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La statue équestre d'Ignacio Agramonte y Loynaz
Par Miozotis Fabelo Pinares Traduit par Alain de Cullant
Le cheval, la posture d’Agramonte, les détails du revolver, de l'épée, se démarquent ainsi que les autres allégories qui entourent le monument, comme la figure féminine représentant la Liberté du peuple, que nous avons hérité de la Révolution Française.
Illustration par : Antonio Vidal

Depuis huit heures du matin du 24 février de 1912, le public remplit les côtés et les accès du Parc Agramonte, alors que la Fanfare Municipale interprète plusieurs mélodies....

En face, dans les salons du Liceo, son balcon orné avec les couleurs du drapeau national, les personnalités et les invités attendent le début de la cérémonie.

Là se trouvent les généraux Javier de la Vega, Lope Recio Loynaz, Maximiliano Ramos et Eugenio Sánchez Agramonte. Les deux premiers, anciens chefs du Troisième Corps de l'Armée de Camagüey.

À neuf heures, la cérémonie commence avec les cloches de l'église Mayor, adjacente au parc, et la Sonnerie aux Morts, par Juan Antonio Avilés, le clairon qui a servi sous les ordres du Major Général Ignacio Agramonte, à Jimaguayu. Ensuite, la Fanfare de la Caserne Générale, sous la direction de José Marín Varona, exécute l'Hymne National.

Le récit continue : « Le monument est enveloppé dans un énorme drapeau cubain, une vénérable ancienne tire le cordon qui noue le pavillon de l'étoile solitaire. Le bronze brille au soleil et la femme, émue, s'évanouit, tant la ressemblance est frappante », dit l’article de cette époque…

Cette vieille dame est Amalia Simoni Argilagos, la veuve du Mayor. Au-delà du temps, de la mort, là est son idolâtré Ignacio…

« Adieu, mon Amalia ; Même après la mort, tu aimeras ton Ignacio ».

Marcos Tamames Henderson, auteur du livre De la Plaza de Armas al Parque Agramonte, dit qu’Amalia était ce jour dans le parc Agramonte, très proche de son amie Aurelia Castillo de González :

« Bien que nous n'ayons pas trouvé de documents pour confirmer les détails de la cérémonie, Amalia, qui meurt à peine six ans après l'inauguration de la sculpture, a souffert de l'angoisse et certains disent qu’elle s’est évanouie. Je pense que cela a pu parfaitement arrivé, et si nous considérons que les légendes et les traditions font partie de l’histoire d'une localité, cette histoire est parfaitement crédible. Le matin du 24 février 1912, la vérité est qu’Amalia Simoni, la veuve du Mayor, et l’amie des deux, Aurelia Castillo, étaient là ».

Les chroniques de l’époque disent que les applaudissements des présents et le carillon des cloches des églises de la ville ont interrompu ce moment de silence particulier, quand Amalia a dévoilé la statue équestre de son Ignacio.

Art et architecture dans le Parc Agramonte

La forme et la beauté de l'œuvre sculpturale, à partir de ce moment, révolutionnent l'espace de la place, appelée avant, Plaza de Armas ou Plaza de la Iglesia Mayor, ensuite Plaza de la Constitución, Plaza del Recreo, et aussi de la Reina, en hommage à la Reine Isabel ; jusqu'au 1899, quand elle prend son nom actuel de Parque Agramonte.

Tamames Henderson explique : « La première proposition signale le Casino Campestre comme un lieu pour le placement de la sculpture, car il est considéré comme le site du progrès, du développement futur, comme un symbole de la modernité ; mais, il est alors considéré que le centre de la vieille ville devrait compté une sculpture de cette ampleur. Bien que le parc ait de très petites dimensions, il est décidé de placer la sculpture dans son centre.

Cela a donc entraîné un changement dans l'espace du parc : la fermeture du Callejón de la Mayor, afin d’étendre l’aire jusqu’à l'église, provoquant la modification planimétrique de l'espace, afin de ne pas dépouiller le centre de la ville du symbole des habitants de Camagüey ».

Quelques données historiques :

En 1902, la Société Santa Cecilia, et son directeur Raúl Lamar, avec l'autorisation préalable du gouvernement, ont promu un concours pour faire un monument à Ignacio Agramonte. L'appel est arrivé au Mexique, en Espagne, en Italie et à Cuba. Plusieurs projets sont présentés, parmi lesquels est sélectionné celui de l'Italien Salvatore Buemi, pour être le plus proche des exigences requises, mettant l'accent sur la nécessité d'une sculpture néoclassique, c'est à dire soulignant la perfection de la figuration humaine, et fait de granit et de bronze.

« Le cheval, la posture d’Agramonte, les détails du revolver, de l'épée, se démarquent, ces éléments suivent fidèlement les exigences du jury, qui connaît la figure honorée, ainsi que les autres allégories qui entourent le monument, comme la figure féminine représentant la Liberté du peuple, que nous avons hérité de la Révolution Française.

Cependant, suite au projet initial, les barricades sont supprimées, dans le style de la lutte en France ou en Europe, car la guerre des Cubains avait été à la machette. Et je pense qu'il est également important que la sculpture a été entourée, au fil du temps, par une série de plaques qui se somment à l'histoire de Camagüey ».

L'ensemble sculptural compte des hauts-reliefs sur les côtés, représentant l'organisation de la cavalerie sur le côté droit et, à gauche, le sauvetage de Sanguily, avec tous ceux qui y ont participé ; l'hommage à Francisco Agüero et Andrés Sánchez, et un autre, qui reconnaît le promoteur de l'œuvre. Mais, il reste un côté vide, et nous espérons qu’ici on rappelle les noirs qui ont été pendus sur la Plaza Mayor, pour suivre la conspiration d’Aponte.

L’œuvre artistique

L'ensemble sculptural, de granit rose de Bavenam, est composé de trois bases superposées, de style gréco-romain, où reposent quatre pièces de bronze formant le cadre, la base de la statue équestre d'El Mayor.

La sculpture, également en bronze, avec le visage levé regardant vers l’orient et la machette brandie dans sa main droite, dans l'attitude de commandement, élégant, énergique et serein, représente le Héros de Camagüey.

La première pierre a été placée le 20 mai 1902 ; les projets présentés ont été discutés en 1910 et celui du sculpteur italien Salvatore Buemi est sélectionné. Le monument a été élaboré à Rome, apporté en morceaux à Cuba et armé à Camagüey, sous la direction du sculpteur lui-même.

Le 15 février 1912, dans l'après-midi, le monument a été transféré sur une plate-forme de l’Empresa Tranvía Eléctrico jusqu’au Parc Agramonte.

Les pièces étaient en trois paquets et le parc, rempli par le public extatique, contemplant l'œuvre d'art.

L'hôtel de ville de la ville de Camagüey a déclaré trois jours de festivités pour l'inauguration de la statue. Le 23 février, un comité de dames et de messieurs est allé à la gare ferroviaire pour recevoir les invités de La Havane.

Le 24 février 1912, le monument au plus illustre des Camagüeyanos, le Major Général Ignacio Agramonte y Loynaz, le premier à être érigé à Cuba, est inauguré.

La sculpture équestre représente le Major incitant le combat. Et les spécialistes soulignent : « Il faut se rappeler qu'à l’époque où le monument a été fait, il a été tenu pour acquis qu’Agramonte avait été blessé au combat et tué plus tard par les espagnols : une raison pour laquelle le cheval a symboliquement une seule jambe levée ».

Des études ultérieures montrent que le Major est mort durant le combat, donc, selon les règles, le cheval devrait avoir les deux jambes levées.

Le sauvetage et la conservation du patrimoine historique et culturel

À 85 ans de l'inauguration de l'ensemble sculptural dédié à Ignacio Agramonte y Loynaz, le 24 février 1997, le Bureau de l'Historien de la Ville de Camagüey (CCSO) a été créé, dont les objectifs comprennent de veiller sur le patrimoine Historico-culturelle afin d’exalter les traits de l'identité de Camagüey.

Avec cette faculté conférée par l'État Cubain et les efforts de ses responsables, spécialistes, techniciens et ouvriers, la réhabilitation du Parc Agramonte a été possible, un espace de symbolisme historique et patriotique offert pour le plaisir des générations présentes et futures de la ville, dont le centre urbain le plus ancien a été proclamé Patrimoine Mondial, précisément dans ce parc.

Avec l'inauguration de la statue équestre d'El Mayor, en bronze sur sa base de granit, le rêve de son amie de jeunesse, Aurelia Castillo de González a été réalisé :

« … Il doit toujours être très haut devant notre vision intérieure, comme un symbole et un exemple éternel de pureté morale, de grandeur civique ! ».

 

Sources :

Bureau de l'Historien de la Ville de Camagüey

Encyclopédie cubaine sur le net: http://www.cadenagramonte.cu/