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Cuba : Territoire Libre d'Analphabétisme
Par Teresa Valenzuela Traduit par Alain de Cullant
À partir de ce moment Cuba est devenue une grande école ; tous ont embrassé pour toujours la connaissance qui est offerte solidairement jusqu'à nos jours à d'autres pays.
Illustration par : Agustín Hernández Carlos

Dès le début de la Campagne Nationale d'Alphabétisation en 1961, Alba Margarita Cortina Aguirre a intégré une des brigades pilotes dans les zones les plus isolées de la Ciénaga de Zapata, dans la province de Matanzas.

Après cinquante ans elle confesse qu’elle y avait été pour enseigner à ceux qui ne savaient ni lire ni écrire, toutefois, elle a appris beaucoup de la vie des paysans, de leur modestie, de leur simplicité et de la douceur avec laquelle ils l'ont traitée durant son séjour chez eux.

La brigadiste Conrado Benítez définit le 22 décembre 1961 comme le jour le plus important de sa jeunesse : c’est  elle qui a hissé le drapeau déclarant Cuba « Territoire Libre d'Analphabétisme » lors d’une cérémonie historique et publique sur la Place de la Révolution José Martí de La Havane.

Elle remémore avec émotion cet événement auquel ont pris part cent mille brigadistes, la majorité des adolescents, ainsi que des instituteurs populaires, des ouvriers et la population en général. 

Les souvenirs reviennent du temps de celle qui se voit de nouveau à l’âge de 16 ans au milieu de la multitude des alphabétisateurs qui, heureux, célèbrent le succès de l'épopée qui a apporté la connaissance jusqu'aux endroits les plus profonds de l'Île.

Elle raconte que ce jour elle a été appelée par certains compagnons à monter sur la Tribune de la Place de la Révolution, mais elle n’a jamais imaginé l'importante mission qu'elle jouerait. « J'ai ressenti une telle émotion quand Fidel, le leader historique de la Révolution, s'est approché de moi et qu’il m'a mis la main sur la tête, alors qu’il me demandait où j’avais alphabétisé ; j’étais si nerveuse que j’ai seulement réussi à lui dire que c’était dans la Ciénaga de Zapata ». 

Ses pensées reviennent et elle se sent une nouvelle fois émue ; les notes de l'Hymne National, ensuite le silence, et à continuation l'hymne de l'alphabétisation. C’est à ce moment que s'approchent deux membres de l'Armée Rebelle (1) et ils lui communiquent ce qu’elle ferait ensuite. « Ils m'ont aidée à hisser le drapeau qui était immensément grand, en plus il y avait beaucoup de vent ce jour-là ; je me rappelle que j’étais très inquiète, à la moitié de l'action j'ai continué seule jusqu'à ce qu’il soit en haut du mat, ce fut le moment historique où le pays a été déclaré territoire libre d'analphabétisme ».

L'expérience de l’alphabétisatrice Lilabati Díaz de Villaldilla a aussi été enrichissante, c’est elle qui a eu la responsabilité, le même 22 décembre, de parler au nom de cent mille brigadistes réunis sur la Place de la Révolution. 

Elle rappelle sa participation à la Campagne comme une des tâches le plus importantes de sa vie : « ce fut une mission de géants qui est revenue à ma génération, et les jeunes de cette époque ont répondu avec l'enthousiasme et le sérieux qu'elle exigeait, car c'était la parole de Fidel et du peuple dans l'Organisation des Nations Unies que l’on éliminerait l'analphabétisme à Cuba en un an : et la parole a été tenue ».

 

« J'ai alphabétisé cinq membres d'une famille pour laquelle j’ai aussi été une fille et eux mes parents. Ils combinaient la pêche avec les travaux des champs, dans l’ancien Centrale Delicias, une ville de Puerto Padre connue comme La Villa Azul de Cuba, située sur la côte nord de l'orient du pays, baignée par les eaux de l'océan Atlantique ».

« De ce moment historique sur la Place de la Révolution, le souvenir qui subsiste jusqu'à ce jour est la satisfaction que j’ai ressenti pour l'accomplissement du devoir, avoir apporter la lumière du savoir aux personnes illettrées qui vivaient abandonnées à leur sort avant le triomphe de la Révolution en 1959, ainsi que l'euphorie qui enivrait cette mer de jeunesse, disposée à accomplir n’importe quelle autre tâche qu'on leur assignerait. Un autre moment inoubliable a aussi été le moment de silence, de respect et d’admiration envers les brigadistes assassinés pendant la Campagne ».

L’historique discours prononcé alors par l'adolescente finissait ainsi : « Nous avons accompli notre plus grand désir, réaliser la plus chère aspiration, nous sommes réunis sur la Place de la Révolution pour dire à Fidel : nous avons accomplis, nous avons accomplis, nous ne t’avons pas déçu, nous avons vaincu, nous revenons meilleurs révolutionnaires. Nous serons ainsi, maintenant la jeunesse dit : Fidel, dis-nous quelle autre chose devons-nous faire : La Patrie ou la Mort : nous avons vaincu ».

Ce fut le ciment qui a permis au pays de compter, aujourd'hui, plus d’un million de professionnels qui ont offert durant toutes ces années leur apport dans diverses sphères contribuant à son développement. À partir de ce moment Cuba est devenue une grande école ; tous ont embrassé pour toujours la connaissance qui est offerte solidairement jusqu'à nos jours à d'autres pays.

Note :

(1) Armée de guérilleros organisée par Fidel Castro dans la Sierra Maestra qui a combattu la dictature de Fulgencio Batista.