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À 10 ans de la présence cubaine dans le cyberespace
Par Carlos Alberto Más Zabala Traduit par Alain de Cullant
Le cyberespace constitue aujourd'hui la plus importante scène de participation et d’opinion de la culture cubaine.
Illustration par : Ernesto Fernández

 « L'époque de l'ancienne Grèce représente l'essor de la connaissance scientifique et de la pensée logique… Le Moyen-âge symbolise la spéculation religieuse et spirituelle et la Renaissance la liberté de création… Toutefois, aucune de ces périodes n’a créé le pouvoir de communication instantanée ou la multiplication infinie des capacités. »

                                                   Enrique González-Manet

Antécédents

À partir de l'introduction de l'informatique et de l'accès à Internet en 1998, on a commencé les premières expériences des nouvelles technologies dans la promotion et la diffusion du produit culturel cubain, avec le site de la culture cubaine (www.cubarte.cult.cu). On apercevait déjà l'important rôle que devrait jouer la révolution des infocommunications dans le développement et la promotion de la culture cubaine. La création du Centre d'Informatique de la Culture, en 1993, n'a pas été accidentelle, et bien que l'accès de Cuba au réseau des réseaux ait été retardé de trois années de plus, après de grands efforts et avec une portée très réduite, le sort était jeté pour les TICs. (Más Zabala, Cubarte 2008)

La connexion cubaine à Internet était très limitée suite au blocus et aux manques économiques. La téléphonie décollait à peine à Cuba avec le début de ce siècle. Les fournisseurs cubains de services d'infocommunications ne pouvaient pas comprendre à l'unisson les nécessités de la science, les jeunes clubs, la médecine, la culture et l'éducation supérieure, des secteurs prioritaires pour le gouvernement sur les réseaux de portée sociale. Il ne restait pas d’autre alternative à Cubarte que d’assumer lui-même un réseau avec ses nœuds de communications et un fournisseur de services d'Internet avec quelques serveurs nord-américains, desquels il n'aurait ni soutien ni mises à jour. Mais il y avait une volonté de ne pas perdre une minute de plus quant à l'accès cubain à la révolution technologique.

En 2001 « L'informatique constitue un outil indispensable dans l'ordre informatif et de gestion, aussi bien dans le système institutionnel que pour une quantité croissante de créateurs », selon le bilan du Ministère de la Culture. On a développé rapidement le réseau virtuel Cubarte dans le but de relier toutes les institutions culturelles du territoire national et de créer les bases pour une scène Web de la culture cubaine. Durant cette année on a crée le Portail Cubarte et l'Agence de Commerce Électronique d'Artex. On publie les portails CubaLiteraria et CubaCine, les pionniers dans la conquête d'Internet, suivis par la revue culturelle La Jiribilla. Dix provinces et 40 communes conçoivent leurs pages Web. Environ cinq cent mille visiteurs accèdent aux sites et aux pages de la culture cubaine.

Le Programme de Développement de l'Informatique et des Communications dans la Culture pour la période 2002-2005, signale « … les unités nationales et territoriales du système de la culture se convertissent en génératrices de produits et de services automatisés, avec un haut contenu culturel…. » (Ministère de la Culture, 2001), marquant un point de repère quant aux priorités dans l'utilisation et l'application des nouvelles technologies que l’on doit nécessairement analyser dix ans après, sur une scène de développements parallèles des infocommunications dans un monde et de son assimilation créative dans le contexte cubain.

J'ai un site, donc j'existe…

Le but de placer des contenus culturels sur le réseau de réseaux posait d’innombrables problèmes, le premier relatif au public de destin, qui serait principalement étranger tant que l'utilisation d'Internet ne s'étendrait pas à Cuba. De là sa vocation internationale primaire avant que nationale où prévaudrait une analyse tournée plus vers l'image que sur l'usage de ses possibilités informatives pratiquement illimitées, celles dont on a essayé de profiter, mais en les concentrant dans certaines institutions dans lesquelles on placerait une capacité de large de bande disponible à chaque moment.

Il s'avérait un donquichottisme d’affronter la mise en place de sites et une information culturelle sur le Web quand il était pratiquement impossible d'accéder à une connexion acceptable. Par contre, lors de ces premiers stades, il faut souligner l’extraordinaire valeur de la messagerie électronique dans l'échange d'information entre les institutions et les créateurs, avec un plus grand développement et une plus ample extension que l'accès au réseau de réseaux, ce qui a définitivement marqué l'appropriation technologique de la part des Cubains.

Placer la production culturelle dans le cyberespace se manifesterait avec une forte tendance vers la génération quotidienne, la plus récente, qui commençait à être produite sur les supports électroniques. La capacité de digitaliser le patrimoine artistique et culturel de la nation était très limitée vu les grands investissements qu'elle exige, c’est pour cette raison que cette persistance serait reportée, sauf quelques avances discrètes dans certaines bibliothèques et musées, et dans la musique, collationnée par l'industrie discographique.

Cette analyse pragmatique – parfois questionnée alors – de privilégier alors l'insertion dans le cyberespace au jour le jour, sans une concertation apparente comme cela correspondrait à un processus de digitalisation de fonds, présente aujourd'hui d'importants succès suite à une accumulation bien conçue et dûment organisée. Le registre de tout ce qui a eu lieu dans la culture cubaine durant les dix dernières années, tant sur le plan de la création artistique et littéraire que sur celui de la production passive autour d'elle, constitue un trésor incalculable. Les portails du cinéma, des arts scéniques et de la littérature cubains, conjointement avec le regard plus ample de Cubarte, sont des exemples de cela.

D'autre part, l'utilisation du Web pour la publication des auteurs, des critiques, des promoteurs et des spécialistes, impensable à l'échelle des publications périodiques sur support papier, s'est avérée significative. Cette façon d'assumer le défi informatif, désireux de participer au dialogue interculturel et à la confrontation des idées, part que la production endogène de connaissance est une condition indispensable d’existence, d’expression pratique de ce dialogue et de bastion dans la chimère de la démocratisation d'Internet, compte tenu de la prédominance informative des intérêts oligopolistiques et impériaux, des causes déterminantes qu'une façon de penser ou de voir les choses s’érige comme un angle unique et indiscutable. La brèche est si inégale qu’Eduardo Galeano a signalé : « Il y a une uniformité obligatoire hostile à la diversité culturelle de la planète » (Galeano, 1998), avec laquelle il caractérise le dilemme posé à l'humanité dans son ensemble et à l'échelle nationale. Julio García Espinosa l’aborde brillamment depuis un angle opposé en disant : « … Internet… nous convertit en citoyens du monde sans cesser d’être des citoyens d'une certaine partie.  » (García Espinosa, 2003)

Sans hésiter sur les avantages et les bénéfices de « l’immersion » dans le réseau, la recherche et l'utilisation informative devraient conduire à un discernement critique qui, s’appuyant sur la richesse de la culture autochtone, serait restitué au cyberespace avec des teintes propres. « La défense de notre national insérée dans notre global, le reflet de notre culture comme obstacle contre l'aplatissement et la standardisation culturelle deviennent le défi qui signifiait « exister » dans le réseau, ce que nous avons su très tôt. Dans le cas contraire nous courions le risque d’aller vers la « probable disparition » dans l'univers virtuel ». (Más Zabala, 2004)

José Ramón Vidal, en soulignant « … l'étude de la réception, insérée dans une histoire culturelle qui met un fond et un contexte aux pratiques de lecture et de consommation… » (Vidal, 1992), signifie l'apport latino-américain à l'étude de la culture et la subjectivité comme médiateurs des processus communicatifs, c’est pourquoi il révèle la pénétration de l'appropriation des messages à partir d'une histoire singulière qui nous a conformé au long de cinq siècles.

Et comme complément et conséquence de l'important défi existentiel dans le monde des infocommunications, la connaissance elle-même souffre un processus complexe, mal abordé publiquement quant à l’appropriation et au mercantilisme, qui se contredit avec la nécessité des peuples et avec l'aspiration « … elle doit se convertir en un bien partagé solidairement au bénéfice de tous les peuples… » (L'UNESCO, 1999). Nous savons bien qu'il ne s'agit pas seulement d'une affaire de brevets et de marques commerciales, sinon que cela va bien au-delà des profondeurs culturelles, sous des aspects aussi chers que l'imposition du goût, des modèles de consommation et de valeur, de l’appauvrissante standardisation de l'industrie culturelle et de son effet sur l’imaginaire populaire, le manichéisme et l'américanisation qui restreignent même nos langues originaires.

L'utilisation des nouvelles technologies

La présence croissante de pages, de sites et de portails de la culture cubaine sur Internet s’érigeait dans un important composant promotionnel. En 2003 toutes les provinces disposaient déjà d’un site Web avec le plus représentatif du savoir-faire culturel, 85 institutions culturelles et 18 événements de la culture comptaient leur site, 17 revues et 60 bulletins avaient une expression numérique, tout comme 50 musées et monuments. Des nouveaux portails thématiques apparaissent, parmi lesquels ressortent CubaEscena, du Patrimoine Culturel, des Maisons de la Culture, ainsi que d'autres d’une très vaste acceptation et d’une grande richesse de contenus tels que ceux d’Art Numérique, de la Casa de las Américas et de la Bibliothèque Nationale. En 2004, toutes les communes du pays disposent de leur site Web et le nombre de pages des artistes et des groupes croît. En 2005, 394 institutions ont une page ou un site Web, le nombre de revues sur le réseau atteint 67 auxquelles se somment les 120 bulletins. (Más Zabala, Cubarte, 2008)

En même temps que les informations croissent dans de nombreux portails, les espaces se multiplient dans lesquels des centaines d’intellectuels, d’artistes et de professionnels de la communication canalisent l'exercice du critère. Le fidèle reflet de la diversité culturelle et la pluralité des voix dans la culture cubaine constituent une pleine réalité. Le cyberespace, manié avec une habile politique d'inclusion, constitue aujourd'hui la plus importante scène de participation et d’opinion de la culture cubaine. Le multilinguisme, commencé par Cubarte et suivi par de nombreux autres sites et portails se réconcilie à la claire tendance d'extroversion déjà signalée.

L'utilisation du Web pour exprimer la réalité cubaine sans tergiversations, notre vérité et nos points de vue, est complétée avec la publication de convocations et de sites de solidarités, au moyen desquels des milliers d'intellectuels du monde font valoir leurs voix en défense de l'humanité ou pour Cuba.

Tout cet effort aura une expression palpable dans le nombre de visiteurs des sites et des portails, le chiffre de 729 450 durant l'année 2002 atteint, cinq ans après, l'ampleur de 22 331 895.

Dans le quinquennat compris entre 2002 et 2006, le plus important en pénétration et en extension d'Internet à l'échelle mondiale durant lequel le nombre des internautes du monde double pratiquement (1,95 fois), le nombre de visiteurs des sites et des portails culturels cubains s'est multiplié par 16,6.

L’avance a continué à partir de ce moment. Entre 2008 et 2010, bien que de graves problèmes se présentent avec les serveurs internationaux, la scène virtuelle maintient les niveaux de visites.

La présence de la culture cubaine sur Internet conforme une image de pays et permet d'avancer vers la création de banques de données qui fournissent l'accès à la source informative, une mission assumée par la Bibliothèque Nationale et par le réseau de bibliothèques publiques du pays, qui, avec Cubarte, configurent les initiatives les plus évidentes. Une telle accumulation d'information a requis l'adoption de formats communs pour les différents types d’institutions culturelles et territoriales, jusqu'à conformer une communauté virtuelle de la culture cubaine.

La complémentarité informative, bien qu’elle ne s'avère pas suffisante au niveau d'intégration synergique, s’érige comme une réalisation plausible qui conseille un effort ultérieur de programmation et de complémentarité, de sorte que le visiteur obtienne tout ce qu’il désire dans l'ensemble de l'information culturelle publiée.

Par contre il y a deux plans dans lesquels les avances requièrent de plus grandes transformations, spécialement celle pour le développement d’un Web chaque fois plus interactif et participatif, correspondant avec la tendance internationale et la base démocratique de la culture cubaine. Les forums de discussion, les options de juger sur ce qui est publié et visible sur les sites, ouvrir un espace aux formes populaires de participation et de conformation de leurs représentations symboliques par le développement d'options wiki, seraient l’exemple de cela. D'autre part, Internet offre des possibilités qui ne sont pas suffisamment employées pour le développement d'un journalisme plus profond, intelligent, interactif, uni avec un travail éditorial qui utilise d’autres informations d'intérêt sur le Web et qui nourrissent des bases de données pouvant se convertir en sources informatives obligées.

L'analyse des spécificités qui caractérisent la dernière décennie depuis que la publication de Cubarte place au premier plan l’importante priorité assignée dans la politique culturelle du pays quant à l'incorporation des contenus culturels comme une partie d'une plus grande et historique bataille pour la défense de l'identité nationale et d'une promotion de la culture cubaine dans un monde qui, face aux facteurs géopolitiques défavorables et à l'animadversion invétérée de son plus puissant voisin, ajoute de nouveaux composants de la contemporanéité comme la globalisation et la concentration médiatique, ne favorisant en rien la diversité culturelle.

Le Portail Cubarte et ses routines productives

La publication du Portail de la Culture Cubaine en 2001 partait déjà de stratégies encyclopédiques. Elle compte depuis septembre 2003 d’une version en anglais, rapidement suivie d'une autre en français à partir de mars 2004, ce qui amplifie son univers de lecteurs. À dix ans de ces débuts on peut affirmé que Cubarte est devenue une importante base de données, dont les chercheurs garantissent d'obtenir l'information souhaitée avec rapidité et précision. La complémentarité du journal culturel avec des bulletins informatifs dans les trois langues et les services RSS étendent son audience vers ceux qui préfèrent être informés au moyen de la messagerie.

L'information à travers des canaux inclut les différentes manifestations artistiques, le patrimoine, la culture communautaire, l'enseignement artistique et les nouvelles technologies. Des nouveaux secteurs d'information apparaissent, en correspondance avec les nécessités, comme celui offrant accès aux médias internationaux ou aux sites d'intérêt culturel, afin de faciliter l'accès à ceux qui ne disposaient pas pleinement d’Internet ; des sites ou des espaces comme Nación (www.nación.cult.cu), Galería de Arte (www.galeriacubarte.cult.cu), Directorio Web (www.directoriocultural.cult.cu), la revue culturelle en français Lettres de Cuba (www.lettresdecuba.cult.cu) sont créés et, plus récemment, le réservoir multimédia s’est notablement enrichi d’un composant informatif, dans ce que résulterait le journal Cubarte aujourd’hui avec sa personnalité numérique.

Le fait que le Portail doit avoir un plus grand nombre de visiteurs étrangers que nationaux a déterminé que le Journal Cubarte mette un plus grand accent sur les appréciations et les évaluations artistiques plutôt que sur la convocation ou l'annonce, à moins que cela constitue un fait spécial et avec une grande anticipation, comme cela se produit avec les événements internationaux. De sorte que le travail informatif soit complété par l'inclusion de l'exercice du critique de la part d’un groupe de communicateurs et d’intellectuels, comme collaborateurs de Cubarte ou pris d'autres sources, qui ont représenté 7% de ce qui a été publié en 2001. L'accroissement progressif dans la proportion article/nouvelles permet de l'élever à plus de 15% en 2004, et dépasse 36% en 2010. Le sauvetage de ce journalisme a rendu propice la participation plus ou moins stable de 53 collaborateurs dans ses pages, tous des spécialistes de diverses branches du travail artistique et littéraire, auxquels se somment près de 10 dans la section  Au Fil des Lettres, expressément créée pour un groupe d'intellectuels renommés du pays, ayant un profil plus universel. En 2010, 2327 articles d'opinion en espagnol ont été publiés, dont une bonne partie ont été traduits en anglais et en français, en plus du fait qu’un grand nombre aient été ultérieurement reproduits par les services informatifs de Prensa Latina dans une section spéciale créée à de tels effets.

Le dilemme que Cubarte assume une tâche de promotion culturelle propre impliquait un vaste personnel et des ressources matérielles et financières dont il manquait. De même, il ne s'avérait pas recommandable de prétendre à être un reflet du fait culturel du pays de forme centralisée. Devant une telle situation on a opté pour une formule où Cubarte agirait comme multiplicateur des informations émises par d'autres médias, pour lequel il disposerait d'un personnel minimal d'analystes réalisant un véritable examen minutieux quotidien de la pratique culturelle cubaine, complété par les services informatifs des agences, les bulletins des institutions culturelles et diverses informations.

 

Suppléer la difficulté de disposer d’un news-making propre avec les colonnes d'importantes voix de la culture cubaine a constitué une solution aux espaces limités de l'exercice du critère sur support papier et a aussi satisfait le dilemme d'une audience intéressée plus aux jugements que au caractère immédiat de la nouvelle. De telle sorte, l'exercice du critère, non pas depuis un centre érigé en juge suprême mais à partir d'une conception polyphonique et authentiquement démocratique plus qu’un complément de l'information ponctuelle, a été le pilier qui marque la règle éditoriale.

Pour sa part, un curieux travail de gate-keeping sur la base des lignes thématiques incluses, a été l’évidente garantie d'une vaste pluralité et, en lui-même, il constitue un reflet du travail culturel et de son impact dans l'opinion publique. La virtualité comme scène de la communication a à peine posé des limites, sauf les coûts nécessaires de la journée de travail.

Ainsi, la conception, largement utilisée par le Web de la culture cubaine, d'assumer de multiples sources émettrices des nouvelles et les multiples voix dans le regard critique de la création et de sa promotion, sans porter atteinte à un agenda thématique qui rassemblerait les principales caractéristiques de la politique culturelle du pays, a conformé ce cybermonde plurimodal des effets à long terme, comme une référence objective et minutieuse, capable de satisfaire les plus dissemblables lecteurs de l'univers virtuel de la culture cubaine.

Cuba compte 24 portails culturels

Une étude intéressante a été réalisée à propos de la Conférence Internationale « Culturemondo » en 2007, au moyen de l'observation des principaux portails et sites Web de la culture cubaine par un groupe de spécialistes et sa complémentarité avec une enquête auprès de leurs éditeurs.

Un résumé de cette étude, présenté dans cette Conférence (Más Zabala et al., 2008), a fait apparaître l'existence de 24 portails culturels publiés, dont 14 provinciaux reliant à leur tour les sites de toutes les communes du pays, les portails thématiques du livre et de la littérature, du cinéma, des arts plastiques, des arts scéniques, du patrimoine culturel, de la culture communautaire, des bibliothèques, auxquels se somment celui du commerce électronique, de la Casa de las Américas, de la Fondation du Nouveau Cinéma Latino-américain et de La Jiribilla. Ces 24 portails constituent les grandes scènes de la culture cubaine, regroupant plus de 300 spécialistes pour leur développement, maintien et mise à jour, ce qui renforce la priorité assignée aux TICs quant aux ressources matérielles et humaines. 

Parmi les principales caractéristiques on souligne la programmation Web dynamique dans 84% et l'utilisation de software libre dans 74%. Du point de vue de la navigabilité on observe une utilisation des zones de plus grande hiérarchie de la page principale dans 92% des portails, une bonne expression du contenu dans les étiquettes (88%), ainsi qu'une reconnaissance facile des liens et des options de réversibilité de la navigation dans 77%. 71% possède un chercheur propre et, de ceux-ci, 58% dispose de chercheur avancé.

Toutefois, les indices d'interactivité que les portails rendent propice s'avèrent très faibles, puisque seulement 32% offre des options d'opinion pour ce qui est publié, 29% permet la décharge d'archives, 17% développe des forums de discussion ou soumet des questions ou des enquêtes au public. Dans 29% il n'y a aucune de ces options. L'utilisation des liens entre les principaux portails culturels cubains confirme l'importance que la majorité lui accorde pour fortifier le réseau autour de la culture cubaine, ce qui a une connotation spéciale puisqu'il exprime une volonté comme nation. Cela est mis en évidence dans le fait que les 24 portails offrent 287 liens entre eux. Si nous assumons que le maximum théorique serait 552, il existe des liens dans 52% de tous ceux susceptibles d'être créés. Même ainsi, les renvois des uns aux autres dans les divers registres qu’ils thésaurisent sont très réduits.

À partir de cela dérivent plusieurs observations intéressantes :

• On a effectué un grand effort pour montrer les principaux composants de la culture cubaine à travers Internet, y compris la création, la formation des artistes, la culture communautaire, l'activité des principales institutions culturelles et les principales richesses du patrimoine national, ainsi qu'une vaste production de bibliographie passive au moyen de présentations, de compte rendu, de critiques, d’entrevues et de travaux théoriques.

• Internet s'est converti en une vaste scène de légitimation culturelle, à caractère polycentrique et démocratique, avec l'active participation de milliers d’auteurs et de spécialistes.

• Les créateurs ont disposé de toutes les facilités pour confectionner leurs propres sites et pour être publiés dans cet ensemble de scènes Web ; parallèlement, on a réalisé un grand effort institutionnel dans la confection des sites des prix nationaux des différentes manifestations artistiques.

• Internet a résulté la plus vaste et importante scène de promotion culturelle de Cuba.

De cette analyse dérive une première et importante conclusion : on a tissé un écheveau virtuel autour du savoir-faire culturel à Cuba, soumis à l’analyse et aux ateliers périodiques pour renforcer les synergies, consentir des formats communs et partager des ressources. Une seconde conclusion nous révèle qu'un tel écheveau virtuel répond à une politique nationale, qui intègre les plus chères aspirations culturelles d'un peuple avec l'empreinte des nouvelles technologies. Un troisième nous montre que « … c’est aussi un monde parallèle, et non seulement monde-miroir de substitution, car il auto génère des contenus inédits qui lui sont propres et qui échappent aux obligations du monde réel » (Fischer, 2004), pour s’insérer comme un nouveau composant de la culture nationale. À 10 ans de l'insertion cubaine dans le monde des infocommunications, l'environnement virtuel de la culture cubaine constitue déjà une partie organique, inséparable et irremplaçable du savoir-faire culturel de la nation.

La promotion culturelle

Le Programme de Développement de l'Informatique et des Communications dans la Culture, 2002-2005 signale :

« Contribuer à satisfaire la demande nationale et internationale d'information culturelle au moyen de l'élévation du niveau des informations et de documentation dans le Réseau Cubarte et l'extension de l'accès du potentiel humain de la culture aux ressources d'information nationales et étrangères. » (Ministère de la Culture, 2001)

Un pays ayant une richesse culturelle comme le notre, renforcée par la Révolution dans tous les territoires et tous les secteurs de la création, se pose des défis sérieux en ce qui concerne la divulgation des options culturelles, dans l'orientation du public et dans l'établissement de hiérarchies qui agissent comme des paradigmes ou des références de développement.

De tels défis, présents depuis avant la révolution technologique sans qu'ils aient trouvé une solution définitive, obligent à une hiérarchisation qui privilégie nécessairement certaines actions et conditionne l'effort promotionnel. Placer la signification du fait culturel dans le centre de la promotion a résulté l'alternative la plus recommandable, loin des étoiles et des stridences auxquelles nous a habitué l'industrie culturelle, et surtout si on prend en considération non seulement le regard de l'émetteur, ce qui nous situerait dans une conception unidirectionnelle, mais cette autre qui considère divers facteurs et points de vue, entre lesquels se détachent celui que nous appelons communément la préférence, ceux en rapport avec le fil conducteur patrimonial et ceux relatifs aux intérêts collectifs ou communautaires, justement valorisés depuis 1955 par Lazerfeld en indiquant que « … l'efficacité des médias de masses… dérive plus des caractéristiques du système social dans lequel ils agissent, que du contenu des messages qu'ils diffusent. » (Vidal, 2002)

La scène virtuelle deviendrait par conséquent une solution additionnelle à la promotion culturelle, sans les limitations de l'espace des médias imprimés, consciente de son extraordinaire pouvoir de génération d'opinions et donc de la grande responsabilité quant à son emploi.

On apprécie des manques qui, sans ternir ce qui est atteint, doivent être mentionnés. Le travail éditorial, énorme dans sa prétention, vu les volumes informatifs traités journellement et leurs sources diverses, reste un peu en arrière en ce qui concerne l'utilisation des bontés technologiques pour promouvoir les réverbérations et étendre l'information. Toutefois, il y a une importante réalisation en ce qui concerne la politique éditoriale suivie pour les traductions, avec un accent pour montrer ces éléments connexes culturellement et plus proches aux respectifs contextes.

Nous voyons, par exemple, qu’il n’y a pratiquement pas de fait, de thème, d’événement dans la culture cubaine n’ayant pas d’abondantes références dans le Portail Cubarte, susceptibles d'être reliés ou d'être mentionnés au moyen de la ressource des articles. Plus encore, Cubarte, en tant que matrice originaire et scène plus universelle pourrait être plus prolixe en liens envers les autres portails culturels, sans crainte que l'internaute l'abandonne temporairement. Il y a un certain temps nous insistons déjà sur le fait que : « Il faut faire en sorte que le site ou la page soient mentionné ou aient des liens dans le plus grand nombre possible d'autres sites… » (Más Zabala, 2008), donc, chaque jour, nous sommes davantage obligés au travail en système et à découvrir les potentialités du travail en réseau, qui constitue la principale particularité et le plus grand actif de la révolution technologique.

Malgré notre condition insulaire, de compter avec une unique et bien conformée culture nationale, de disposer d'une politique culturelle dont les préceptes incarnent les plus importants intérêts du peuple, de disposer d'un système institutionnel organique, participatif et cohérent, et dont les moyens de diffusion sont la propriété étatique, auquel on ajoute un écheveau multiple de sites Web générés par les institutions et les territoires, Cuba n'est pas une clochette de cristal étrangère à l'influence globalisatrice, ni à la standardisation des canons artistiques et littéraires de peu de valeur, ni aux influences saines qui contribuent à articuler la création contemporaine, puisque « … la construction de la subjectivité contemporaine passe en grande mesure par les moyens de communication… » (Massuh, 2004)

Nous pourrions dire que l’important rôle de favoriser la « construction de la subjectivité » à travers l'activité promotionnelle de la création artistique et littéraire contemporaine, présente dans nos profondes racines culturelles, constitue la réalisation la plus importante de l'insertion de Cuba sur Internet. Toutefois, nous estimons que nous sommes seulement au début des grandes possibilités qui s’ouvrent pour un petit pays, avec des ressources matérielles limitées, mais avec un très important niveau de créativité et d’enracinement culturel.

Bibliographie

• Fischer, Hervé : Le Choc Numérique, p. : 54-55, maison d’édition Científico Técnica, La Havane, 2004

• Galeano, Eduardo : Hacia una sociedad de la incomunicación, revue Cine Cubano, nº 142, p.17, La Havane, 1998

• García Espinosa, Julio : ¿Cómo insertar las nuevas tecnologías en el cine?, Clic Internet, maison d’édition Pablo de la Torriente Brau, Cuba, 2003

• González-Manet, Enrique : ¿Cuáles son los inventos más importantes de la comunicación?

•González-Rozitchner-Kaufman-Massuh : ¿Qué es una política cultural y cuál es su relación con la cultura política?, revue Argumentos nº4, septembre 2004

• Ministère de la Culture : Rapport de Bilan Annuel, 2001 Programme de Développement de l'Informatique et des Communications dans la Culture 2002-2005, CEISIC, 2001

• Más Zabala, Carlos Alberto:

- Cuba facing the cultural challenge of globalization and technology of information, Conférence offerte lors du 2e Sommet FIAM, Pékin, 2004

- La culture cubaine conquiert Internet.

- A glance at the Cuban culture through its cultural portals, dans Digital Culture : The Changing Dynamics, Institute for International Relations, Zagreb 2008, p. 181-193, ISBN 978-053-6096-46-6

• UNESCO : La Science pour le XXIe Siècle : Une nouvelle vision et un cadre pour l'action.

• Vidal, José R. : MEDIOS Y PÚBLICOS, Un laberinto de relaciones y  mediaciones, La Havane, maison d’édition Pablo de la Torriente Brau, 2002