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Approche sur la culture mandingue en Gambie
Par Yusupha B. Dibba Traduit par Alain de Cullant
Les Africains ou leurs descendants devront assumer la responsabilité de décrire la culture africaine et ses valeurs pour les présenter au reste du monde.
Illustration par : René Portocarrero

Introduction

 

Les Mandingues, Malinkés ou Mandingoes comme ils sont connus dans plusieurs régions de l'Afrique Occidentale, proviennent des empires du Ghana et du Mali, depuis les 12e et 13e siècles. Dans la mesure où ces empires de l'Afrique Occidentale ont disparu et réapparu de nouveau, les Mandingues, comme d'autres groupes ethniques, se sont dispersés pour s’établir dans des pays comme le Mali, la Guinée, le Sénégal, la Gambie, la Guinée Bissau et la Sierra Leone.

 

Dans le passé, les Mandingues se sont soulignés comme de bons commerçants ou Dyulasas, comme on les appelait communément, et ils ont été possesseurs d'une culture religieuse africaine mélangée avec les principes et les valeurs islamiques. Le commerce transsaharien du 14e siècle et le développement du système de troc a conduit les Mandingues et leurs membres vers différents lieux de l'Afrique Occidentale et du Nord.

 

Les historiens font valoir que les Mandingues sont originaires de la région du fleuve Niger et qu'ils se sont postérieurement dispersés vers les hautes terres de Futa Jallon, en Guinée. Les guerres, les catastrophes, le commerce et d'autres facteurs environnementaux, ont pu les disséminés jusqu'aux côtes de l'Océan Atlantique en Guinée, au Sénégal, en Gambie et en Guinée Bissau.

 

Avec le passage des siècles, la population mandingue a augmentée au Mali, en Côte d'Ivoire, en Guinée, en Haute Volta, en Guinée Bissau, au Sénégal et en Gambie. Durant les trois ou quatre derniers siècles, les mandingues Dyulas se sont établis dans l'ancien royaume Kaabu (ancienne province malienne) provenant des régions du Sénégambie et de Guinée.

 

Pour décrire la culture mandingue, nous devons comprendre leur évolution plongée dans une ère de guerres, d’importantes périodes du commerce (le transsaharien et celui de la côte atlantique) et le surgissement et la chute des empires ghanéens, maliens, de Songhai et de Kanen Bornou.

 

Dans la région du Sénégambie, le surgissement du royaume Kaabuysu finalise la désintégration pendant l’ère coloniale, dispersant la culture et l'influence mandingue dans différentes zones de la région.

 

Pour comprendre ce groupe démographique et son histoire, nous devons prendre en compte leur interaction avec les autres groupes ethniques d'importance, à savoir, les Fulas, les Jolas, les Wolofs et les Sarahules, qui ont aussi développé des pratiques de vie nomades et sédentaires, en dépendance de leur situation géographique.  

 

Tous comptaient des royaumes et des organismes politiques, ils ont combattu dans différents lieux de la région, jusqu'à Jihads, des guerres religieuses islamiques, pour consolider leurs réalisations économiques et ériger leur hégémonie politique. S'ils avaient pu suivre un chemin indépendant, ces groupes auraient joui de leur condition de petit nation-état dans la région de l'Afrique Occidentale, mais le plan expansionniste colonial a dévié les Malinkes et a regroupé le peuple derrière des frontières artificielles.

 

Il résulte important d’analyser le mélange culturel des groupes qui peuplaient alors l'Afrique Occidentale en partant des plus importants épisodes de la guerre, du commerce, de la construction des empires, du colonialisme et de la consolidation ethnique des principaux groupes dans la région. L'expérience mandingue est semblable à celle des différents groupes et avec le temps, les différents antécédents ethniques, la prévalence de l'Islam comme lien pour toutes ces communautés, a influencé les cultures et les traditions.

 

Structure et organisation sociale

 

En Gambie, les principaux groupes ethniques sont les Sarahule, Jola, Wolof, Mandingue, Fula et Serer ; comme groupe, les Mandingues constituent entre 38 et 40 pour cent de la population, suivis des Fulas. Étant donné les relations qu’ils ont été établies à travers le mariage et les effets de l'urbanisation, les différents groupes se sont fondus et ont coexistés dans une atmosphère commune ce qui rend difficile de différencier leurs cultures. Le wolof est la langue parlée par plus de 80 pour cent de la population, tandis que le mandingue continue à prévaloir dans les secteurs ruraux et plus de 60 pour cent de la population est capable de le parler. Indépendamment de toute différence, la société gambienne est, en sens général, homogène et dans sa majorité, musulmane ; l'Islam a rendu possible que les personnes de différentes ethnies puissent partager de nombreux aspects communs.

 

Dans les secteurs ruraux et certains urbains où les mandingues se sont établis, leur organisation de l'économie s’appuie principalement sur la production agricole basée sur une structure organisée de société de type patrilineal. Selon la culture traditionnelle, l'homme occupe une position dominante et la femme se soumet, s’accordant très bien avec la culture islamique de domination masculine, malheureusement, et au système de polygamie selon lequel un homme peut avoir jusqu'à quatre femmes. De même, et étant donné la dépendance du travail manuel, les familles tendent à être nombreuses ce qui pourrait aussi expliquer la quantité d’épouses qui concurrencent pour avoir davantage d’enfants afin de fortifier leur influence dans la famille ou dans la maison.

 

L'influence du système islamique a beaucoup transformé les cérémonials religieux traditionnels, et le paganisme n'existe plus dans la structure sociale, ce qui n'exclut pas qu'il existe des cérémonials africains et que certaines personnes ont combinés à leur convenance avec les musulmans et les traditionnels, dans leurs vies quotidiennes.

 

Les Mandingues, comme d'autres groupes ethniques, vivent dans des villes et des villages entourés par des clôtures de bambou : les Enclos. Une ville peut être formée par plusieurs enclos en dépendance de la taille de sa population, et il est présidé par un chef masculin : l’Alkalo. L'Alkalo est un membre de la société hautement respecté dans l’enclos/ville, il doit veiller au bien-être de la ville et coopérer avec le Conseil des Anciens ou Kabilo.

 

Dans une ville il y a d'autres groupes fragmentés qui s’organisent par âge et sexe ; ils travaillent ensemble et socialisent spécialement dans les travaux de l'agriculture, de la pêche, du commerce informel et de l'échange. Ces groupes réalisent aussi leurs devoirs sociaux et culturels ensemble, comme les cérémonials d'initiation, la circoncision et les cérémonies matrimoniales. Malgré l'influence de l'Islam, les liens culturels sont encore forts et ils influencent l'homogénéité dans les enclos, les villes ou les quartiers.

 

D'un point de vue administratif, les enclos ou les villes se trouvent dans le District, qui à son tour est présidé par un chef ou Seyfo. Dans l'administration d’une région ou d’une province, le chef et ses conseillers jouent un rôle important dans le gouvernement local.

 

L’enclos a son chef et il est composé d'un ancien du genre masculin, de ses épouses, ses enfants, ses frères et sœurs avec leurs enfants respectifs. Vu la nécessité d'organiser les moyens de production et de consommation de l’enclos, il y a de nombreux Dabadas ou unités de travail de la maison.

 

Un enclos peut compter beaucoup de Dabadas ou Dabadalou (plusieurs Dabadas), et il est présidé par l'homme le plus âgé de la famille. Le Dabada ou groupe de travail est la force de travail agricole responsable de la préparation du sol, de l'ensemencement, de la récolte et de la construction des maisons et des entrepôts.

 

Les enclos et leurs Dabadas établissent des priorités, sur la base d'un système d'âge de la force de travail (connue comme Kafo) dans le secteur de l'agriculture ; alors que les hommes et les garçons qui se spécialisent dans les cultures des céréales et sur les hauts terrains, administrent leurs champs.

 

Les femmes des enclos disposent de leurs propres Kafos et elles se spécialisent principalement dans la production du riz, l'aliment essentiel dans les secteurs ruraux et de tout le pays en général. Les femmes héritent des parcelles de terre de leurs parents et prennent aussi part à la production agricole commune. D'autre part, les hommes se consacrent préférentiellement aux cultures commerciales comme l'arachide et les céréales (coos et sorgho), qu'ils vendent avec très peu de bénéfice pour leurs épouses ; les hommes achètent seulement des vêtements à leur famille une fois par an, après la Saison du Commerce, entre décembre et mars.

 

La culture traditionnelle et la société mandingue ont joui de leur propre sophistication dans l'organisation de la production et de la consommation dans l'économie rurale. La domination masculine selon le système patrilineal, a toujours été la norme alors qu'on respecte les valeurs traditionnelles qui sont considérées tabou. En sens général, les Mandingues n'aiment pas être critiqués pour son style de vie et, en particulier, pour reléguer la femme ; toutefois, la prévalence de cette dernière dans les activités agricoles et de la maison l'a converti en une importante force dans la société et, d'une certaine manière, a placé les hommes dans une position de dépendance malgré leur refus de le reconnaître.

 

Conclusion

 

Les Mandingues gambiens et de la région géographique de Sénégambie ont maintenu leurs valeurs culturelles à travers les siècles. Les systèmes traditionnels présentés dans cette exposition continuent invariables en principe, bien que l'islamisation de la Gambie rurale ait modifié certains rituels et certaines pratiques sociales pour incorporer une saveur ou une orientation musulmane. Les valeurs occidentales modernes dans leur évolution se sont converties en un défi pour les cultures des différents groupes ethniques, qu’ils soient mandingues, wolofs, jolas, fulas ou sarahules ; dans la mesure où les jeunes sont instruits dans le sens occidental, les valeurs culturelles se sont diluées et c’est la raison pour laquelle durant les dernières années il est plus difficile d’identifier clairement la culture mandingue.

 

Un élément important de cette problématique est la nécessité que l'histoire et la culture africaines soient réécrites depuis un point africaniste pour la refléter avec toute impartialité, en évitant de dévaloriser des systèmes de valeurs qui ont été si riches et véritables.

 

Les anthropologues comme les sociologues doivent continuer à vivre et à s'introduire dans les sociétés qu'ils étudient, car l'expérience coloniale et la façon de raconter l’histoire africaine a généralement été eurocentriste et apologétique. Par conséquent, il s'avère important de signaler que les plus capables pour écrire ou étudier l'histoire et la culture d'une société sont les propres personnes de cette société. Les Africains ou leurs descendants devront assumer la responsabilité de décrire la culture africaine et ses valeurs pour les présenter au reste du monde.

 

J'espère que cette présentation contribue modestement aux objectifs et aux buts de cet atelier. Nous valorisons le rôle de la Maison de l'Afrique dans le renforcement des relations cubano-africaines, en rétrécissant les liens historiques qui existent déjà entre nous, et j’espère qu'un certain jour nous pourrons approfondir cette étude, et remonter à l'origine des Cubains et d'autres habitants de la région dont les ancêtres sont arrivés de Sénégambie ou de cette autre région géographique beaucoup plus grande qui est aujourd'hui l'Afrique Occidentale.

  

Conférence de son Excellence, M Yusupha B. Dibba, Ambassadeur de la République de Gambie à Cuba, lors de l’Atelier International d’Anthropologie qui a eu lieu dans la Casa de África à La Havane.  

 

La traduction de l’original de l’anglais à l’espagnol grâce à Madame Daisy Castellanos