Congo, a du Siboney.