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La passion pour la lecture
Par Enrique González-Manet Traduit par Alain de Cullant
Les livres sous toutes leurs formes ont enrichi le savoir de l'homme, au point de dire que sans le livre il n'y a ni culture ni savoir élémentaire.
Illustration par : René Portocarrero

Les premiers éléments d'écriture sont apparus il y a environ six mille ans en Ancienne Egypte et en Mésopotamie. L'écriture égyptienne, avec des hiéroglyphes, représentait des idées abstraites, des objets, des mots, des syllabes, des lettres et des numéros ; celle de Mésopotamie était réalisée au moyen de signes cunéiformes (écriture cunéiforme), pour cela ils utilisaient une tige avec une section triangulaire qui, apposée sur des plaques d'argile, laissait une marque en forme de coin. Le livre, un produit de l'évolution de l'humanité, a eu un rôle primordial dans son développement, la forme n’a pas d’importance, ce qui compte est la fonction du savoir accumulé et la mémoire transmise. Les tablettes d'argile de Babylone et le précieux Code Hammurabi datent de cette époque. On peut également citer l'écriture, encore indéchiffrable, de Mohenjo-Daro et de Harappa, au Pakistan.

Ces documents ont subsisté avec tout leur aval de connaissance et de transmissibilité. On peut en déduire qu'aucun recours technique ni instrument de tout type ne pourra diminuer la valeur d'un moyen aussi simple et effectif. Il n’existe même pas réellement la possibilité que ces recours élémentaires puissent être dépassés par des équipements numériques, capables de reproduire, de conserver et de transmettre la connaissance, mais sans qu'on puisse remplacer des moyens comme ceux élaborés par l'homme il y a tant de temps.

Depuis lors, des millions de livres sous toutes leurs formes, y compris les idéogrammes chinois et égyptiens ont enrichi le savoir de l'homme, au point de dire que sans le livre il n'y a ni culture ni savoir élémentaire. Ceci se produit pour le bien de l'homme depuis que les Grecs et les Romains, ainsi que d'autres peuples méditerranéens, ont contribué à la circulation de la connaissance avec la diffusion du théâtre, du drame, de la philosophie et des sciences. Qu'est-ce qui se serait passé avec le développement de l'humanité si tout le savoir reflété en grec et en latin aurait été détruit comme cela s’est passé avec la Bibliothèque d’Alexandrie, où plus de cent cinquante mille textes élaborés par des copistes patients ont disparu ? Aujourd’hui ces écrits sont aussi utiles qu’au premier jour.

L'aventure des témoignages rassemblés comme aval du monde a été permanente, car les guerres, les catastrophes et le besoin de destruction prédominants à certains moments de l'histoire a mis en danger la grande richesse de cette accumulation du savoir. De même, elle engendre une passion irréfrénable pour les contenus et pour les péripéties de la recherche et l'utilisation des vérités utiles pour l'homme. Un simple exemple suffirait pour donner une constance de ce fait, mettons comme cas notre propre expérience, marquée par la vocation de recherche et de découverte d'importants textes dans des maisons de « vieux » livres ou d’occasion, une exploration que nous faisions généralement lors de nos jours libres, nous trouvons ainsi une Histoire de l'Art de José Pijoan, en trois volumes sur papier chrome avec de nombreuses illustrations, une Histoire latine de 1878 et des livres d'enseignement classique comme La Physique de Grand, L'espagnol de Fávole Giraudi et Les Mathématiques de Mario González, tous à des prix incroyablement bas.

Avec la même passion avec laquelle on entreprenait la recherche de textes classiques ou simplement extraordinaires, on réalisait presque immédiatement la lecture de son contenu, seulement ceux capables de trouver des nouveautés ou des choses de nature extraordinaire dans la lecture de ces textes pouvaient valoriser et lire avec passion ces messages des autres époques. Ces souvenirs de l'adolescence et de la formation spontanée, aussi dictée par la vocation, constitue une des valeurs les plus effectives et précieuses de l'aventure de la connaissance et du fruit de cet effort parfois inévitablement désordonné. La confrérie des livres bon marché échangeait et partageait les découvertes qui, à cette époque, semblaient constituer un véritable trésor. Cette pratique singulière s’est perdue avec le temps, bien qu'il faille mentionner les efforts que réalisent les Ministères de l'Éducation et de la Culture, ainsi que ceux de l'Institut Supérieur d'Art et de l'Union des Écrivains et des Artistes de Cuba pour mobiliser la pratique de la lecture et de la possession de livres. Ces objectifs tendent à s’établir avec une force croissante, de telle manière qu’un futur plus optimiste semble s’annoncer. Il faut considérer que tout ceci représente une longue chaîne allant des parents et de l'enseignant à l'étudiant, qui compte de l'aide maximale pour mettre en pratique le savoir non seulement des livres, mais aussi de l'homme, c'est-à-dire la condition inhérente à la pensée et aux bontés du caractère.