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Charles Dickens à travers José Martí
Par Leonardo Depestre Catony Traduit par Alain de Cullant
« À travers de sa satire fine et délicate on découvre une nature sincère et véhémente en guerre avec les abus et les injustices sociales, qui le font éclater de rire, qui ressemble des cris de douleur… ».
Illustration par : artistes cubains

 

Charles Dickens aurait eu 69 ans le 5 décembre 1881, mais il était mort onze ans avant. José Martí, qui l’a lu et apprécié dans sa grandeur littéraire, a alors écrit pour La Opinión Nacional, de Caracas :

 

« La renommée de l’immortel romancier (se référant à Dickens), loin de décroître ou de rester stationnaire, augmente chaque fois plus et on le peut affirmer sans l'exagération qu’il est le plus populaire des écrivains anglais du présent siècle. Par la vivacité de son coloris, la grâce de ses figures et l'animation et la fidélité de ses cadres, Dickens est le Goya littéraire de sa patrie et de son temps ».

 

Nous avons commémoré le bicentenaire de sa naissance, il est né le 7 février 1812, et la date a été le motif de commémoration bien au-delà de la Grande-Bretagne. Il était un auteur prolifique, critique, sensible devant la situation sociale de l'Angleterre de son époque, un créateur de personnages et qui a eu sur lui la pression d'écrire des romans, quelque chose comme une épée de Damoclès menaçant toujours son statut social économique, si bien que ses histoires étaient attendues par les lecteurs et il a gagné une popularité méritée.

 

Il a été un lecteur constant et, avec ceci, il a compensé les irrégularités de son instruction. De plus, il avait un talent inhabituel et la capacité d'écrire des histoires pour tous les goûts et tous les âges. Par nécessité, il a travaillé dur dans une fabrique dès l’âge de 12 ans. Personne ne lui a raconté l’atmosphère de l’usine, le harcèlement des propriétaires et la mauvaise vie des travailleurs. Il l’avait vécu dès son plus jeune âge.

 

Chez Dickens, tout a commencé très tôt. Il a aussi écrit pour la presse et la reconnaissance n'a pas tardé à arriver, tout comme ses enfants avec son épouse Catherine, qui lui en a donné dix.

 

Il approchait de 25 ans quand il a édité l'un de ses livres les plus mémorables : Les aventures posthumes du Club Pickwick. Je rappelle que dans le début des années 60 du XXe siècle, ce livre a été publié à Cuba, en deux tomes très modestes, mais à la fois dignement édités et bon marché, quand on s'efforçait de donner aux lecteurs cubains le plus choisi de la littérature universelle. Je ne peux pas que m’en remettre aux paroles de José Martí :

 

« Pickwick est sans doute la plus intentionnée et instructive de ses œuvres ; c'est un kaléidoscope social, dans lequel se reflètent les scènes les plus caractéristiques de l'Angleterre moderne, et sa lecture offre une plus grande connaissance des us, coutumes et particularités de la société anglaise, que de nombreuses années de résidence dans ce pays. Il possède également une qualité qui captive les sympathies générales. Dickens, avec sa plume joueuse, a été l'avocat le plus énergique et efficace de grandes réformes introduites plus tard et sous son initiative, quant à la condition matérielle et intellectuelle du peuple ».

 

Cependant, c'est son roman David Copperfield (1849-1850) celui dont se rappellent possiblement le mieux les lecteurs adolescents, et celui dont il a tiré un plus grand profit économique pour le nombre de ses grands tirages, car, même si Dickens a eu des moments aisés, la pression d'écrire pour vivre l'a toujours tenaillé. On le rappelle également pour Oliver Twist, avec beaucoup d'autobiographique (1837-1839), Le magasin d'antiquités (1840-1841), Les temps difficiles (1854), La petite Dorritt (1855-1857)… Sa relation de ce qu'aujourd'hui nous appellerions best sellers illustre à propos d'un auteur capable de donner plusieurs fois dans la cible des préférences des lecteurs et même de la reconnaissance généralisée de la critique.

 

Pour nous rapprocher à son style, permettons que Martí soit celui qui le commente : « À travers de sa satire fine et délicate on découvre une nature sincère et véhémente en guerre avec les abus et les injustices sociales, qui le font éclater de rire, qui ressemble des cris de douleur… ».

 

Dickens n’a vécu que 58 ans, il est mort le 9 juin 1870. Sa permanence donne foi des nombreuses versions de ses œuvres qui ont été apportées au cinéma, les études réalisées sur son style, le souvenir de divers personnages qu’il a créé. C’est une façon de le conserver à l’occasion de son bicentenaire.