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Fidel et la cloche de la sucrerie La Demajagua
Par Andrés García Suárez Traduit par Alain de Cullant
En 1947, lors d’une réunion de la Fédération Estudiantine Universitaire, Fidel Castro a proposé que ce soient les étudiants universitaires qui portent cette cloche historique pour appeler à l'ordre institutionnel et à la décence dans le pays contre la corruption du gouvernement.
Illustration par : Antonio Vidal

Le transfert de la cloche de La Demajagua a constitué une action d'implications politiques et historiques. Le même symbole historique qui, le 10 octobre 1868, a appelé les esclaves du patriote Carlos Manuel de Céspedes à la lutte.

Le 3 novembre 1947, Fidel Castro Ruz l’a transféré de Manzanillo à La Havane. Qu'est-ce qu'il a motivé ? Ce sont les faits que nous traiterons aujourd'hui.   

Devant l'évident discrédit public du gouvernement de Ramón Grau San Martin (1944-1948), caractérisé par la corruption, la spéculation, et les groupes mafieux, son Parti Auténtico a décidé de faire quelque chose pour essayer de restaurer l’acceptation populaire.   

Alors que s’approchait la date du 10 octobre, ces politiciens ont pensé que s’ils organisaient un grand acte « patriotique », ils causeraient une bonne impression sur les masses et ils ont voulu apporter la cloche de La Demajagua qui a appelé à la liberté en 1868, afin qu'elle préside les actes de la commémoration dans la capitale.

Mais ils n'ont pas compté sur le véritable patriotisme des Vétérans de la Guerre d'Indépendance qui vénéraient cette relique à Manzanillo où ils la gardaient. Donc, quand le ministre de Gouvernement de Grau, Cossío del Pino, est allé à Manznillo pour l'apporter à La Havane, comptant la complicité du Maire de cette ville, compromis avec le gouvernement Auténtico, il s’est heurté avec la résistance des Vétérans qui l’avaient compris qu'ils l'emporteraient pour un acte politique de plus. Ils ont mobilisé les masses de Manzanillo qui ont reçu le ministre de Grau avec hostilité et, avant tout, avec de grandes manifestations de refus dans les rues, empêchant son transfert.

Il y avait de nombreuses affiches du peuple disant : « Voleurs, ils nous ont tout volé et maintenant ils prétendent prendre notre cloche ! Nous ne le permettrons pas ! Nous ne le permettrons pas ». Le ministre de Grau est revenu à La Havane les mains vides. C’est ainsi que les habitants de cette ville ont empêché l’outrage. Ce 10 octobre 1947 a eu lieu sans la cloche de La Demajagua, sans ce symbole historique. 

Plusieurs jours plus tard, lors d’une réunion de la Fédération Estudiantine Universitaire (FEU), préparant une manifestation contre la corruption dominante dans l'Île, un jeune dirigeant a proposé de reprendre l'action des politiciens : que ce soient les étudiants universitaires qui portent cette cloche historique pour appeler à l'ordre institutionnel et à la décence dans le pays contre la corruption du gouvernement. La question était : est-ce qu'ils nous le prêteront ? Qui convaincra les Vétérans patriotes ?

Le jeune qui a présenté l'idée, s’est proposé à aller les voir et a obtenu ce qui paraissait impossible. Et ce jeune qui a été approuvé par les étudiants était Fidel Castro Ruz.   

Fidel est arrivé à Manzanillo et il a rencontré les Vétérans, avec les conseillers du conseil municipal local et les leaders populaires. Il a présenté l'idée de la direction de la FEU de convertir l'action des politiciens et que ce soient les jeunes qui utilisent le symbole pour appeler à l'ordre national et diffamer les corrompus. Et Fidel les a convaincus ! Ils lui ont permis de transférer le symbole patriotique, la relique historique, à La Havane, pour être utilisé par la FEU. Ils ont dit : Oui, nous la donnons à la FEU, pour son prestige, pas aux politiciens ! Fidel a rapporté la cloche de La Demajagua vers La Havane dans un train de voyageurs.

Suite à son initiative, les étudiants ont gardé jour et nuit l'emblème de la liberté, mais la garde a été négligée et les sbires de Grau, une nuit, ont attaqué l’endroit de l’Université où elle était gardée et la cloche a été volée.

Fidel est apparu devant la presse et il a dénoncé les auteurs du plagiat : Rolando Masferrer, Mario Salabarría, Alemán et d’autres gangsters du gouvernement. Il a aussi dénoncé que la cloche était cachée dans le Palais Présidentiel et il a appelé la presse à y aller pour le vérifier. Quelques impresarii pensaient déjà que ce symbole était « une bonne publicité pour l'affaire du tourisme à Cuba ».

La rapide et efficace dénonciation publique, l’énorme mobilisation du peuple de Manzanillo, celle des étudiants universitaires et secondaires à La Havane et dans tout le pays, y compris à Cienfuegos, a effrayé le gouvernement de Grau qui a resitué la relique historique.   

Aujourd'hui la cloche de La Demajagua est dans son beau Parc National, vénérée par le peuple cubain, et on se rappelle cette action pour la participation de ce jeune si remarquable qui, plus tard, est devenu notre Commandant en Chef.