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Coki Santander : potière de lignée
Par Carlos Luis Sotolongo Puig Traduit par Alain de Cullant
La première et la seule femme potière de la famille Santander, à Trinidad jusqu'à présent.
Illustration par : Leonardo Luis Roque

Sa première pièce à peine réalisée - un panier pour ranger les objets de l'école - Neydis Mesa (Coki) Santander est devenue une nouvelle. « Sa vocation est très ferme, elle a une facilité naturelle, elle invente ses modèles et détermine parmi ses pièces quelles sont les meilleurs à « cuire » (...) », a écrit la journaliste Mary Ruiz de Zárate dans l’article La pequeña alfarera (La petite potière), publié dans la revue Bohemia en 1977.

Peut-être, en la voyant devant le tour, que le père de la petite fille a construit pour nourrir son don, la journaliste a déjà prédit que Coki, « (...) Dans son empressement à travailler (...), devançant le temps (...), en possession des techniques et avec une vision artistique de ses contemporains, doit élever le contenu de l'ancien atelier de ses ancêtres. Et elle cessera d'être une promesse (...) ».

À plus de 30 ans de cette prophétie, Coki se définit comme la même petite fille éblouie quand ses mains touchent l'argile. Maintenant que Trinidad se dresse comme cette ville mythique de 505 ans, ayant reçus récemment le statut de Ville Artisanale par l'UNESCO, son atelier-studio attire des milliers de touristes venant dans la Ville Musée à la recherche de « la femme potière ».

Loin de toute pose, les visiteurs voient une femme devant le tour, façonnant l’argile pour créer des merveilles, une femme à qui l'argile réveille le souvenir de son grand-père, la genèse de l'éblouissement.

« Il s'appelait Rogelio Santander Durán. Il a appris de mon arrière-grand-père Rogelio Secundino Santander Ortega, qui, à son tour, a hérité le métier de son père, Modesto Santander, fondateur d'une petite fabrique, avec un tour en bois très rudimentaire, dans la périphérie de Trinidad, en 1892 ; les débuts de cette famille qui a toujours été marquée par l’argile.

Mon grand-père était et est mon paradigme, même s'il est décédé il y a 10 ans. Il travaillait de cinq heures du matin à quatre heures de l'après-midi. Il était capable de faire 69 tinajas (grandes jarres) de 40 pouces de haut en une journée, faisant tourner le tour avec son pied. Etant enfant, il m’a dit que mon avenir était dans la poterie. Il avait le dévouement qu'aucun de mes oncles n'a montré quand il m'a vu avec une petite boule d’argile dans les mains ».

Elle raconte comment elle emportait un morceau d'argile dans son sac pour le modeler dans la salle de classe, les soirs où, à la droite de son maître potier, les lézards naïfs, les papillons, les petites tortues…gagnaient en perfection ; des jours dans l'école secondaire, quand elle s’est éloignée de l’argile et du retour définitif, une fois dans le pré universitaire, à l'univers de la céramique, jusqu'à nos jours.

« Je suis devenue la première et la seule femme de ma famille, jusqu'à présent, dédiée à ces tâches. Ensuite j'ai rejoint l'Association des Artistes Artisans de Cuba (ACAA) de Trinidad, en 1994, un moment qui a définit ma consolidation artistique ».

Puis vint la lutte contre les stigmates.

« Je dois toujours remercier le soutien de ma mère et de mon père. J'ai dû faire face à tout. « Tu veux être couverte d’argile ? » me disaient-ils tout le temps. Si j'avais été emporté par les préjugés, je serais folle aujourd'hui. Cette bataille n'est pas encore finie car les gens ne comprennent pas que cette tâche ne soustrait pas la féminité. Je me sens femme avant tout. En fait, nous avons une sensibilité qui enrichit les pièces. Ce n'est pas le féminisme, c'est un fait, bien qu'il soit difficile de l'accepter pour beaucoup ».

Ainsi, le patio de la maison de Coki, situé dans la même rue où leurs ancêtres ont fondé la lignée de l’argile, est devenu l'atelier où ses neveux et les petits du quartier se donnent rendez-vous pour créer ; site qui, avec le passage du temps, est devenu le siège du projet « Alfareros de Vizcaya » (Potiers de Vizcaya), visant à éveiller l'amour pour le métier chez les enfants de la périphérie.

Déterminée à ne pas succomber aux stéréotypes imposés par le tourisme, Coki ne renonce pas à ses essences.

« Je continue avec mes animaux, mes plats avec des peintures précolombiennes, en essayant de maintenir l'équilibre entre la recherche des haricots et la réalisation spirituelle. Avouons-le : je dois faire les vaisselles traditionnelles, reproduire la tour de Manaca Iznaga..., mais j'évite que ceci me consomme. Vous ne parle pas avec la super artiste de la famille Santander, mais avec celle qui a essayé de développer un style propre pour marquer la différence. Je me sens bénie parce que j’ai su trouver le chemin, sans cesser de faire le pot de fleurs et le vase de mon grand-père ou la múcura de mon arrière-grand-père.