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José Raúl Capablanca : le Mozart des échecs
Par Josefina Ortega Traduit par Alain de Cullant
José Raúl Capablanca (La Havane, 19 novembre 1888 - New YorK, 8 mars 1942) est une personnalité emblématique du sport, dans l'Île et dans l'univers du jeu science.
Illustration par : Lisandra García

José Raúl Capablanca (La Havane, 19 novembre 1888 - New YorK, 8 mars 1942) est une personnalité emblématique du sport, dans l'Île et dans l'univers du jeu science.

On l’appelait le Mozart des échecs pour être un prodige dont le génie était évident à un âge très précoce.

Il a appris à jouer aux échecs à l’âge de quatre ans, en regardant son père. À douze ans il est entré définitivement dans l'Olympe sportif cubain en remportant le championnat national face à Juan Corzo. Dès lors son parcours dans les échecs s’est rempli de gloire en vainquant des joueurs renommés de son époque, en Europe et aux Etats-Unis.

Pendant la Première Guerre Mondiale il a vécu à New York, où il a gagné plusieurs tournois entre 1915 et 1918. En 1921, à La Havane, il abattu l’Allemand Enmanuel Lasker pour le titre mondial. La rencontre a fini avec quatre victoires pour le Cubain, aucune pour Lasker et 10 parties nulles. Il a remporté le championnat du monde invaincu !

Six ans après ce triomphe, Capablanca perd étonnamment devant le russo-français Alexander Alekhine dans sa lutte pour le sceptre mondial. Certains critiques ont affirmé immédiatement que l'astre havanais était sur le déclin. Mais il n’en a pas été ainsi. Durant 30 tournois Capablanca a démontré qu'il était l'indiscutable candidat du match contre Alekhine, mais celui-ci, persuadé que la fortune ne sourit pas deux fois, n'a jamais voulu lui donner la revanche.

Actuellement, les experts considèrent José Raúl Capablanca comme le plus grand génie des échecs de l'histoire, et ils n’ont pas tort, bien que les combinaisons spectaculaires n'abondent pas dans ses parties. Cependant, toutes sont un modèle d’équilibre, de simplicité et d’élégance, c’est un modèle de beauté pour la mentalité classique.

Sa théorie de la simplification « il faut éliminer les feuilles mortes de l’échiquier » fait que ses parties puissent être interprétées par tous, nonobstant, elles donnent une fausse sensation de facilité et d’indolence.

Les maîtres passaient des heures à essayer de déchiffrer le secret de son jeu. Les amateurs le vénéraient et suivaient ses présentations une à une. Les organisateurs des plus prestigieux tournois d'échecs de la planète se disputaient toujours sa présence. N’importe où dans le monde, le plus grand éloge que l’on pouvait prodiguer à celui qui conduisait une partie magistralement était de dire qu’il avait joué comme Capablanca. Pendant de nombreuses années il a été le plus célèbre Cubain dans le monde.

Certains ont dit que les possibilités de l'art des 64 cases étaient arrivées à une limite suite à son jeu exceptionnel. Quand Capablanca a perdu la couronne, en 1927 à Buenos Aires, face à Alexander Alekhine, certains assurent qu'il n'était pas suffisamment préparé pour la défense du titre, qu’il confiait trop en sa capacité unique pour résoudre les problèmes directement face à l’échiquier. Il a vécu le reste de son existence en attendant un autre duel qui lui permettrait de récupérer sa couronne, mais Alekhine ne lui a jamais proposé la revanche. Encore ainsi, dans l'Olympiade des Échecs, en 1939 à Buenos Aires, il a démontré que les excellences de son jeu n'étaient pas sur le déclin en conquérant la médaille d'or, terminant le tournoi invaincu et battant même le champion Alekhine.

José Raúl Capablanca est décédé à New York, victime d'une hémorragie cérébrale, le 8 mars 1942. Le titre d’un journal a résumé ainsi le tragique nouvelle : « La plus prodigieuse machine à jouer aux échecs qui a jamais existé est décédée ». Ses restes ont été rapportés à Cuba et ont été honorés par tout le peuple. Les années ont passé et on continu à évoquer le champion des champions car, comme l’a affirmé Botvinnik : « Il est impossible de comprendre le monde des Échecs sans le regarder avec les yeux de Capablanca ».

De nombreuses pages ont été écrites sur José Raúl Capablanca, dans toutes les langues. Spécialement sur son talent unique dans le jeu science. Mais certaines descriptions faites du brillant joueur d'échecs au-delà de l’échiquier attirent aussi l'attention :

« Rayonnant et svelte, vêtu impeccablement de la tête aux pieds et avec un sourire de salon sur son visage finement taillé, il a un aspect enchanteur assis devant la table. On ne dénote ni le plus minimal signe d'effort. Il donne l'impression que, pour lui, les échecs ne peuvent pas être un office, mais seulement une diversion ».

« Toujours courtois, attentif, affable et populaire dans tous les cercles des joueurs d’échecs. Il aimait le divertissement et la danse. Il aimait aussi jouer au tennis et au bridge, et il le faisait très bien. En plus de l’espagnol, il parlait parfaitement l'anglais et assez bien le français. »

Il est émouvant de connaître le souvenir passionné sur Capablanca que nous donne sa seconde épouse, Olga Chagodaev :

« Il était très attirant et on l’appelait Valentino. Durant ces années on disait que les trois plus beaux hommes du monde étaient Ramón Novarro, Rudolf Valentino et José Raúl Capablanca (…) Toutes les femmes du monde avaient les yeux sur lui ».

Au-delà du champion des champions il y avait un être humain avec ses contradictions, ses vertus et ses défauts, que Nicolás Guillén a chanté dans ses vers :

« Où est Capablanca ? (…) / Capablanca n'est pas sur son trône, mais il va, / il marche, il exerce son gouvernement / dans les rues du monde».