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Lectures françaises de José Martí : Le Roman d’un jeune homme pauvre, par Octave Feuillet (XVI)
Par Carmen Suárez León Traduit par Alain de Cullant
C’était un roman très populaire publié par demande, écrit en prose élégante et racontant l’histoire du jeune aristocrate dont la famille ruinée le laisse dans la misère et, sous un faux nom.
Illustration par : artistes cubains

À la fin d’un article enthousiaste du roman L’abbé Constantin, de Ludovic Halévy, sorti des presses en ces jours de 1882, José Martí apporte à ce présent un roman publié par Octave Feuillet ayant le même thème, plusieurs années plus tôt, en 1859, et il écrit :

Feuillet a fait un beau livre, ayant un même sujet, s’appelant Le roman d’un jeune homme pauvre, et c’est un beau bijou, qui ne devrait pas être dans les bibliothèques mais chez les bijoutiers ! Comme de délicates stries de couleurs tintent les feuilles des jonquilles pâles, il y a des scènes si délicates, des phrases inoubliables, des énergies poignantes dans le livre sain de Feuillet (1).

Et il décrit ce roman réaliste de ton romantique comme un « livre sain », qui promeut des valeurs positives et conduit à une bonne fin, soulignant le destin digne et pacifique des hommes qui se conduisent bien. Son auteur, Octave Feuillet (1821-1890), était un écrivain et dramaturge Français qui a été appelé le « Musset des familles » pour la beauté de sa prose et pour ses thèmes où le bien triomphe toujours. Comparant son style à celui des Goncourt, il observe avec sagacité :

Goncourt, comme Feuillet, écrit avec un gant blanc : mais je n’imagine pas, comme Feuillet, des créatures énormes ou nuageuses, vagues comme la mousse dans laquelle il les taille ; ce n’est pas, comme Feuillet, exaltant et compatissant, qui ne trouve aucune joie ou usage dans l’exagération de la bonté humaine, car si l’on n’enseigne pas le mal à l’homme, il ne pourra pas s’en prévaloir, ni exagérer la méchanceté des hommes, car ils ne viennent pas mourir d’effroi, pour voir tout impur (2).

À l’époque, c’était un roman très populaire publié par demande, écrit en prose élégante et racontant l’histoire du jeune aristocrate dont la famille ruinée le laisse dans la misère et, sous un faux nom, il commence à travailler comme intendant dans une maison riche, où il finira marié à l’héritière. L’histoire a son charme dans la représentation des figures féminines et dans sa pénétration psychologique des personnages de la haute société de son temps, ce qui lui a valu un grand nombre de lecteurs. Ce roman a continué à être publié à ce jour, il a été porté au cinéma et à la télévision. En 1927, il a été filmé, en cinéma muet, sous la direction de Gaston Ravel et, en 1957, le film a été tourné en noir et blanc, dirigé selon son scénario par Abel Gance.

Maxime Odiot, marquis de Champcey d’Hauterive, le protagoniste sous pseudonyme, tombe amoureux de Marguerite Laroque d’Arx, l’héritière de la riche famille où il travaille. Vraisemblablement, toute l’intrigue est tissée autour des obstacles et des malentendus qui surgissent et se terminent par la révélation que la richesse des Laroque lui appartient, ce qui déclenche une fin heureuse.

Octave Feuillet est également l’auteur du roman Monsieur de Camors (1867) dont Julian del Casal a pris le nom comme pseudonyme pour l’écriture de ses chroniques. Mais dans ce cas, ce que l’auteur raconte, est la vie d’un libertin possédé par l’angoisse et les remords, qui finit par se suicider.

 

Notes :

1 – José Martí. Obras completas. La Havane, maison dedition Ciencias Sociales, 1975, tome 14, page 449

2 – Ibidem.