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Sulkary. La légende
Par Jorge Brooks Traduit par Alain de Cullant
Sulkary est une danse de résistance ainsi que le compromis et la continuité de l'esprit des fondateurs du Département de Danse du Théâtre National.
Illustration par : Adislén Reyes

 À tous ceux qui l'ont dansée. Chacun de la meilleure façon possible. Depuis les salons de Danse Contemporaine de Cuba jusqu'au parterre des théâtres et des places du monde.

Le 13 mai 2011, quand les rideaux du légendaire Joyce Theater de New York se sont levés, Sulkary a perpétué sa légende à 40 ans de sa première. « Les formes de danses de cette œuvre… seront à nouveau… une exaltation à la fécondité et à la fertilité… à la danse yoruba et arará intégrées à notre technique de danse cubaine moderne » (1).

Car Sulkary est :

Une danse de résistance par rapport à celles qu’ils ont essayé de nous imposer, dans et hors l'Île.

 Le compromis et la continuité de l'esprit des fondateurs du Département de Danse du Théâtre National.

Un des classiques de la danse à Cuba, avec la Suite Yoruba du maître Ramiro Guerra et la Carmen d’Alberto Alonso.

C'est la connexion dans le temps de la compagnie Danse Contemporaine de Cuba.

C'est le témoignage dans un répertoire actif du mélange de la technique de Graham avec le folklore cubain de racines yoruba et arará, depuis sa forme stylisée jusqu'à sa musique. 

C’est la surprise, l'intérêt qu'elle réveille encore dans le monde – dans le siècle de la technologie de l'Informatique et les Communications – une façon de faire dans laquelle se mélangent la terre primitive, sa fertilité et sa fécondité, avec l'esprit et l'âme des danseurs.

C'est le pont entre les propositions de Ramiro Guerra dans son œuvre  Decálogo del Apocalipsis, qui n'a pas été frustrée car « elle a été étrennée – comme l’affirme Ramiro – avec le public du quartier de la Timba comme spectateurs », validant les principes de la jeune Révolution : le libre accès à la culture pour toutes nos couches sociales.

Sulkary est une œuvre d’art, un produit de la création du Maître Eduardo Rivero, accompagné par la façon de faire et l’interprétation de Luz María Collazo, Leticia Herrera, Ernestina Quintana, Isidro Rolando, Arnaldo Patterson, Pablo Trujillo et Nereida Doncel, auxquels ont succédé plusieurs générations d'interprètes : réalisés pour leur savoir-faire – en proportion –, certains ; frustrés, la grande majorité des danseurs qui n'ont pas eu la possibilité d'être sélectionnés pour jouir de la « frénésie dionysiaque » (2) au long de ces quatre décennies.

L'art, comme la vie, est une boîte de surprises. Nereida Doncel, une des grandes figures de la Danse Moderne à Cuba, qui avait été sélectionnée comme première danseuse, est tombée malade avant la première et elle a été remplacée par Luz María Collazo (deuxième danseuse) et, depuis ce moment magique dans le Théâtre García Lorca, à côté d’Isidro Rolando, elle sera rappelée par des générations de Cubains. Ils ont dansé cette œuvre avec des costumes d'Eduardo Arrocha depuis 50 ans, et même encore comme essayeurs ils maintiennent vivante – à mon modeste jugement – la meilleure mise en scène de cette oeuvre, bien que la mélancolie m’envahisse en me rappelant l'émotion que j'ai ressenti à 18 ans, quand j'ai vu entrer l'Orchestre de Percussion de l’Ensemble National de Danse Moderne vêtus en blanc : ils se sont placés dans l'aile gauche, devant la première file de fauteuils du théâtre Mella : le rideau rouge s’est levé, la scène était illuminée par José Morera, la percussion a résonné dans la salle, et « … Chevauchant leurs ancestraux tambours syncopaux … » (3) les figures majestueuses ont commencé à prendre vie, et depuis lors les voix d'Ines María Carbonell et de l’inégalable Nancy Rodriguez s'avèrent récurrentes à mes oreilles.

Notes :

1 – Note du programme

2 – Guerra, Ramiro : Siempre la danza, su paso breve, Éditions Alarcos, La Havane, 2010, pp. 38-41. (Publié dans la revue Prometeo, Année I, Nº 9, septembre 1948).

3 – Ibidem.