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Le centenaire de José Antonio Portuondo
Par Salvador Arias García Traduit par Alain de Cullant
L'année 2011 marque le centenaire de José Antonio Portuondo, professeur, essayiste, diplomate et dirigeant culturel, né à Santiago de Cuba le 10 novembre 1911.
Illustration par : La Havane en photos

L'année 2011 marque le centenaire de José Antonio Portuondo, professeur, essayiste, diplomate et dirigeant culturel, né à Santiago de Cuba le 10 novembre 1911. On pourrait essayer de synthétiser une caractérisation rapide de son œuvre et de sa personnalité en quelques adjectivations précises. Par exemple, on peut dire qu'il a été un convaincu et un exemplaire martiano et nous affirmerons un des facteurs clef de sa vie et de son œuvre, avec tout ce qu'a signifié sa dévotion envers le Héros National de Cuba, dont la connaissance plus intégrale doit beaucoup aux passionnées et rigoureuses recherches de Portuondo qui, comme bon disciple du Maître, a su souligner aussi ses empreints dans le royaume de ce monde par les chemins qu'il avait tracé.

On peut dire aussi que José Antonio Portuondo a été un conscient marxiste-léniniste et nous affirmerons aussi une grande vérité « pour celui qui a été un militant lucide, qui a su mettre ses meilleures ressources intellectuelles et pratiques pour les causes les plus nobles, d'abord depuis le risque de la lutte contre le pouvoir et ensuite, après 1959, depuis ce pouvoir où il a su porter à la pratique des projets rénovateurs et basiques.

Professeur dans des universités cubaines et étrangères, au Mexique et aux Etats-Unis, a été surtout directeur de l'Université de Oriente. Comme diplomate, il a représenté Cuba au Mexique et au Vatican. Parmi son vaste et fructueux travail, impossible de résumer en quelques lignes, on souligne la création de l'Institut de Littérature et de Linguistique, qui porte son nom aujourd'hui, où un groupe de chercheurs a été formé avec lesquels, parmi d'autres réalisations, il est parvenu à élaborer des textes essentiels sous sa direction comme Diccionario de la literatura cubana et La Historia de la literatura cubana en trois tomes.

Mais si José Antonio Portuondo est justement défini dans les qualifications mentionnées de martiano et de marxiste-léniniste, nous ne croyons pas que ceci complète le legs qu'il nous a laissé. S'il s'est développé dans les doctrines idéologiques et les pratiques militants qui lui ont offert des positions d'avant-garde en son temps, Portuondo se place surtout dans cet humanisme conscient qui a emmené l'homme vers le futur, vers la recherche d'une vie plus pleine, un mouvement qui depuis les temps préhistoriques des cavernes jusqu'à nos jours hautement technicisés, la foi en l'homme et en son surpassement.

Aujourd'hui plus que jamais, quand à l'aube d'un nouveau siècle les crises indiscutables de la croissance mondiale remplient de doutes et de désespérances certaines couches, il faudra continuer à sauver la culture dans sa possibilité comme meilleur instrument pour atteindre la plénitude humaine. Dans le sens de la véritable connaissance de la culture de la complète sensibilité pour nous insérer dans l'environnement naturel et social, non pas pour les isolements, les faussetés et les trahisons envers la dignité et l’intellect qui font oublier notre plus substantielle essence, mais dans l'amour, dans le travail, dans le sacrifie.

C'est pourquoi j'ose simplifier le grand exemple de Portuondo en deux mots très simples, mais que nous devons comprendre dans toute leur profondeur. D'abord, un homme, en ce sens que Martí a su nous léguer si clairement avec toute sa charge de dignité et de constance dans la pensée et l'action. Un homme de son époque, dans le moment quotidien ou transcendantal. Sans mesquineries, tromperies, arrivismes ou prostitutions, humble et courageux devant le défi que la vie impose.

Et deuxièmement, cultivé, dans toute sa dimension, qui soutient précisément le développement de l'homme et qui signifie l'étude, la connaissance, la rigueur devant les possibilités de intellect et du savoir être de son temps, informé et capable de prendre parti pour les causes les plus nobles, celles pouvant nous servir au bénéfice le plus plein dans ce monde où nous vivons, au-delà des exploitations et des misères.

Pendant toute sa vie, José Antonio Portuondo a été, comme il voulait et avec ses mêmes mots, « dans l'entaille chaude et déchirée des faits que deviennent » et il a été l'acteur engagé « dans le processus dramatique de sa nation et dans lequel vit le monde ». Chercheur et propagandiste constant du processus littéraire cubain, auquel il a apporté des valorisations fondamentales, sa vision mûre lui a permis de lier avec succès des œuvres, des personnalités et une tendance à tout le processus national. Il a prêté un intérêt particulier aux problèmes de la périodisation de la littérature cubaine, avec une utilisation critique et flexible de la méthode générationnelle. Pour ne pas oublier son en rien traditionnel concept de la littéraire, qui le poussait à étudier des aspects comme le roman policier ou l'importance de la mode. 

Dans ses mains l'essai a été un moyen précis, communicatif, avec une prose qui ne se perd pas en chimériques songeries et qui nous livre des concepts rénovateurs de façon agréable, que nous savons produit de solides bases théoriques. C'est pour cette raison, quand Portuondo nous parle de personnalités ou de moments de la littérature, avec la juste valorisation critique, le lecteur saisit aussi la chaude dimension humaine de ce qui est traité. Maître de plus d'une génération de spécialistes de la littérature, nous avons eu la chance de recevoir la transmission féconde et « socratique » de ses savoirs, que nous rappelons reconnaissants en commémorant son centenaire.