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L’exercice intellectuel de Zoila Lapique
Par Mercedes Santos Moray Traduit par Alain de Cullant
Zoila Lapique Becali a reconnu qu’elle doit ses premières incursions de recherche dans le cadre de la musique à Argeliers León.
Illustration par : René Portocarrero

La Bibliothèque Nationale José Martí, en plus d'être le centre du patrimoine culturel de la nation et d'offrir de multiples services dans ses divers secteurs, a le mérite d'avoir été et être le nid pour le décollage, le développement et la travail de nombreuses femmes et de nombreux hommes qui enrichissent la culture cubaine avec leurs œuvres.

Une de ces personnalités est Zoila Lapique Becali, aujourd'hui retraitée mais non retirée de l'exercice intellectuel. Elle est entrée très jeune à la Bibliothèque Nationale, en octobre 1959, faisant partie des jeunes talents qui ont secondé la refondation de cette institution par María Teresa Freyre de Andrade et qui, en 2003, a reçu le Prix National des Sciences Sociales, comme reconnaissance à l'œuvre de toute une vie.

Maruja Iglesias, la sous-directrice du centre en cette époque, et María Teresa ont placé Zoila Lapique dans le Département de Musique, auquel s'est aussi incorporé un peu plus tard, en qualité de directeur, le regretté musicologue Argeliers León, avec lequel a travaillé la jeune investigatrice, le secondant comme sous-directrice technique.

À sa propre formation familiale, à sa passion pour la musique, se sont sommés les enseignements reçus, jusqu'à ce que le maître soit désigné à d'autres fonctions dans l'Institut d'Ethnologie. Zoila a été dirigée vers la Collection Cubaine pour continuer son développement intellectuel, à côté de l'historien Juan Pérez de la Riva, sans que ceci lui fasse oublier la musique.

Plus tard, Zoila a passé les dernières années de son travail dans l'institution dans le Département d'Art, s'occupant également des consultations sur la musique, et continuant son travail infatigable sur la recherche des sources primaires, une tâche difficile et complexe pour élucider des énigmes et des mystères dans de très variés documents.

Comme l’a reconnu Zoila Lapique Becali, elle doit ses premières incursions de recherche dans le cadre de la musique à Argeliers León, un travail qu’elle continue, jusqu'à présent, avec ses plus de 80 ans d'amour et de travail, examinant aussi les publications datant du temps de la colonie.

Suite à une recherche à laquelle elle a dédié quatre décennies, un de ses derniers titres, Cuba colonial. Música, compositores e intérpretes 1570-1902 (La Cuba coloniale. Musique, compositeurs et interprètes 1570-1902), publié par la maison d’édition Boloña du Bureau de l'Historien de la Ville, et présenté dans la Foire Internationale du Livre, a reçu deux nouvelles et importantes reconnaissances : le Prix Annuel de l'Académie Cubaine de la Langue (ACL), en 2008, en plus de mériter le Prix de la Critique Littéraire et étant inclus parmi les dix meilleures œuvres publiées dans le pays, selon l'évaluation du jury présidé par l’écrivaine Mirta Yáñez.

Le président de l'Académie Cubaine de la Langue, l'essayiste et poète Roberto Fernández Retamar, a commenté en se référant au livre de Zoila Lapique, (qui est de fait et de droit une reconnaissance qui honore aussi tous les chercheurs de la Bibliothèque Nationale José Martí) que le titre mentionné « a été évalué par les académiciens comme important pour la mémoire historique et culturelle de l'Île ».  

Ce volume comprend trois siècles de documents, de témoignages, d’éléments qui dessinent le profil de la plus universelle des manifestations artistiques cubaines : la musique. Une œuvre encyclopédique non seulement pour le vaste registre de son information, mais étant aussi une leçon d’intellectualité qui confirme Zoila Lapique dans le panorama de nos sciences et de nos arts et, de même, qui exprime son hommage à ses maîtres et ses collègues de profession, comme José Luciano Franco, Argeliers León, Juan Pérez de la Riva et María Teresa Freyre de Andrade, parmi d’autres.