IIIIIIIIIIIIIIII
Fêtes de la statue de la liberté (X)
Par José Martí Traduit par
Le président Cleveland parut à tous digne de parler devant elle.
Illustration par : Oandris Tejeiro « Joa »,

Le président Cleveland parut à tous digne de parler devant elle. Lui aussi a un style substantiel, un accent sincère, une voix sympathique, claire et forte. Il dit des choses pleines d'élévation et qui ne manquaient pas d'ampleur. II tenait une main posée sur le rebord de la tribune, l'autre, la droite, glissée dans l'échancrure de son gilet, sous le revers de sa redingote. Il regarde avec cet air de tranquille défi qui va si bien aux honnêtes vainqueurs.

 

Ne doit-on pas pardonner un peu de hauteur à qui sait que, du fait qu'il est pur, il a beaucoup d'ennemis ? Sa chair est grasse et il en a beaucoup ; mais son intelligence la fait oublier. II semble bien être ce qu'il est en effet, énergique et bon. Lesseps le regarde affectueusement, comme s'il était en train de s'en faire un ami.

 

Lui aussi, comme Lesseps, parla tête nue. Ses paroles sollicitent l'applaudissement, non pas tant par la pompe de la phrase et l'autorité du geste que par ce qu'il y a de vibrant dans l'accent et de ferme dans la pensée. Que l'on voulût transposer la statue en mots, c'est cela même que l'on dirait « Ce témoignage d'affection et de considération du peuple français est la preuve de la parenté qui unit nos républiques et nous assure que, soutenant nos efforts pour recommander aux hommes l'excellence d'un gouvernement fondé sur la volonté du peuple, nous avons, de l'autre côté de l'Océan, une ferme alliée. » - « Nous ne sommes pas ici aujourd'hui pour courber la tête devant l'image d'un dieu belliqueux et redoutable, plein de rage et de vengeance, mais pour contempler avec joie notre propre divinité, montant la garde et veillant aux portes de l'Amérique, plus, grande que toutes celles que chantèrent les portes de l'antiquité.

 

Au lieu de saisir dans sa main les foudres de la terreur et de la mort, elle lève vers le ciel la lumière qui éclaire le chemin de l'émancipation de l'homme. » Les longs applaudissements qui récompensèrent cet honnête homme avaient leur source dans les cœurs aimants.