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Roberto Chile : Afrodescendants- Guanabacoa – Cuba
Par Marcos Alfonso Traduit par Alain de Cullant
Creuset humain, alchimie des clairs-obscurs et de toute sa gamme d'ombres, tel est la terre de Guanabacoa et ses habitants singuliers.
Illustration par : La Havane en photos

Creuset humain, alchimie des clairs-obscurs et de toute sa gamme d'ombres, tel est la terre de Guanabacoa et ses habitants singuliers.

Fondé comme village le 12 juin 1554 par le Conseil municipal havanais et presque deux siècles plus tard désignée officiellement comme Ville, cette belle terre, avec la disparition des aborigènes, a servi de siège aux esclaves noirs destinés comme main d’œuvre dans les plantations de canne à sucre.

Guanabacoa est, par droit propre, la terre des personnes d'ascendance africaine.

L'audace, la joie, la passion, la ferveur, la nostalgie, la musicalité, l'appartenance, Guanabacoa est comme le voyage imaginaire dans un Paradis Spirituel que l'artiste de l'objectif Roberto Chile, réalisateur d'une grande œuvre documentaire et devenu photographe audacieux, nous donne dans cet exposition née de son cœur, plus que de son œil observateur.

Le sage cubain Don Fernando Ortiz a déclaré avec raison : « On a dit en de nombreuses occasions que Cuba est un creuset des éléments humains (…) Utilisons mieux un cubanisme métaphorique, et nous nous comprendrons mieux, plus rapidement et avec davantage de détails : Cuba est un ajiaco ».

Mais l'observateur pourrait faire valoir : qu'est-ce un ajiaco ? Car c'est le ragoût typique du peuple Taïno auquel les colonisateurs ont ajouté des ingrédients nouveaux, et qui a ensuite été enrichi avec les éléments de la cuisine africaine, aromatisé par les épices orientales ; atténué dans le temps par la causticité des français et achevé par la simplification du four anglo-saxon. Ainsi est le ragoût à Cuba. Aux dires de Don Fernando, il n'est pas fait de tout, mais en constante cuisson.

Dans cette exposition les images sont éloquentes : Le prêtre nonagénaire des religions cubaines d'origine africaine, Enriquito Hernández, le notable chanteur Miguel Angel, Aspirina, avec ses 86 ans, des hommes de quartier comme Gilberto, avec des yeux perçants et une barbe, ou les nouvelles valeurs de la culture, comme celle qui nous donne le feu. Ils montrent aussi le boulanger chaste avec leur œuvre virginale sortie du four et le regard perçant et tendre de la petite mulâtresse à la porte.

C'est Guanabacoa et tout Cuba avec son recueil de proverbes biblique, qui prie : Ici celui qui n'a pas du Congo, a du carabalí !

L'expédition visuelle nous emmène par les détours inimaginables de la Ville de Pepe Antonio, comme on le connaît aussi à Guabanacoa, il nous comble de cet esprit chimérique : l'authenticité et la décontraction apparaissent comme une toile de fond dans la diaspora forcée de ces premiers hommes qui, avec leur fardeau de rêves et de coutumes, ont été imposés sur ces terres et survivent, fixés dans leurs racines, à travers les générations successives. Le mystère des images nous révèle des prophéties transformées en visages, des regards furtifs ou des sourires perçants. Nous sommes tout cela.

Les personnes d'ascendance africaines révèlent l'éthique des hommes et des femmes qui, depuis leur époque, ont su se superposer à la discrimination et aux préjugés, aux attaques et à la douleur, et elles se sont insérées dans laquelle elles ont vécu sans la moindre espérance de retour.

Chaque jour, chaque heure, chaque minute, ils arrivent une seule fois dans la vie. Ces moments intimes, précis, exclusifs, maintenant devant nos regards curieux, passeront à la postérité comme une partie de l'histoire de Guanabacoa, un lieu unique.

En dépoussiérant les ancêtres, les notre aussi, on offre les condiments de l'existence : les vieilles histoires et les clés des anciennes énigmes. Le temps, éternel mutant, paraît s'arrêter pour ensuite continuer sa marche impénitente.

L'exposition « Afrodescendientes, Guanabacoa - Cuba », est un divin cadeau de choses simples, tissées depuis l'intérieur de l'optique rigoureuse de l'orfèvre, porteuses d'une immense passion humaine.