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Les déesses de Giulio
Par Jorge Luis Rodríguez Aguilar Traduit par Alain de Cullant
Giulio Gioia est un sculpteur passionné, diplômé de l’Académie des Beaux-arts de Brera.
Illustration par : Giulio Gioia

Un visage est dessiné dans une ligne infinie sur un fond gestuel chromatique. La couleur se projette peut-être avec un ou deux mélanges purs, fait allusion à une coïncidence vibrante après avoir assumé la richesse sémantique du signe sur lequel il dialogue. Ensuite, le titre rappelle un nom connu et le processus d’interprétation commence.

L’art et la religion ont toujours été liés de façon symbiotique, de la même manière qu’ils ont conditionné la vie de tous les hommes. Pendant plus de 2700 ans, le panthéon religieux et mythologique gréco-romain a favorisé une nouvelle culture qui a transité à partir du paganisme raffiné, conciliatoire et inclusif, proscrit des siècles plus tard par le christianisme primitif et dogmatique, vers les multiplications les plus variés des saints de l’iconographie catholique, postérieur.

Au fil des ans, la vieille dévotion a expiré et sa présence s’est éteinte pour rester comme un simple souvenir d’un temps passé, des fables, des contes et des histoires merveilleuses de héros et des dieux - certains naïfs contre d’autres belligérants - pleins de morales, que chaque enfant vénère dans le silence de la nuit, peu importe ce que l’autre religion lui impose par ses parents ou la société.

Mais aucun de ces dieux initiaux n’est mort. Ils n’ont pas été perdus dans l’oubli ou la mémoire, car ils ont été conservés dans l’ADN des hommes et de l’Histoire. La Renaissance les a réveillés d’une brève léthargie et, depuis lors, ils ont su coexister intelligemment entre les mortels et d’innombrables divinités contre lesquelles ils ne sont pas en concurrence, car ce n’est plus leur temps et ils ne prétendent pas prouver quoi que ce soit : ils sont toujours heureux au sommet du mont Olympe qui, pour eux, reste le plus élevé dans le monde.

Cela est rappelé par les centaines de chefs-d’œuvre faisant allusion à leur présence. Cela est révélé par les nombreuses réinterprétations qui ont été faites à leur sujet, parce qu’ils n’ont jamais disparu. Et comme ils sont des dieux, ils sont là, de la même manière que les africains et les mésoaméricains qui ont refusé de mourir sous la croix de Dieu. Ils sont toujours présents et, de quelque part, ils nous regardent.

Pour Giulio Gioia (Piacenza, 1945), un sculpteur passionné, diplômé de l’Académie des Beaux-arts de Brera, le retour à la peinture n’est pas un caprice ou une simple coïncidence ; c’est une nécessité vitale qui se manifeste de la manière la plus authentique possible. Son œuvre n’est pas seulement rappelé par ses danseuses, en hommage au Ballet National de Cuba, ou à ses plats en céramique exubérants, où la force de la mer qui éclabousse le Malecón est présente avec les cerfs-volants dans le ciel. Il y a aussi ses paysages avec des vignobles, ses champs de maïs ou de blé et ses constants portraits expérimentaux sur la femme cubaine, desquels émanent les premières impressions de sa nouvelle série.

Pour lui, ses diosas (déesses) sont une nouvelle rencontre avec une histoire absente, mais pas oubliée. Chacun de ces visages est le connecteur avec une religion transculturée, toujours vivante et revitalisée par la netteté du tracé, une ligne simple qui borde et contourne les figures, et l’audace d’une couleur pure, parfois gestuelle, qui interrompt sur la toile quand il n’y a pas besoin d’en mettre plus. Elles sont la force nécessaire pour narrer l’histoire, car elles captivent avec leur beauté, réjouissent et réconfortent dans les jours les plus terribles, comme l’a fait Diane ou Vesta ; car elles peuvent être redoutées et déterminantes comme Bellone ou parce qu’elles sont l’expression la plus authentique de l’intelligence, de l’amour et de la douceur, comme Minerve et Vénus.

Sa peinture est expressive. Elle rappelle le croquis d’une sculpture ou l’essai des dessins érotiques de Matisse ou les portraits intrépides de Gauguin et de Wesselmann. Elle est forte et puissante, même depuis le nettoiement d’une ligne qui se cache ; parfois, sous la couleur, avec toutes les intentions. Elle porte la charge gestuelle qui imprime l’immédiateté, la promptitude qui l’oblige à finir chaque peinture d’une séance, après peu d’actions, parce que ne sont pas des peintures pour se recréer dans le détail, mais dans la force de sa vivacité et de sa déclaration.

Les jours viendront où nous pourrons admirer, au côté de celles-ci, d’autres déesses que Giulio liera avec la rétro photographie, dans cette entreprise de ne pas se lasser de l’expérience de nouvelles solutions créatives. Pour lui, le symbolique cesse d’avoir de la force quand il devient une séquence répétitive, car il perd sa nature identificatoire. C’est peut-être la meilleure réponse à chacune de ses incursions comme peintre, céramiste, joaillier et sculpteur car, comme ses déesses, il n’oublie pas.