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Alberto Granado Duque : Nous sommes tous d'ascendance africaine
Par Susana Méndez Traduit par Alain de Cullant
Le Musée Maison de l'Afrique a pour but de promouvoir la culture de l'Afrique Subsaharienne et le sauvetage des traditions d'origine africaine dans la formation de l'identité cubaine.
Illustration par : La Havane en photos

Le Musée Maison de l'Afrique, fondé le 6 janvier 1986, est le premier organisme de son type à Cuba et en Amérique, il a pour but de promouvoir la culture de l'Afrique Subsaharienne et le sauvetage des traditions d'origine africaine dans la formation de l'identité cubaine ainsi que d'étendre la connaissance culturelle et artistique sur ce continent.

Le montage de la collection personnelle de don Fernando Ortiz et d'un groupe d'importantes pièces ethnographiques est conçu à partir d'une base anthropologique et pédagogique, entre lesquelles on souligne celles en rapport avec l'esclavage à Cuba et l’ethnologie religieuse, des statues en bois et en ivoires, des masques, des textiles, des costumes et des instruments de musique : plus de deux mille objets associés à plus de 25 nations africaines.

Les activités que l'institution réalise avec la communauté, fondamentalement avec les enfants et les personnes du troisième âge, résultent d'un grand impact social. La Maison de l'Afrique développe également un grand travail de recherche et académique avec des événements, des cours et des ateliers et d'importantes actions de sauvetage et de préservation du patrimoine.

Le 60e anniversaire de la création du Bureau Régional de l'UNESCO à Cuba a été célébré dans cette institution, sur celui-ci et d'autres thèmes propres de la mission du Musée Maison de l'Afrique nous conversons avec son directeur Alberto Granado Duque.

Pourquoi a-t-on célébré le 60e anniversaire de la création du Bureau Régional de l'UNESCO à Cuba dans la Maison de l'Afrique ?

Nous avons célébré un anniversaire de plus de la création du Bureau Régional de l'UNESCO à Cuba, ayant comme date officielle les 24 février, en profitant que cette année a été déclarée Année Internationale des Personnes d'Ascendance Africaine ; la Maison de l'Afrique a voulu rendre hommage à ce bureau pour les grands liens qu'elle a maintenus avec le processus de restauration que mène à bien le Bureau de l'Historien de la Ville.

Lors des derniers temps, le bureau de l'UNESCO a aussi développé une étroite relation avec notre institution à travers le projet de la Route de l'Esclave, dont la commission nationale, que Miguel Barnet et Jesús Guanche dirigent et coordonnent respectivement, a son siège de travail ici, nous nous réunissons une fois par mois pour évaluer le travail des différents groupes qui ont été créés à ce propos.

Le 6 janvier dernier la Maison de l'Afrique a fêté son 25e anniversaire et nous avons reçu l'appui et la collaboration de l'UNESCO pour cette célébration, la maison n'est pas inaugurée à cette date par hasard puisque ce jour est celui où les esclaves ne travaillaient pas apparemment, et je dis apparentement car tous ne pouvaient pas sortir dans les rues, mais ce jour l'esclavage prenait des caractéristiques différentes, on réalisait une grande fête de l'africanité, ce qui n'était rien de plus que le processus de résistance culturelle que les Africains ont transmis de génération en génération.

Toutes les ans nous fêtons cette date mais en n'imitant pas ce que faisaient les Africains et leurs descendants au XIXe siècle, mais nous essayons de démontrer que quelque chose est apparu de manière spontanée, permis premièrement par les autorités espagnoles et interdit ensuite. Cette fête s'est maintenue vivante dans l'imaginaire populaire ce pourquoi, de nos jours, quand nous sortons dans les rues ce jour en jouant le tambour, avec Ireme dansant, les Congos dansant, les divinités avec leur vêtement et les attributs, le peuple se somme spontanément à cette fête traditionnelle, si enracinée.

Cette année la maison a dédié spécifiquement son projet socioculturel au 130e anniversaire de la naissance de don Fernando Ortiz, pour avoir été le pionnier des études de l'influence de la culture africaine dans notre pays, des études qui ont déterminé l'évolution de sa pensée quant à la vision du Noir sur un tel point, arrivant à dire que Cuba sans l'Afrique ne serait pas Cuba.

Selon vous, quelle est l'importance que l'année 2011 ait été déclarée par l'UNESCO comme l'Année Internationale des Personnes d'Ascendance Africaine ?

Je crois que pour la planète il est clair que nous sommes tous, d'une façon ou d'une autre, des personnes d'ascendance africaine, que nous le voulions ou pas, et je crois qu'il est important de rendre visible la présence africaine dans de nombreux endroits même où cela ne se voit pas encore. Il faut reconnaître et remercier tout ce qu'a donné l'Afrique à cette partie de la planète et, dans le cas de Cuba en particulier, où on a travaillé et on a avancé beaucoup durant les dernières années, bien que je pense que nous devons continuer à travailler, nous devons démontrer comment le Cubain se sent d'ascendance africaine indépendamment de la couleur de la peau ; nous sommes culturellement des ascendants africain car nous portons à l'Afrique en nous, quand nous sentons le tambour, par la manière de marcher, par la façon de parler, dans la sociabilité. Globalement il est important, et particulièrement pour les futures générations, de faire parvenir la transcendance de la culture africaine dans la composition de notre identité culturelle.

Comment la Maison de l'Afrique s'insère-t-elle dans le débat social sur les races actuellement à Cuba ?

La Maison de l'Afrique est un musée et par conséquent sa fonction principale est d'exposer ses collections pour démontrer au monde l'importance de la culture africaine, je ne dis de l'art, je dis de la culture, mais elle a aussi des espaces académiques où sont débattus et discutés ces thèmes, mais nous essayons fondamentalement d'appliquer une vision contemporaine du musée et ainsi nous convertissons de nombreux espaces et activités que nous avons en actions didactiques pour instruire dans ce sens, c'est-à-dire, plus qu'un forum de débats _ que nous avons aussi – nous travaillons avec les projets que nous offre le Bureau de l'Historien, comme c'est le cas pour le projet des salles de classe musées, où passent des groupes d'enfants de primaire recevant leurs classes ici pendant l'année et, en ce moment, nous commençons à leur enseigner la culture africaine car il y a une ignorance en un tel sens. 

Quand ils arrivent nous faisons des travaux pratiques, nous leur parlons des empires de l'Afrique et ensuite nous leur demandons qu'ils les dessinent, alors ils veulent représenter les rois africains comme les occidentaux, ce qui démontre la vision occidentale que nous avons sur ceci et là commence notre travail, faire changer la mentalité de ces enfants qui en définitive seront le futur. Nous croyons que l'on ne peut pas effacer la pensée discriminatoire par décret mais il faut le faire à travers une éducation continue, qui est le travail que nous réalisons.

Nous lions aussi des personnes du troisième âge à notre institution, en leur donnant l'importance qu'elles ont dans les cultures africaines et en les mettant en rapport avec le travail avec les enfants et les jeunes qui sont constamment dans nos activités et, de cette manière, je crois que nous contribuons différemment, avec un style éducatif, aux débats sociaux sur le thème racial qui sont développés dans notre pays actuellement.