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À un demi-siècle de la création des Cinémas Mobiles à Cuba
Par Lisandra Romeo Matos Traduit par Alain de Cullant
Le Cinéma Mobile a présenté le meilleur de la cinématographie nationale et mondiale aux habitants des régions les plus éloignées de l'archipel cubain.
Illustration par : Agustín Hernández Carlos

Eugenio et María Dolores, paysans de pure souche, en terminant les tâches de chaque jour dans le champ et la maison respectivement, allumaient une bougie et s’asseyaient dans leur cabane en espérant qu’un miracle se produise.

Un chaud après-midi, ils ont aperçu un camion gris chargé de « cachivaches » (trucs) sur le chemin. Ils appelaient ainsi le groupe électrogène, le projecteur de 16 millimètres, les baffles et l’écran qui sont arrivé à « illuminer » les obscures nuits de la montagne où ils vivaient.

Cela se passait durant les derniers mois de l'année 1961. Le Cinéma Mobile arrivait dans les villages, les hameaux et les montagnes – où il n'y avait pas de salles de cinéma – pour y rester. Cette initiative, promue par Héctor García Mesa (1931-1990), alors fondateur et directeur de la Cinémathèque de Cuba, a célébré son 50e anniversaire le 27 septembre.

Le Cinéma Mobile, une des plus nobles idées après le triomphe de la Révolution Cubaine, a présenté le meilleur de la cinématographie nationale et mondiale aux habitants des régions les plus éloignées de l'archipel cubain.

Des films comme Ruée vers l’or, Le dictateur ou Chantons sous la pluie ont été projetés dans la campagne créole. À cela se sommait les titres cubains qui reflétaient les réalités du pays et de l'Amérique comme Historias de la Revolución, El joven rebelde, De la guerra americana, parmi de nombreux autres, tout cela uni aux documentaires et aux journaux qui ont élargi le listing de projections des cinémas mobiles.

Une enthousiaste légion de techniciens a fait partie de ce travail ardu, lesquels se sont convertis aussi bien en chauffeurs de véhicules, en muletiers ou en rameurs – en dépendance de la zone –, en opérateurs d'équipements de projection et en machinistes, ainsi qu’en présentateurs des matériels et des films dans les communautés, les écoles ou les campements.

Le projet admirable a non seulement constitué un exploit d’apporter le septième art jusqu'au fin fond de la nation, mais il est aussi devenu la seconde révolution culturelle menée à bien en moins de deux ans, après la Campagne d'Alphabétisation.   

Selon le critique de cinéma Armando Pérez Padrón dans sa publication Los Cines Móviles a casi  medio siglo de distancia, à la fin de 1962 les 32 premiers cinémas mobiles avaient réalisé plus de quatre mille projections, avec une participation d'environ un million de spectateurs, un chiffre qui a continué à croître. En 1968 il arrivait à 74 mille 220 projections et sept millions de spectateurs.

De sorte que le cinéma mobile s’est converti en une institution culturelle itinérante sous l'égide d'intégrer des millions de paysans de tous les âges qui n'avaient jamais vu le septième art, ni même imaginaient qu’une telle chose existait.

Ceux qui ont fait partie de ce travail admirable doivent encore se rappeler le regard soucieux de ces enfants et de ces adultes de la campagne qui ont vu pour la première fois une image se déplacer sur l'écran.